Vos histoires de mer 7

L'idée est de raconter une histoire, étonnante, surprenante, drôle, qui vous est arrivée en navigation ou en escale.
Les règles : Gentillesse, tolérance, bon enfant, retour sur les histoires racontées.
Pas de nouvelle histoire avant la fin de la discussion sur l'histoire en cours.
Prenez votre temps, on risque d'être plus longtemps que prévu derrière nos écrans.
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L'équipage
5j

Ça allait être chaud : ça faisait deux fois que je passais devant cette petite darse, le long du Sado, à Setubal. Essayant de trouver une solution. C’était un dimanche après midi de Novembre, les gens se promenaient sur les quais, il faisait beau et doux. Mais pour moi, ça allait être dur. Le courant descendant, latéral, imposait de rentrer dans cette darse à bonne vitesse en visant la jetée amont, mais la darse n'avait qu'une vingtaine de mètres de profondeur, donc impossible de manœuvrer sur mon petit shellfish dépourvu de moteur. Le vent était pile dans l'axe de l'entrée, plein arrière.
J'avais observé toutes les darses sur le fleuve et celle ci était celle ou étaient les voiliers. Au fond, j'avais repéré les mats. Bouée à l'avant, bouts vers le quai à l'arrière, une vingtaine de bateaux étaient là. La darse paraissait bien remplie, les voiliers étaient les uns contre les autres.
Au troisième passage, je me décidais. On installa les pare battages sur la partie avant du bateau, des deux coté. J'abattis la GV tranquillement dans la baie et sous foc seul, plein vent arrière nous nous dirigeâmes à bonne vitesse vers l'entée . Quelques mètres avant la digue, je larguais la drisse du foc que ma femme affalas sur le pont avant et encore lancés à 3 ou 4 nœuds, je visais l'intervalle entre deux voiliers.
Les promeneurs s'arrêtèrent, étonnés par cette manœuvre osée, surtout qu'à ce moment exact, notre fille âgée de 3 ans seule à l'intérieur commença à appeler « ESSUYER LA FESSE MAMAN » et voyant que l'opératrice n'arrivait pas, se mit à pousser des cris comme en font les bébés ;
Sous un concert de pleurs, de cris et d'appels l'élevant de la cabine, les pares battages firent leur office, le bateau s'enfonça entre deux voiliers, et se planta dans cet espace sans heurt ni choc. Je passais tranquillement les amarres, la fesse fut essuyée, les pleurs s’arrêtèrent, les badauds reprirent leurs promenades, et un bon verre de vinho verde ponctua cette belle arrivée.

Un après-midi glacial de novembre1985, je croise sur les pontons du bassin Vauban, Arnaud, un vieux copain gérant du Club Croisière Pen Duick.
-"Dis donc, cela te dirait de naviguer sur Pen Duick III ? "
- "Tu parle, j'avais son poster dans ma chambre d'adolescent!"
- " Tu es disponible le week-end prochain? J'ai un chef de bord qui m'a claqué dans les pattes et des stagiaires belges qui arrivent"
- "Mais, vendredi c'est demain. Bon c'est d'accord..."
Nous nous dirigeons en devisant vers le bassin Duguay Trouin où se trouve le bateau, à couple de Pen Duick VI.
Pen Duick III, en fin de saison, a besoin d'un sérieux coup de rajeunissement. Nous faisons le tour, ouvre les coffres, me montre les rangements. Entre deux phrases, il me glisse distraitement:
- "J'ai un problème sur le moteur, il faudra s'en passer. mais je te sortirais du port en remorque de Pen Duick VI"
- J'objecte surement : " Oui, mais, il y a de la brise de prévue pour ce week-end "
- "Oh, tu sais, il est très évolutif. C'est seulement un peu plus long que les Brise de mer".

En effet, nous nous étions connu une dizaine d'années auparavant en tant que chef de bord à l'école de croisière de Granville où nous naviguions sans moteur sur des Brise de Mer 31.

le lendemain, dans la soirée, les 4 stagiaires arrivent de Belgique. La bonne humeur est là nettement plus chaude que le vent de nord-est qui souffle sur le bassin... Durant la matinée du samedi, l'avitaillement est fait pour les trois jours de ce week-end de la Toussaint.

Les horaires du sas de l'écluse sont à midi. Comme prévu, Pen Duick VI me passe une remorque et les manoeuvres se passent sans difficulté. Deux des 4 équipiers s'avèrent efficaces, je pourrais compter sur eux.

Vent dans le dos, la sortie du sas de l'écluse de St Malo est facile en envoyant juste la trinquette à l'aide d'un vieux enrouleur Goïot à cable.

Envoyer la grand voile et la misaine dès la sortie à la sortie du môle des Noires, du coté de Rance Nord est une formalité.

Nous embouquons le chenal principal, au largue dans un vent de nord-est frais de force 6 à 7. Pen Duick allonge et, à l'estime, dépasse surement les 10 noeuds. La barre, franche, est équilibrée, c'est un plaisir de le barrer. Nous avons dépassé, le phare du Grand Jardin en route vers la bouée sud-ouest Minquiers. Pen Duick VI a pris plus de temps pour envoyer ses voiles et se trouve derrière nous à la hauteur de la tourelle verte du Buron.

Bien abrité sous ma capuche, tout en barrant, je me remémore alors, qu'à 15 ans, je dévorais la revue "Bateaux" qui relatait chaque mois les exploits de Tabarly et son équipage dans les courses du RORC: Channel race, Cervantes, Cowes Dinard... C'est simple, en 1967, il les gagnaient toutes. Aujourd'hui encore, je me souviens des posters qui ornaient ma chambre.

Il m'était inimaginable de penser que je naviguerais un jour sur ce voilier, de surcroît comme chef de bord et à la voile seule.

Avec le courant descendant, les Minquiers sont vite atteint, en un peu plus de 1 h 30. Cela doit bien faire 11 noeuds de moyenne. Et oui, nous naviguons à l'estime, nul GPS ou decca.

Après la bouée suroit, nous lofons au cap 0°. En effet, le courant nous dépale maintenant dans l'ouest, aussi je préfère prendre du "gras" au vent.

Au prés débridé, le vent parait encore plus froid.

Bien abrité sous la "bijute" bienvenue, deux équipiers devisent, un autre semble moins à l'aise, un peu amorphe.

Au loin dans l'est, en mettant le nez dans le vent nous apercevons Jersey. Pen Duick passe les vagues en souplesse, sans taper, malgré ses bouchains. Pen Duick VI, sous toilé sous yankee et artimon, nous rattrape et nous distance; cela distrait les équipages un moment.
L'après-midi s'écoule et l'atmosphère s'assombrit. La nuit tombe vite en novembre et cela m'ennuie un peu.

Je commence à réfléchir à la manoeuvre d'arrivée à Guernesey. De nuit, arriver à St Peter Port au portant, par force 7, cela ne s'annonce pas simple.

La nuit tombe, nous apercevons clairement sur bâbord, les Hanois puis le feu de la pointe St Martin.

J'explique à mes quatre stagiaires, doucement la manoeuvre. Sortir les amarres, préparer la plus longue afin de l'envoyer à PD VI, affaler et ferler la misaine, effectuer la même chose avec la grand voile...

Abrités par Herm et Jethou, la mer se calme.
Mon idée est de terminer sous trinquette seule.

Je joins Arnaud sur le VI, alors en pleine manoeuvre d'affalage. Il me rappelle 5 mn plus tard alors que, voiles affalées, nous approchons de la jetée sud. Vite, trop vite à mon gré, sous la seule trinquette.

Il m'explique alors que du fait de l'orientation du vent il fera des cercles au moteur dans l'avant-port afin de me lancer une amarre au vol et d'aller se mettre à couple d'un cargo à droite en rentrant.

Humm! Cela ne me laisse pas grand marge d'erreur mais nous n'avons pas le choix. La Guinness commande.

Grand largue, surement à 8/9 noeuds, nous passons les jetées. Je m'inquiète car, dans la nuit, j'ai du mal à identifier la coque noire de Pen Duick VI. Finalement, je l'aperçois devant à droite. Je fais affaler la trinquette, freine le bateau en donnant alternativement de grand coups de barre. PD VI arrive à notre hauteur, nous longe et envoie son amarre.

Comme des chefs, mes belges la passe comme il faut là où il faut. Et cela baigne.

Il était temps, nous longeons les voiliers mouillés dans l'avant-port.

Abrités par la jetée et un ferry, nous nous amarrons à couple de PD VI, lui même amarré sur un petit caboteur.

Bien à l'abri, dans le carré, nous nous jetons sur l'apéritif avant de diner d'une soupe de poisson et d'une paëlla. L'ambiance est à la bonne humeur et tous pensent à leur sortie au pub.

Mais une bière à Guernesey, cela se mérite, il faut tout d'abord, effectuer le parcours du combattant qui consiste à passer sur le pont de PD VI, puis sur celui du caboteur et enfin de grimper à l'échelle métallique du quai sur 8 à 10 mètres à marée basse.

Les équipages s'égayent qui au Albion qui au Royal Yacht Club. Mes belges regrettent leur "Gueuze". Je leur rappelle qu'il leur faudra descendre la fameuse échelle de quai au retour...

Le dimanche matin, au réveil, il apparait que le vent est, comme prévu, toujours de 30 noeuds. Peut être a t-il pris un peu de "gauche", vers l'est.

Vers 11 h, l'heure est venue de préparer notre manoeuvre. Arnaud m'a indiqué que les 25 CV du moteur de PD VI étaient incapables de remorquer mon bateau en remorque avec un tel vent de face.
Nous n'avons d'autre choix que de sortir du port au louvoyage !

Nous commençons par laisser PD III dans le lit du vent en larguant les gardes et la pointe arrière puis envoyons la grand-voile suivi de la misaine. Nous terminons par la trinquette . Tout est étarqué, souqué.

Avec Arnaud, nous convenons de frapper une amarre sur l'arrière afin d'être certain de partir bâbord amure.

Les jeux sont faits, il faut y aller.

Cela se passe comme prévu. Encore abrité par le ferry, nous accélérons doucement avant de prendre un coup de gite lorsque nous quittons l'abri de la jetée. Dans 100 m, il va falloir virer. Deux équipiers aux écoutes, un autre au winch de grand voile qu'il faut choquer, particularité de PD III.

  • " Paré à virer? "
  • " On vire "

PD III s'exécute docilement. Cap vers le large, vers Herm.

Mais, avant de reprendre de la vitesse, il lofe presque face au vent. Je comprend immédiatement ce qu'Arnaud m'avait indiqué, il faut choquer la grand voile durant le virement et ne la reprendre qu'après que la vitesse soit reprise. Nous l'avons effectué, mais insuffisamment.

Presque arrêtés, nous culons. J'inverse rapidement la barre sur bâbord et le bateau reprend son cap. La trinquette et la misaine reprennent le vent, nous redémarrons en gitant.

L'extrémité de la jetée nord est parée à une vingtaine de mètres avant de revirer peu après dans le Petit Russel, et de débouler au reaching à 10 noeuds vers Grosnez.

Une heure et demi plus tard, le phare de Corbière est dans notre est, Green rock est donc paré et, avec un courant de 3.5 noeuds favorable, il ne nous reste plus que quelques milles au louvoyage vers St Hélier. Sur notre arrière, Pen Duick VI se rapproche.

Sous le vent de Jersey, devant Ste Brelade et St Aubin, abrités par l'ile, la mer est plate et capeyons entre la Hinguette et la Demie de Pas en attendant que PD VI nous rattrape puis nous passe une remorque afin de rentrer dans le bassin où nous nous mettrons à couple le long du Victoria pier. Ce qui se passera sans la moindre difficulté.

Arnaud m'indiquera qu'il est sorti de St Peter à moins de 2 noeuds à cause du fetch et du vent de face. Il a enregistré des rafales à 35 noeuds.

Les deux équipages se retrouvent autour d'une bière dans las salons feutrés du Yacht-Club de St Hélier.

Le lendemain, je me souviens seulement que lors du retour vers St Malo nous nous sommes offerts un crochet par la passe nord de Chausey et avons descendu le Sound sous voile...

PLUS FACILE à lire ici:
karibario.blogspot.com[...]os.html

superbe récit qui me replonge dans la nav' d'avant que j'ai connue jusqu'à mes 30 ans..
un seul mot: Merci

Merci pour ce texte !

5j5j

Corvée de corvette.

Elle avait pourtant de la gueule, la Corvette Herbulot, avec son petit rouf casquette et sa longue pièce de bois vernis bordant les flancs! Mais l’essai qui en fut fait en son temps, aux touts débuts de la revue Bateaux, à l’époque où chaque voilier était décortiqué sous l’angle de la course, avant le confort, disait que : oui, enfin, peut être… si on n’a rien d’autre à se mettre sous la main, on pourrait, éventuellement, sous toutes réserves, se présenter sur une ligne de départ.
C’est que le bateau n’avait pas été conçu pour cela. Jean-Jacques Herbulot, architecte visionnaire, voulait dessiner le premier voilier mixte de petite taille (7 mètres). C'est-à-dire équipé d’un moteur inbord, tout en marchant convenablement à la voile ! Quoi de plus évident aujourd’hui ? Pas au début des années 60. Le bateau avait donc des entrées d’eaux « fortes », une quille en fonte très peu profonde permettant l’échouage et une voute longue et fuyante. Un petit monocylindre essence devait équiper l’espace sous le cockpit. Malheureusement cela ne put se faire, ainsi les Corvettes étaient-elles équipées d’un aviron de godille, comme toutes les unités de cette taille.

Force est de reconnaitre que le près n’était pas le fort de ce bateau, et qu’un Mousquetaire en faisait le tour complet, le temps que la Corvette ait fini son virement. Elle était par ailleurs terriblement ardente, en raison d’un aileron de quille très avancé, pour lester le gros volume des œuvres mortes sur la moitié avant de la carène. Une unité au tirant d’eau plus profond de 20 centimètres fût donc bientôt proposée, ce qui le portait à 90 centimètres, valeur à comparer aux 110 cm d’un Muscadet, dont la coque est plus courte de 60 centimètres. Néanmoins, le safran était toujours un panneau de chalut. Plaque d’acier presque carrée, barrée de renforts du même métal, soudés. C’était peu élégant, et pour tout dire d’une efficacité très discutable.

C’est avec ce modèle « augmenté » tout juste acheté, qu’un copain de l’île de Groix vint un jour toquer à ma porte. Il avait besoin d’un gars bricoleur, argenté et skipper expérimenté pour s’associer avec lui dans son projet de rénovation et de croisières. C’était tout moi, pour sûr. Il ne pouvait pas mieux choisir ! J’avais 18 ans, 100 balles en poche quand mon grand père m’y glissait un billet, une expérience solide de navigation en Optimist, mais plus humide en Laser. Mon CV de bricoleur se limitait à quelques maquettes, qui à ma grande joie, naviguaient dans le bon sens. J’étais insouciant et enthousiaste. François était paumé et dépressif. L’association idéale.

Nos moyens nous permettant de nous payer l’accès à une grève un peu vaseuse dans l’entrée d’une rivière, c’est là que nous échouâmes notre bateau pour la première fois. Il fallait à minima le repeindre, et il était souhaitable que nous bouchions les multiples infiltrations qui laissaient l’eau goutter du pont sur les couchettes. Ce sont en réalité de plus gros travaux qui nous attendaient. Mettre à poste les deux béquilles aurait permis au bateau de rester debout à marée basse. Nous n’en mîmes qu’une. Je suis incapable de dire pourquoi nous oubliâmes l’autre. Toujours est-il que le bateau tomba alors que nous discutions dans le carré. Un sinistre « Crrraaaac » se fit entendre. Le bordé était intact, mais la serre de bouchain déchirée sur 1 mètre. Perplexe, François proposa que nous redressions le bateau pour mieux évaluer les dégâts et tenter une réparation… en le tirant par la tête de mat avec sa Citroën CX diesel.
Il ne se redressa pas. La têtière céda. C’était un moindre mal. Le mât en spruce aurait pu se briser plus bas et notre rêve de naviguer s’arrêter là.

Finalement, l’absence de fuite permit à la Corvette de se redresser seule au flot et j’entrepris ce qui serait la première d’une très longue série de réparations à bord. Redresser et réparer la serre de bouchain enfoncée et déchirée. Une planche de palette trainant pas loin et un paquet de clous à quelques francs feraient bien l’affaire. Une généreuse tartouille de colle PU sur le bois peint et humide, permettrait une bonne imprégnation de la fissure et le bordé retrouverait son intégrité structurelle. A défaut de retrouver sa forme, ce fut le cas, puisqu’il ne fît jamais reparler de lui. Un coup de peinture blanche chipée dans le garage de papa redonna une allure très convenable à la serre et à la planche qui la couvrait.

Réparer le mat et boucher les trous du pont furent une formalité. Le premier fût rehaussé de 5 cm par un bout de bois sous le pied de mât, afin que les haubans gardent une longueur adéquate, puisque nous avons replacé la têtière sous la cassure. Quand aux fuites, nous nous réjouîmes que le mastique polyester à carrosserie les bouchent aussi bien. « Ca sauve le bois, ces produits modernes !», s’exclama François, en finissant le fond de pot que nous avions récupéré je ne sais où.

Nous prîmes la mer quelques semaines plus tard, tous les deux. C’était en Bretagne Nord, en Juillet. Le réchaud à gaz ne fonctionnait plus, tuyaux et robinets trop oxydés, et nous n’avions pas d’annexe. Peu importe. Nous mangerions froid, et nous trouvâmes une « caravelle » dans une poubelle, en haut de la plage de Saint Cast. Le fond de cet engin de plage gonflable était déchiré, mais les boudins intacts. Il suffisait de ficeler les boudins l’un à l’autre, pour faire une sorte de Kayak assez stable pour que nous y tenions tous les deux à genoux.

La suite de l’histoire ne peut s’intituler que : « Encore heureux qu’il ait fait beau ».
Je me verse un Whisky et je la gratouille.

Bonsoir,

toutes les corvettes n' étaient pas identiques!

Trois chantiers les ont construites.

La mienne (mon 1er bateau acheté en 83) était sortie du chantier Mallard en 63, avec un TE de 1m20, un vrai safran et un moteur in-board Gota 6cv essence 2t.

Au près, elle faisait jeu égal avec les Mousquetaires, et marchait carrément "pas mal" au portant quand il y avait de la brise:
Avec trois copains du centre nautique où je bossais, on avait fait Le Palais/ la Corogne en 72 h fin novembre 83, soit 5 nd de moyenne à 4 sur un 7 mètres!

Gorlann

5j5j

Suite de l'histoire (il y aura au moins une troisième partie)

Notre navigation côtière doit nous emmener de Saint Cast, jusqu’à l’archipel de Bréhat, soit une trentaine de milles. Cela me parait inconcevable en moins de trois ou quatre escales. Ainsi nous prévoyons de faire des étapes de 10 milles. Cela tombe bien, la baie de Saint Brieux est bordée de ports d’échouages où nous pourrons facilement nous poser. De bonne grâce, mon père nous prête la carte de SHOM qui couvre le coin, espérant la récupérer pas trop détrempée.

Nous passons sans encombre le cap Fréhel par grand beau temps et progressons vers Erquy, un port de pêche actif et aux quais animés, quelques milles à l’ouest du cap. Nous grignotons dans le cockpit, lorsque qu’une guêpe fait son apparition, et immanquablement, va piquer François à la lèvre inférieure. Pourquoi lui et pas moi ? Parce que j’y suis complètement insensible et que François est allergique. Il s’effondre sur une couchette, incapable de bouger ni d’agir. L'incident n’a pris que quelques minutes, juste assez pour que nous abordions le plateau des Justières, à un mille et demi au large, en grande partie immergé à cette heure de la marée. Je faisais confiance à François pour cette route qu’il disait connaitre, et je suppose que c’était réciproque. Nous n’avions donc regardé la carte ni l’un ni l’autre !

Le bateau se s’arrête, sèchement, puis recule de quelques centimètres. La vision des cailloux immergés à moins d’un même sous la coque, me glace d’effroi, alors que François ne semble pas réagir. Tétanisé et paralysé, j’espère une intervention de la providence pour extraire le bateau de cette situation. Elle n’est pas nécessaire. Les 90 cm de tirant d’eau du bateau se glissent sur le plateau, sans toucher d’autre roche. Une demi-heure plus tard, alors que nous élargissons le cap d’Erquy à quelques encablures de la digue, François émerge de sa couchette. Il ne s’est manifestement aperçu de rien. Honteux de mon incapacité à agir, je ne lui relate même pas l’incident !

Demain, nous traverserons la baie de Saint Brieuc pour aller à Saint Quai, port d’échouage que nous ne connaissons ni l’un ni l’autre. La brise thermique nous permet une navigation sereine, jusqu’aux roches de Saint Quai, un autre plateau rocheux, juste en face du port. Le vent se lève et nous prenons plaisir à border le joli foc de route rouge qui équipe le bateau. La grand voile est elle, défoncée, car probablement d’origine. Elle a 40 ans !
C’est chouette de voir ce bateau s’animer et giter pour la première fois, calé au bon plein, mais il se redresse juste après un bruit de déchirement qui ne ressemble à rien que j'ai déjà entendu. Le foc claque. Comme nous sommes au vent, nous ne voyons pas immédiatement ce qui c’est passé. Je traverse le cockpit et là, je ne n‘en crois pas mes yeux. Ce n’est pas l’écoute qui a cédé. C’est le pont qui s’est arraché, sous la traction du petit rail d’écoute de foc ! Nous rigolons. Il n’est pas neuf, ce bateau, c’est certain !

Nous abattons en grand et repartons plein vent arrière, vers Binic, quelques milles au Sud, où François sait pouvoir trouver du contreplaqué et de l’aide pour réparer provisoirement le pont. Nous progressons tranquillement à contre courant, en même temps que la baie de Saint Brieuc se vide, si bien que lorsque nous arrivons en vue de Binic, au couché du soleil, la baie est à sec et il nous est impossible de nous approcher. Nous n’allons pas rester en pleine eau à un demi-mille au large, quand même ! Et ce n’est pas à genoux sur notre caravelle saucissonnée que nous pourrons pagayer jusqu’au port. Ainsi nous refaisons demi-tour vers Saint Quai, en tirant des bords alors que la nuit tombe. La vieille poulie d’écoute en Céloron est frappée sur la cadène de bas-hauban, ce qui constitue un point d’accroche solide, à défaut d’avoir un angle de tir idéal. La brise thermique cède progressivement du terrain à la nuit, et le bateau progresse tout doucement sur une eau parfaitement calme.

Il fait nuit noire lorsque nous-nous présentons devant le feu du môle, mais le port est à sec, naturellement. La nuit promettant d’être très calme, nous décidons de mouiller en pleine eau, devant le port, dont les fonds de sable sondent bien plus rapidement que devant Binic. Il nous faut nous décaler de l’alignement d’accès, car nous n’avons ni feu de mouillage ni même une lampe pour nous signaler. A tâtons car il fait noir, nous progressons sous grand voile seule vers le Nord, la ligne de sonde à la main. Avec notre petit mouillage, il faut que nous arrivions presque à toucher le fond à marée basse, pour que le bateau ne dérape pas au plein, six heures plus tard, d’autant plus que le courant est fort dans la rade. L’endroit où nous mouillons est étrangement calme et sombre. Je ne connais pas les lieux. Néanmoins, j’aperçois l’enracinement de la digue et des grues.

Nous dormons bien. Trop bien même. Je suis tiré de mon sommeil par des bruits de gros diesels, familiers dans un port de pêche. Mais alors que je rêvasse dans mon duvet, une embarcation aborde la Corvette sans ménagement et avant même que je sorte la tête par la descente, nous-nous faisons engueuler : « qu’est ce que vous foutez là, vous ? Vous ne pouvez pas rester, partez tout de suite ». Nous comprenons vite. Nous sommes au beau milieu du nouveau port en pleine eau de Saint Quai, en cours de construction ! Comment avons-nous réussi à rentrer dedans sans même nous en apercevoir ? C’est à peine croyable. Toujours est-il que nous en sommes au centre, non loin de l’engin de dragage, qui n’était pas le bateau de pêche qui berçait mes rêveries matinales. Voila pourquoi il faisait si sombre et pourquoi nous avons si bien dormi. Des tonnes de blocs de granit gris sur 15 mètres de haut, tout autour de nous, masquaient les lumières des quais du port d’échouage. Pas de courant, pas de clapot !

Nous quittons la marina en construction avec une grande satisfaction. Celle d’avoir été le premier voilier à y faire escale ! Comme le jusant nous porte au Nord, nous faisons voiles vers Paimpol, où nous sommes sûrs de trouver tout le nécessaire pour réparer à moindre coût. Nous rentrons dans l’avant port deux heures avant la basse mer, trop tard pour prendre l’écluse. Aucun souci, le quai Est comporte une cale le long de laquelle nous pourrons nous poser et descendre à pieds secs. J’élargis pour faire demi-tour et me présenter derrière une barge ostréicole. Le bateau s’immobilise. Trop tard, nous sommes plantés dans la vase, du mauvais coté du chenal. Descendre à terre ne va pas être aussi simple. Et c’est peu dire ! La vase est tellement molle que le bateau s’enfonce et se plante parfaitement droit, de la vase jusqu’à mi hauteur des œuvres mortes. Rejoindre la terre à pied est complètement impossible. Qu’à cela ne tienne. Nous essayons avec notre annexe. Et ça marche ! La caravelle flotte et se déplace sur la vase fluide comme sur l’eau. Nous pagayons jusqu’au chenal. Nous ne sommes plus très propres, mais peu importe ! Nous allons chez le ship, de l’autre coté du quai. Pas au restaurant !

Si tu prends 1 whisky entre chaque écriture, la troisième partie va être amusante😏

J'y travaille ! La troisième partie est plus cocasse qu'amusante.

la cuite au prochain numéros!!!

Hé les gars. Trois parties, ça fait jamais que trois verres !

Pourquoi n'est il pas possible de voter pour montrer notre contentement à la lecture d'un recit ? C'est dommage...

Il doit y avoir prescription!
C'est dommage, des grincheux pourraient arguer qu'il y a vraiment des inconscients pour naviguer dans de telles conditions sur un voilier pas remis en état de la têtière à la semelle de quille ! ;-)

5j5j

Suite et fin.
Pieds nickelés ou éléphants (de mer), à vous de choisir !
Moi, j'assume. Et puis, il y a prescription !

Le pont proprement bricolé, nous abordons l’île de Bréhat, seulement quelques milles, mais des milliers de cailloux plus loin, sans que nous en ayons touché un. François veut échouer à Port clos, lieu de débarquement des vedettes à passagers, car sa copine va bientôt nous rejoindre pour une visite de l’île. Je ne connais pas davantage ce mouillage que les autres, et ne m’inquiète de rien lorsque nous-nous engageons dans la crique assez étroite. De petits voiliers et pêche promenades sont embossés en haut de la grève, de part et d’autre de la crique. L’endroit est donc accueillant. Nous choisissons la grève à l’entrée Ouest, large et bien protégée du vent par la falaise. Le haut de celle-ci étant complètement occupé par de petits bateaux, nous mouillons sur leur arrière. L’endroit est d’un calme absolu, mais à l’ombre dès le début d’après midi. Nous assistons aux allées et venues des vedettes à passagers qui, à cette heure de la marée, rentrent jusqu’au fond de port Clos. Bientôt l’eau va se retirer, la crique asséchant complètement, et les vedettes accosteront à un embarcadère submersible construit à l’extrémité Sud de la pointe. Une allée en béton longue de 600 mètres, également submersible, longe le bas de la falaise et permet aux piétons de rejoindre l’embarcadère à marée basse.

Nous sommes bien à bord. La copine de François n’arrive que dans quelques heures par une des vedettes. Nous siestons. Mais bientôt, nous assistons à un autre manège que celui des vedettes entrant et sortant de la crique. Il n’y a plus d’eau. Le bateau est parfaitement posé. Mais des centaines de piétons incrédules nous observent, avant de disparaitre sous notre Corvette. C’est quoi, le problème ? Je me penche par-dessus bord. Nous sommes posés sur l’allée. Pile dessus, en travers … La quille dépasse de part et d’autre. L’allée est complètement barrée, obligeant les piétons à descendre un bon mètre plus bas et à se mettre les pieds dans l’eau ! Je ne sais pas comment personne n’est venu nous remonter les bretelles.

Le retour de Bréhat vers Saint Cast nous fait suivre la même route, cependant, nous souhaitons varier les mouillages. Ainsi, plutôt que de faire escale à Saint Quai, nous mouillons dans l’anse de Bréhec, 6 milles au Nord. La plage est complètement ouverte à l’Est et la grande baie de St Brieux, mais parfaitement protégée des vents de secteurs Sud à Nord, par l’Ouest. Un petit mouillage de pèche-promenades se niche d’ailleurs dans le coin de l’anse, attestant d’une protection relative. Nous mettons les béquilles en place. L’eau est aussi claire que calme. Il reste deux mètres sous la quille. Nous débarquons près des canots de pêche et gravissons par un chemin assez raide, les 70 mètres de falaise, jusqu’au bar resto qui se trouve en haut. La vue est splendide. Le bateau, 400 mètres en contrebas, se pose en douceur. Nous avalons un sandwich et quelques bières au bar. Le temps passe. Là, un local nous aborde : « Hé, les gars, vous devriez aller voir votre bateau ».

Il est loin, mais la scène est très claire. La Corvette est roulée par des déferlantes, travers à la plage, les béquilles arrachées. Merde, c’est la tuile là. Comment une anse aussi calme au jusant s’est-elle transformée en spot de surf au flot ? Ben, il faut lire les instructions nautiques, pour le savoir ! Les pêches promenades sont protégés par une petite digue, tout au coin de l’anse, sous la falaise. Le reste de la plage est infréquentable. C’est écrit noir sur blanc… Nous dévalons le chemin à flanc de falaise, et courons au bateau en nous jetant à l’eau habillés. La béquille bâbord a arraché une partie du bordé. Celle de tribord est partie sans faire de dégâts. Le bateau se remplit, et tosse sur le sable. La coque est néanmoins suffisamment légère pour que nous puissions la remettre face aux vagues et la tenir dans l’axe le temps que la mer monte des quelques dizaines de centimètres nécessaires à la remettre à flot.

Nous ripons dare dare et repartons mouiller en pleine eau dans l’entrée de la baie de Paimpol. Faut écoper. Les coussins et duvets sont gorgés d’eau. Ca pue. Le pain et le camembert qui trainaient dans les fonds ne sont plus très appétissants. On mangera une boite froide ce soir. Tant pis. Ce qui m’ennuie davantage, bien que ce ne soit pas mon bateau, c’est le morceau de bordé arraché. Un vrai trou, de la surface d’une feuille format A4 environ, au tiers haut du bordé. C’est très bof, pour naviguer au près. Nous n’avons rien pour réparer ni même colmater. Et là regardant le trou, assis devant le réchaud en panne, François me sort avec le plus grand sérieux : « regarde, c’est pas grave, c’est au fond du placard de cuisine. On n’a qu’à laisser fermée la porte du placard. Ça ne se verra plus ». Effectivement, l’argument est implacca...rd !

Revenus sur la plage d’Erquy, nous débarquons avec les béquilles, afin de les détordre. Savamment encastrés entre deux cailloux des enrochements de la digue, quelques bonnes poussées et jurons biens mérités plus tard, les deux tubes d’acier sont détordus. Du moins, sont-ils un peu tordus dans l’autre sens, mais ce n’est pas plus mal. Ça les angulera davantage vers l’extérieur. Les béquilles remises en place, pour celle de tribord en tout cas, et un peu plus en avant pour la bâbord, en perçant un trou dans le bordé, à grands coups de marteau sur un gros tournevis, le bateau se pose impeccablement à la nuit tombante. Je sais pourquoi j’ai cependant mal dormi. Sur le panneau de couchette, les mousses étant inutilisables, dans un duvet trempé, mais également parce que j’ai entendu des cris et des rires autour du bateau pendant un long moment au milieu de la nuit. Un mauvais rêve, sans doute. Non. Une bande de jeunes cons venus lacérer à coups de couteau, notre annexe laissée au tableau, et nous ayant en plus piqué notre mouillage. Ouaip, on va renter à la maison, là. Ca suffit comme ça !

Le vent d’ouest nous pousse gentiment vers Saint Cast. Nous envoyons pour la première fois le spi. Ca marche bien. Le vent monte et refuse sous la pointe de Saint Cast, si bien que la poulie de capelage de spi casse et la voile passe sous le bateau, se déchirant largement sur la tôle d’acier rouillé qui fait office de safran. Il était beau, ce spi. Bien plus que les autres voiles du bord. Nous-nous en passerons.

Par contre, va falloir apprendre à naviguer. C’est urgent !

Toute une époque😀

Bravo et merci pour ces trois beaux récits hilarants !!!
;-)

Ce vénérable voilier a t-il survécu aux autres navigations que vous lui avez fait subir ?

En tout cas, clairement je ne solliciterais pas vos talents pour restaurer mon bateau !
;-)

1j1j

Merci Arzak.

L'ado insouciant et novice que tu ne solliciterais pas, a depuis cette première croisière quelques milles dans son sillage et de belles constructions intégrales !
(Une douzaine d'histoires dans les fils précédents).

Merci surtout à ED, d'avoir créé ce fil, qui m'a décidé à écrire cette histoire à peine croyable, et pourtant véridique, avant que j'en oublie les détails. Elle a 35 ans.

Après la perte du safran et quelques autres menues misères, j'ai fait mes armes sur ce bateau, finalement pas si mauvais. J'emmenais, été comme hiver, des copains de lycée, auprès desquels je faisais figure de skipper expérimenté !

Nous nous sommes fait gronder plus d'une fois par les gendarmes maritimes de Saint Malo, qui trouvaient notre équipement de sécurité un peu léger, pour naviguer par mauvais temps, bien au delà des 5 milles réglementaires.

Cependant, je les trouvais bien sympas et pédagogues avec nous. La pire sanction qu'ils nous aient infligée, est de retourner illico a St Malo pour acheter un engin flottant et de leur amener la facture ensuite. Les 180 francs dépensés pour ce bout de polystyrène, avaient un goût amer, car c'était le budget des vacances !

Mais nous étions allés jusqu'à Chausey par un bon force 6 se renforçant, et ils avaient trouvé qu'on charriait un peu. L'officier m'avait sorti un truc qui m'avait laissé perplexe : " au moins, avec cet engin flottant, quand vous aurez coulé, on viendra vous chercher".
Nous n'avions pas de VHF pour appeler les secours...

J'ai perdu de vue la Corvette et son propriétaire (qui ne naviguait plus) lorsque je suis parti faire mes études.

Bravo pour avoir garder le moral face à tant d'adversité!
Et d'avoir découvert la bonne conclusion, pour pouvoir continuer longtemps à nourrir le fil de discussions!

Il y a longtemps en mer Egée, bloqué plusieurs par un meltem un peu fort.
J'avais sympathisé avec mes voisins, des malouins. Faut dire qu'il y avait peu de voiliers français en Grèce à cette époque.
En plus le malouin faisait de la plongée et avait la bonne idée de me rapporter des oursins tous les soirs.
On était la depuis 2 ou 3 jours: l'occupation majeure était de voir arriver les gros voiliers de location avec des équipages un peu abasourdis par leur journée de nav. Nous, on attendait tranquillement que ça se calme.

Arrive un soir un voilier grec. Ils mouillent et culent à quai. D'un coup, ça commence à gueuler fort en grec sur le bateau.
Panique. Ils s'amarrent comme ils peuvent à couple du voisin. ET on a compris qu'ils avaient jeté l'ancre mais aussi la chaîne. En clair, la chaine n'était pas attachée au bateau et a fini par 3 mètres de fond.
Mon voisin plonge et leur rapporte leur chaine . Soulagement des grecs et grands remerciements.

Le propriétaire du bateau était un grec exilé en France pendant les colonels, donc francophone et francophile.
Le lendemain, il invite mes voisins à l'apéritif pour les remercier. Comme j'étais la, j'ai été invité aussi.

Le gars nous sort une quinzaine de grosses boites en disant avec malice: "ma femme a préparé quelques mézes pour la croisière".
En fait d'apéritif, on est sortis à 18 heures bien repus mais aussi bien arrosés (l'ouzo avait coulé à flot). Et je dois avouer qu'on a bien rigolé.*
Bon ,c'est la Grèce!

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