Vos histoires de mer (5)

L'idée est de raconter une histoire, étonnante, surprenante, drôle, qui vous est arrivée en navigation ou en escale.
Les règles : Gentillesse, tolérance, bon enfant, retour sur les histoires racontées.
Pas de nouvelle histoire avant la fin de la discussion sur l'histoire en cours.
Prenez votre temps, on risque d'être plus longtemps que prévu derrière nos écrans.

Suite du

L'équipage
04 juil. 2020
04 juil. 2020

Nous sommes rentrés des tropiques par la mer Rouge , le canal de Suez et la Grèce.
Nous étions à Ios, en Grèce lorsque le skipper du bateau de location près duquel nous étions, l'arrière au quai, comme cela se fait en Grèce, dépose sur le quai une caisse de boites de jus d'orange .
C’était tout un équipage (8 couchettes, 8 passagers) de gros allemands, blancs de peau, rouges de face, parlant fort dans leurs sandales en cuir.
Je leur demande pourquoi ils déposent ces boites de jus d'orange qui me paraissent neuves, pas rouillées et tout à fait présentables.. Ils m'expliquent qu'ils ont acheté ça à leur escale précédente, mais en ayant bu, ils en ont été incommodés, mal au ventre et diarrhée.
Bon, ces allemands habitués aux saucisses édulcorées, aux légumes sous cellophane, à la viande traitée aux antibiotiques et gavés de choucroute importée ont bien sûr choppé « la tourista ».
Pour nous, vivant sous les tropiques depuis des années, ayant acheté des yaourts dans les bacs en terre au Shri-Lanka, apprécié les brochettes de bosse de chameau au Soudan, bu l'eau d'Aden, fait fuir les mouches des morceaux de viande de zébu acheté à Djibouti, on est blindés.
J'embarque les boites de jus d'orange, les mets au frigo et le soir, me bois une boite entière bien fraiche.
J'ai été malade comme un chien, à tel point que je passais la journée suivante, au mouillage, pendu à l'échelle de bain, le cul dans l'eau.
J’étais dans cette position peu enviable quand, à l'opposé du cockpit, en face de moi, passant dans leur annexe, un couple de vieux anglais plus britishs que la famille royale s'agrippa au bateau et dans un anglais très londonien me dirent, parlant de notre voilier :
« She's a Camper &Nicholson , insn 't she ? » Et se fendirent de compliments sur la qualité et la beauté de cette construction anglaise.
J'ai répondu comme je pouvais, tout en évitant de laisser échapper trop de flatulences sonores, mais je fus tout de même bien soulagé quand, au bout d'une bonne demi heure, ils redémarrèrent leur petit seagull.

05 juil. 2020

Savoureux récit. Merci ED

05 juil. 2020

"Savoureux" : le commentaire est à la hauteur de l'histoire : j'ai bien ri !

05 juil. 2020

Merci ED, c'est toujours aussi irrésistible !

06 juil. 2020

Merci ED !
Jolie histoire !
A mourir de rire !

08 juil. 2020

Cette histoire de boisson m'en fait penser à une autre bien différente. Nous étions à Newport pour la régate Newport-Bermudes, début juin. Tous les pontons étaient archi-complets avec plus d'une centaine de bateaux et leurs équipages qui préparaient pour le départ le lendemain. Un bateau passait lentement près de nous, visant l'éspace étroite entre quelques uns de nos voisins. Je me suis levé pour attraper le bout jeté et les aider à s'y enfiler. Retour au boulot ensuite, sans y penser. Plus tard le soir, un homme arrive sur le ponton avec une bouteille de vin rouge pour nous. C'était tiré de la cave du propriétaire, qui tenait également un vignoble dans la région de Bordeaux. À table le lendemain soir, en route pour Hamilton aussi vite que possible, c'était inoubliable avec un filet rôti. Ah oui, nous avons aussi gagné notre classe cette fois-là. Quand on aide les autres, tout le monde avance.

15 juil. 202015 juil. 2020

Encouragé par Pierre, que je remercie, je vous livre ici une histoire vécue. Loin d'être édulcorée, j'en ai au contraire tu une partie, que je raconterai sous un autre titre.

Une courte histoire du Lord Jim.

"Vous savez qu’on peut aller plus vite que la lumière ? Tous ces scientifiques sont des abrutis. Moi je sais comment faut faire avec une simple calculatrice de conversion francs-euros. Regardez !"

Je sens que Nicolas est à bout de nerfs. Le rictus agacé qu’il affiche depuis une demi-heure se transforme en signe d’énervement que je connais bien chez mon pote, et ses réponses au vieux fou se font de plus en plus sèches.
C’est que depuis que nous sommes montés à bord du sloop au mouillage, le propriétaire nous interdit l’accès à l’intérieur et garde la clé du panneau de descente fermé au fond de sa poche.

Oubliant sa physique théorique et, comme frappé par un éclair de génie, il écarquille les yeux, la bouche édentée grand ouverte, et sort de sa poche une mignonette de Pastis, une mini bouteille d’alcool de 2 cl. La tendant droit devant le nez de Nicolas, il lui crache au visage :
- Tu sais pourquoi je mets de l’essence là dedans, mon gars ?
Grincement sinistre de dents de Nicolas.
- NON.
- Je mets pas beaucoup d’essence dans mon moteur d’annexe. Quand je tombe en panne, je verse ça dedans et je peux rentrer à bord.

Nicolas craque :
- Bon, vous nous l’ouvrez le bateau, maintenant ? Si vous voulez qu'on l'achète, faut qu’on puisse le visiter.
- Ah non, les gars, j’ai pas fini de vous expliquer pourquoi je vais vous le vendre.

Il faut changer de technique. Bientôt trois quart d’heures que nous sommes à bord, et nos demandes répétées à pouvoir visiter le bateau sont repoussées avec la même énergie.
Profitant d’un moment d’absence du bonhomme, qui disjoncte régulièrement en marmonnant dans sa barbe, je glisse à Nicolas :
- Fais-le parler, je vais voir si le panneau du poste avant est ouvert.
Je prétexte le besoin d’aller me soulager dans les filières pour m’éclipser pendant que le type repart dans ses délires.
- Je devais faire le tour du monde avec mon pote, mais il est mort l’année dernière. Alors il m’a dit : « prépare le bateau, comme ça, quand je reviendrai, on pourra partir ». Alors je suis venu ici et j’ai acheté 140.000 francs de matériel pour refaire le bateau à neuf. Mais je crois qu'il ne reviendra pas, c'est trop tard. Je vais rentrer en France en avion.

Le panneau de pont est effectivement ouvert. Je m’y glisse. Je tombe sur des voiles en très bon état apparent. Le poste avant est encombré de cartons neufs. J’en ouvre un : un sondeur et un GPS.
Je progresse vers le carré. Les cloisons et les bordés des toilettes, dont le WC est absent, sont couverts de boue collée jusqu’au pont. Arrivé dans le carré, légèrement en contrebas, j’ai les pieds dans de l’huile de vidange, qui dépasse le niveau des planchers. L’espace de vie principal est un véritable foutoir, encombré de vieilles planches graisseuses, câbles d’acier rouillés, bidons usagés et ferrailles diverses. Il n’y a pas de mousses aux couchages, mais de nombreux cartons sont empilés les uns sur les autres. J’ouvre. Un réchaud neuf, des drisses, un … moteur Yanmar de 10 chevaux et ses périphérique, un régulateur d’allure Navik, une cuvette de WC, un guindeau manuel, etc.
Ne voulant m’attarder trop, pour que le vieux fou ne remarque pas mon absence, je ressors, et fais un signe du pouce à Nicolas. Il a dit vrai. Le bateau est plein de matériel neuf acheté chez le shipchandler de l’île.
Arrivé dans le cockpit, notre homme me dévisage :
- Je sais bien que tu es allé dedans. Je ne voulais pas à cause de l’huile, mais maintenant que tu as vu, je vais vous ouvrir.
- Montrez-nous la liste du matériel et les factures, tant que vous y êtes. Si tout le matériel est à bord, on vous achète le bateau pour le montant des factures, comme vous l’avez proposé par téléphone.

C’est le cas. 140 000 francs, à quelques dizaines près. L’acte de francisation est en règle. Le carnet est neuf, soigneusement rangé dans un équipet à l’abri des projections d’huile. Le bateau vient d’être francisé.
Le sourire revient aux lèvres de Nicolas. J’échafaude déjà le projet de rénovation : mettre à l’abri le matériel neuf, inventorier tout ce qui peut être récupéré du matériel et accastillage d’origine, vider le bateau, gratter et poncer les bordés, etc.

Le vendeur, que la vue du chèque et la signature des papiers de vente ont ramené à la raison, nous ébauche l’histoire du bateau, récupéré à l’état d’épave à Madagascar. Les faits me seront confirmés, et l’histoire complétée par un marin français, rencontré 15 ans plus tard.

Le sloop fractionné de 10m60, est très étroit et bas de franc bord, avec d’importants élancements. La coque en polyester monolithique est lestée d’un profond voile de quille en plomb.
C’est un bateau de production nordique, des années 70 ou 80, mais nous n’en trouverons pas le type, le marquage du chantier ayant disparu. Les aménagements sont typiques des productions de l’époque et équivalent en terme de volume à ceux des voiliers de 7m50 à 8 m de production française des années 70.
Le gréement fractionné en alu de type 7/8 est équipé de bastaques. Le mat posé sur le pont est en bon état, de bonne section et assez court.

L’élégant et rapide voilier avait abordé les cotes de l’île rouge quelques années plus tôt, skippé par un jeune navigateur solitaire nord-européen. En escale quelques temps dans la grande ville portuaire de Majunga, ouverte sur le canal du Mozambique, le blond viking s’était adjoint les services d’un équipier plutôt que d’une équipière, pour agrémenter les nuits au mouillage.
Le jeune et solide malgache était connu, dans cette vile réputée dangereuse pour les voiliers de passage, comme ayant de très mauvaises fréquentations et s’adonnant à des activités illicites.

Les sentiments, sinon l’entente, semblaient sincère, ainsi décidèrent-ils, une fois la caisse de bord remplie par un commerce illégal, de faire voile ensemble vers le nord. Ils firent escale au terme de la première journée de navigation dans l'embouchure d'un fleuve situé à une trentaine de milles au Nord de Majunga, à quelques encablures d’un village de pêcheurs.
Aux premières lueurs de l'aube le lendemain, les piroguiers rentrant d’une nuit de pêche au large de la cote, virent le jeune amant malgache quitter le voilier, chargé d’un gros sac, à bord de la plate. Seul.
Deux jours passèrent, sans qu’aucun mouvement ne soit plus visible à bord. L’inquiétude gagnant les villageois, une délégation de pêcheurs ramât avec une pirogue jusqu’au voilier, resté ouvert. Ils y découvrirent le jeune skipper gisant sur le planché… égorgé.

Comme il est d’usage, le voilier fût « récupéré » par les autorités, proprement pillé, puis abandonné dans la mangrove au fond d’un estuaire, où il resta quelques temps, couché dans la vase.
C’est là que notre vendeur français, alors résident à Majunga acheta le voilier aux autorités locales, et lui fit refaire des papiers malgaches, avec pour grand projet, un tour du monde à la voile avec son ami décédé.

Et c’est le moment que choisit la jeune épouse malgache du vieux monsieur, pour passer un marché avec la police de la ville, afin de se débarrasser de son mari. La chose était assez courante à une époque, et toutes sortes de motifs pouvaient être invoqués, que je ne les citerai pas ici, car les accusations portées sont graves et des affaires judiciaires sont toujours en cours d’instruction.
Cette affaire là fût pliée dans la journée. Moyennant une enveloppe de quelques milliers d’euros que reçut la police, le monsieur fût prié de quitter le territoire malgache sous 24 heures, sinon quoi, il serait incarcéré et poursuivit.

Notre homme sauta donc à bord du bateau le jour même. Le voilier non motorisé et vide, n’étant équipé que de son gréement et du jeu de voiles qu'il avait pu racheter aux pilleurs, et réinstaller sur l’épave.
Le pont était aussi dénué d’accastillage, y compris de winchs, que l’intérieur fleurait bon la boue de mangrove tiède et le bois pourri.
Quelques paquets de biscuits et un pack d’eau achetés en passant au marché suffiraient à nourrir pendant 36 à 48 heures l’équipage embarqué. A savoir, un chat, et un marin malgache sensé connaitre la route jusqu’à l’île française de Mayotte, où le skipper pourrait trouver refuge.

La distance à couvrir à la voile est de 180 milles dans la direction Nord-Nord Ouest, dans le sens des vents dominants de secteur Est. L’absence de compas ainsi que de tout moyen de positionnement à bord, y compris de carte marine, ne devait pas poser problème, car les marins malgaches savent s’en passer et l’archipel des Comores est constitué de quatre îles volcaniques massives, visibles de très loin, par l’amoncellement des nuages au dessus des sommets.
Les passes d’accès à l’immense lagon de Mayotte sont larges et profondes, et les courants y sont raisonnables, rendant l’entrée sans carte anecdotique.

Ce n’est pas ce qui se passa. Au bout de trois jours de mer sous un soleil écrasant, dans des brises évanescentes et instables, l’eau est les biscuits étaient épuisés, mais aucune île en vue.
C’est au matin du cinquième jour, que le chat sauva la vie de l’équipage. Posté sur le pont, coté tribord, il miaulait à s’en déchirer la mâchoire, le regard fixé sur l’horizon.
Décision fût prise de « suivre le chat », et l’équipage aborda Mayotte par le Sud, le matin du sixième jour.

Ils longèrent le récif frangeant, accord et bien visible de la cote Est, et piquèrent sur bâbord pour embouquer la passe principale, menant au mouillage de Dzaoudzi. Comment s’y prirent-ils, je ne sais pas, mais le bateau finit drossé sur les coraux, les fonds de coque percés, et la fine équipe rejoignit Petite Terre à pied par le platier, à marée basse.

Est-ce à ce moment que notre homme a perdu l’esprit ? Après avoir remis le bateau à l’eau, sommairement réparé par un chantier local, il l’a rempli de ce qui débordait des poubelles du quai de la criée.
Lorsque nous l’avons rencontré, il dormait dans les poubelles sur le quai, plutôt qu’à bord ou à l’hôtel, ce dont il avait les moyens.

Nous avons débarrassé une demi-tonne de câbles et ferrailles rouillées, puis vidé plusieurs centaines de litres d’huile de vidange, versée dans les coffres et le carré.
Seul le matériel neuf et les voiles, entreposés en hauteur, n’étaient pas souillés. Nous avons eu quelques bonnes surprises. En particulier celle de retrouver des winchs de belle taille et une hélice tripale, immergés sous près de 1 mètres d’huile dans le grand coffre de cockpit.

La suite de l’aventure fût pour nous assez plaisante. Passé un nettoyage viril et abrasif de l’intégralité du bateau, jusqu’au décapage de toutes les surfaces intérieurs au grattoir à antifouling pour virer un composite tenace de vase et d’huile minérale, nous avons rénové et rééquipé le bateau en quelques mois, pour un montant raisonnable.
Rebaptisé « Lord Jim », ce très joli et efficace voilier sera notre support de plusieurs années d’aventures le long des cotes Ouest de Madagascar.
Notre première navigation, effectuée en 2002, nous amènera à Nosy Be et est à raccrocher à l’histoire que j’ai racontée dans le fil « vos histoires de mer (4) » :
« Le colonel K. »

15 juil. 2020

Ah, j'aime tes histoires, Soava Dia. Je retrouve ces figures exceptionnelles qu'on rencontre autour du monde. Merci d'entretenir ce fil à ce niveau😉

15 juil. 2020

Merci ED !
Je vous livrerai aussi vite que le besoin d’écrire me prendra, pareille chez moi à l'envie de pisser par temps froid, l'histoire de la disparition momentanée de ce bateau...

15 juil. 2020

Encore une extraordinaire histoire Soava dia. Toute une série de détails la font sortir du lot et garde l'attention éveillée jusqu'au bout (le chat qui sauve l'équipage par exemple). Ce texte me fait penser à mes propres voyages en Afrique et aux receuils de nouvelles de Somerset Maugham inspirés de ses voyages en asie (the casuarina tree par ex. Pour ceux qui lisent en anglais). Tu devrais publier.

17 juil. 202017 juil. 2020

La disparition du Pim

La bedaine épanouie, le visage jovial coiffé d’une tignasse blonde de gosse, en pétard et bouclée, Jacky est un septuagénaire dynamique, enthousiaste et franchement sympa.
- Tant que je ne suis pas encore liquéfié, et que j’en ai la force, je vais emmener ma fille de 12 ans autour du monde à la voile.
- Ou peut être simplement un voyage de deux ans dans l’océan indien, s’empresse-t-il de corriger, sachant la première hypothèse compliquée, à presque 75 ans.

Tout deux vivent dans une grande maison végétale à Anjajavy, un village de pêcheurs de la cote Ouest de Madagascar. La cote de cette région se mérite. Elle est aussi belle qu’elle est difficile d’accès par la terre. Déchiquetée, entaillée de rivières et de kingas, petits cours d’eaux asséchant au gré des saisons, les roches des falaises y sont blanches à l’aube, et rouge au couché du soleil.
- Il faut trois jours de pistes chaotiques et incertaines en 4x4 pour rejoindre Majunga, où ma fille est en pension à l’école. Alors j’ai construit une piste derrière la maison, et je vais la chercher en avion aux vacances !
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La gamine jubile :
- Et moi, j’ai un quad, regardez !
Elle pilote le petit monocylindre qu’elle a reçu pour son anniversaire comme une pro de l’enduro, sillonnant à fond la caisse les chemins de brousse tortueux, caillouteux et escarpés. Elle revient le soir, les mollets et les avant bras lacérés des coups de griffes des épines de la forêt sèche qui couvre cette cote ensoleillée. Elle nous les montre comme autant de trophées attestant de ses qualités de pilote.
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Nous prenons l’apéro sur la terrasse de bois couverte de falafa, surplombant l’entrée du Kinga, où mon trimaran endormi tire paresseusement sur son mouillage.
Le barracuda que j’ai remonté à la traîne ce matin est dans la marmite, entre les mains expertes de la cuisinière. L’heure est à la détente et aux histoires de mer.
- Tu sais que mon précédent bateau, je le mouillais dans la baie face à la mer, et pas dans la rivière. Il calait trop pour rentrer quand le kinga, alors je le laissais au mouillage par 6 mètres d’eau, à l’abri des Vato mandry qui protègent la baie.
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Vato mandry, littéralement « pierre qui dort » en malgache, est le nom qu’on donne souvent ici aux plateaux rocheux émergés au large de la cote. Ces formations géologiques de basalte protègent la cote, ainsi, les petits cours d’eau se jettent-ils à la mer derrière ses barrières protectrices. C’est le cas du Kinga de Jacky, dont le mince débit cède face à la puissance des vagues du large, qui obstruent la passe périodiquement, ne laissant qu’un mince cours d’eau, où les trente centimètres de tirant d’eau de mon petit trimaran se sont tout juste faufilés.
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- Il marchait bien, ce quillard. Un sloop de régate de 10 mètres, léger et rapide. J’allais pêcher au large avec, au lever du jour. Mais un matin, quand nous sommes arrivés sur la plage avec ma fille, le bateau avait disparu. Je suis remonté sur la falaise et j’ai parcouru quelques kilomètres de cote, pour voir s’il ne s’était pas échoué dans une crique. Rien.
Pas d’avantage à l’horizon, aux jumelles.
- On me l’avait piqué, mon bateau, tu te rends compte ? Ici !
C’est surprenant, en effet, dans cette zone loin de tout, où on laisse plutôt les bateaux ouverts.
- Il a coulé, ton bateau, je lui dis en me marrant ! Tu l’as retrouvé au fond ?
- Non, on a pris la coque ouverte motorisée et on est allé voir. Rien ! Alors on a fait le plein d’essence des deux moteurs de 140 chevaux, et on est parti vers le large dans la direction de la brise de terre de la nuit, pour voir s’il n’avait pas simplement largué son mouillage.
- Il n’a pas pu aller bien loin, tu rigoles ! La brise est faible et y’a pas de mer.
- Tu veux savoir ? On l’a retrouvé à près de 10 milles au large. Et tu sais quoi ? Le bateau vide progressait à deux nœuds face à la brise de mer qui souffle à cette heure là, tiré par son mouillage.
- Ben merde…
- On s’est dirigé en avant de l’étrave dans la direction du mouillage et on a vu que le bateau était tiré par une… raie Manta géante, dont l’ancre plate s’était prise dans l’aile gauche ! Alors on a tiré sur le câblot jusqu’à la chaine, puis on l’a coupée pour qu’elle coule avec l’ancre et que la raie se libère.

La chose est à peine croyable, mais bien réelle. L’immense raie Mobula birostris, dont l’envergure peut dépasser sept mètres pour une masse de 1400 kg, est présente le long des cotes Ouest de Madagascar. Observée de 40 m de profondeur jusqu’à la surface, elle fréquence les eaux peu profondes sablonneuse et les passes récifales où elle se nourrit de crustacés et occasionnellement de petits poissons. Celle-ci a du passer dans la baie, derrière le plateau rocheux. Nageant au ras du fond, elle a rencontré le mouillage, qu’elle n’a pas vu de nuit. Il n’est pas surprenant que l’ancre plate ait pu se coincer dans le bord d’attaque de son aile, près de la tête, voir sur la tête elle-même. La puissance de l’animal a suffit à tracter au delà de l’horizon un voilier pas beaucoup plus lourd que lui.

Petit texte en mémoire à mon ami Jacky, emporté par un AVC pendant la préparation du voyage promis à sa fille, en 2017.

Merci Soava Dia pour tes superbes histoires !
Celle là est incroyable !
;-)
Tiens, j'ai cru reconnaitre le trimaki vert !
;-)

17 juil. 2020

Histoire aussi belle qu'insolite ! On voyage au gré de tous ces petits détails enchanteurs, ces noms exotiques pleins de couleurs, et les descriptions de paysages savoureux.
Merci Soava Dia.

17 juil. 2020

Put...., l'inventeur de la propulsion à raie. C’était donc lui? A-t-il déposé le brevet? J'aurais bien vu des thons en guise de propulseur d'étrave... ;-)

17 juil. 2020

Décidément, la qualité de tes histoires ne baisse pas :-) :-)

On passe vraiment de bons moments avec ces récits !

17 juil. 2020

Merci messieurs !
La prochaine histoire est en cours d'écriture. Il faudra attendre quelques jours, à moins que j'y passe la nuit ! C'est long...

18 juil. 2020

Merveilleusement écrit, un grand merci pour toutes ces histoires

18 juil. 202018 juil. 2020

Vous êtes tous d'excellents conteurs, chapeau bas Messieurs !

18 juil. 202018 juil. 2020

Une histoire nettement plus longue, qui a presque 20 ans.
C'est beaucoup plus chronologique que les histoires précédentes et certainement moins bien écrit. Je vous prie de me pardonner les coquilles et fautes de d'orthographe que j'aurais laissées, car je n'ai relu qu'une fois.
Ca n'en reste pas moins une belle aventure de mer et d'amitié. J'écrirai la deuxième partie bientôt.
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L’âcre fruit de la passion
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Le soleil est revenu, après 48 heures agitées. Le téléphone sonne, alors que j’émerge.
- Vincent, tu es au courant qu’un bateau à coulé dans la baie cette nuit ?
- Un de plus, tu veux dire ?
L'île de Mayotte vient tout juste d’être balayée par une queue de cyclone, et bien que les dégâts soient limités sur terre, de nombreux voiliers ont rompu leur mouillage et sont allés à la côte ces deux derniers jours.
- Non, celui là est un bateau arrivant d’Australie, qui a coulé en tentant de se mettre à l’abri dans la baie de Boueni.
- Merde. L’équipage a pu rejoindre la terre ?
- Je n’en sais rien, le bateau est échoué sous la falaise et il n’y a personne à bord.
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Je saute dans mes sandales et file en moto sur les lieux de l’accident, distants d’à peine 10 kilomètres. La baie de Boueni, au Sud Ouest de l’île de Mayotte, est un grand havre, un trou à cyclone, dont l’entrée large et profonde ouvrant sur le lagon, ne pose aucun problème d’accès. Le calme absolu de ce dimanche matin, sous un ciel d’un bleu limpide et pur, comme purgé de tout nuage et lessivé par la furie des jours passés, rend la scène surréaliste. La magnifique coque en aluminium d’environ 13 mètres git au pied d’un enrochement, le bordé tribord enfoncé par une roche saillante et la carène ensablée. Elle exhibe les traces du combat désespéré que l’équipage à dû mener, perdu contre les éléments déchaînés de la nuit. De nombreuses aussières traînent sur le pont couvert de sable, et pendent le long des bordés, enchevêtrées dans les chaînes de mouillage. La principale, qui passe sous la coque, a profondément lacéré, tranché à vif, l’aluminium de la coque blessée. La descente et le capot de soute avant sont ouverts, m’offrant le spectacle de l’intérieur dévasté, aux aménagements arrachés, dont les éléments disloqués surnagent dans un cloaque de vase, d’effets personnels et d’objets de toutes sortes. L’eau goutte des vaigrages du plafond, partiellement disloqués, et témoigne de l’immersion totale du bateau, quelques heures plus tôt.
Que c’est-il passé ? Comment cette magnifique unité immatriculée à Nouméa a-t-elle pu se mettre à la côte si près de l’abri de la falaise, où elle est venue s’encastrer sans réussir à la contourner ?
...
Julie, calfeutrée à l'intérieur avec sa fille, ouvre le panneau étanche de descente et, bravant la pluie et le vent en furie de 60 nœuds qui souffle de l’arrière et lui giflent le visage, hurle à son mari, seul à la barre.
- Pourquoi as-tu coupé le moteur ?
- Je n’ai pas coupé. Je contourne la pointe à 500 mètres, et on mouille devant la plage.
Le bateau, à sec de toile et appuyé par le moteur, fonce plein vent arrière à 8 nœuds, au milieu de la nuit. Julie referme la descente mais, le temps que le skipper tente de relancer le moteur, elle ressort.
- Le compartiment moteur a explosé. L’eau s’engouffre ! crie-t-elle.
A peine descendus dans le carré panoramique pour constater, ils ont de l’eau aux genoux. L’entrée d’eau est colossale et incompréhensible. Elle jailli sous le moteur maintenant noyé, à flot continu. Chercher la fuite est inutile. La cote au vent de la falaise est à 300 mètres à peine, sur tribord, et ils pourraient la rejoindre en déroulant un bout du génois, pour poser le dériveur dans les rouleaux de la plage, mais il est déjà trop tard. La barre qui répondait librement jusque là est bloquée en travers, et le bateau se cabre, offrant son flan aux vagues.
La situation devient critique. Fruit de la Passion s’enfonce rapidement et pique tu nez. L'enfant, prise de panique, se met à hurler.
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Les choses se déroulent alors très vite, dans le cahot de la nuit sans visibilité, du vent qui hurle et des vagues déferlantes submergeant le pont du bateau qui sombre. Récupérer les papiers de l’équipage et du bateau, puis embarquer dans l’annexe rigide, suspendue aux bossoirs avant qu’il ne soit trop tard. Deux minutes auront suffit à engloutir Fruit de la Passion, dont le pont disparaît sous l’eau noire de cette nuit sinistre, lorsque le skipper tranche les palans retenant le semi-rigide aux bossoirs.
Il pleure et hurle de rage et d’incompréhension, alors que seul le mât du bateau posé sur le platier corallien est encore visible. Le bateau est perdu, après 17 ans de navigation en famille autour du monde. Sans préavis, sans aucun signe avant coureur ni explication, sans la moindre chance de lutter contre l’adversité, reçue comme un uppercut par le propriétaire en larmes.
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Le moteur de l’annexe démarre et l’équipage rejoint la plage, toute proche. Ils sont trempés, sonnés, désemparés. 17 ans de vie et de souvenirs, dont les coffres de leur magnifique dériveur de 42 pieds en aluminium débordaient, ont disparu sous leurs pieds en quelques dizaines de secondes. Le mat du bateau, qui dépasse largement du fond, est visible par instants, par les nuées d’embruns qui jaillissent de l’espar. Au moins, n’a-t-il pas coulé au milieu de la passe, profonde de 40 mètres, mais sur le bord du récif frangeant, couvert d’environ 5 mètres d’eau. Peut être leur voilier, autant habitation principale qu’outil de voyage, pourra-t-il être récupéré ?
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Je fais le tour du bateau. La carène est entièrement ensablée à l’étrave, mais la poupe posée sur un rocher est mieux dégagée. L’eau qui s’évacue de l’intérieur me permet de localiser deux déchirures. La plus importante est colossale. Le puits de dérive arrière du bateau est partiellement arraché dans sa partie basse, sous la flottaison, laissant apparaître une ouverture béante par laquelle un homme passerait les deux bras. La dérive sabre qui y coulissait verticalement est pliée sous la voûte, et a emporté dans sa course destructrice le safran, toujours en place, mais dont l’impressionnante mèche pleine de 10 centimètres de diamètre est tordue. Les autres trous sont à priori uniquement ceux des sondes de loch et de sondeur, disparues, décapitées par le frottement du sable et du corail sur la coque chargée d’eau et bousculée par les vagues déferlantes.
Il est marée basse. La plage est déserte. Le voilier blessé, à l’abandon. Dans six heures, la mer va à nouveau envahir le bateau, mais il pourrait flotter et être dégagé des enrochements si les ouvertures étaient colmatées d’ici là.
J’ai la journée devant moi…
Et si j'y allais ? Si je le faisais ? Qu’est ce que je risque à tenter de renflouer ce dériveur ? Me faire engueuler par le propriétaire ? Perdre une journée ? Bousiller quelques outils dans l’eau de mer et le sable ?
J’enfourche sur ma moto et fonce à la maison. Je balance dans le coffre de la voiture tout de qui pourrait servir : planches en contreplaqué, boulons et axes filetés divers, joint silicone de bâtiment, et tous mes outils manuels.
J’attrape un gros sac de ciment rapide à la quincaillerie du village ouverte ce dimanche matin, et je reprends la route vers le lieu du naufrage.
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La plage est toujours vide. Je suis très excité par le challenge qui s’offre à moi. Faire plus vite que la mer. Offrir à cet oiseau du large blessé, une revanche contre les éléments et un espoir de survivre. Car il n’a passé qu’une nuit sous l’eau, avant d’être drossé à la côte par la force colossale des vagues, qui l’a charrié, bouté sur plusieurs centaines de mètres, du bord du platier où il a coulé, jusqu’à la falaise. Le gréement est intact, le moteur peut encore être sauvé, les aménagements en teck, bien qu’arrachés peuvent être partiellement récupérés. La coque en alu peut être ressoudée. Alors je m’active, déterminé.
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La dérive salement pliée cède après une demi-heure d’acharnement sur la scie à métaux, plusieurs lames cassées, et l’énergie rageuse que j’ai à la virer de son puits.
L’égoïne tranche un rectangle à la taille de la base du puits libéré, et des grands coups de masse font sauter le guide de dérive en téflon, libérant les axes qui me permettent de fixer la planche.
Je balance la moitié du sac de ciment par le haut du puits qui débouche dans le cockpit, après avoir sommairement colmaté les déchirures des flancs avec des chutes de bois plaquées verticalement par un rouleau d’adhésif. J’y verse de l’eau de mer, qui stagne entre les membrures. L’ensemble forme une bouillie noire et visqueuse, mais j’ai bon espoir que ça prenne. Le temps presse. Le soleil est passé à l’Ouest, on est à mi-marée.
Je creuse sous les flancs de la coque pour atteindre les sondes et je découpe des plaques carrées de contreplaqué qui, disposées de part et d’autre de chaque trou, tenues entre elles par un boulon et étanchéifiées d’un épais pâté de joint silicone pris en sandwich, vont colmater les dernières entrées d’eau.
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Il est 16 heures lorsque je range mes outils dans la voiture, et que deux véhicules se présentent. C’est l’effervescence. Deux gaillards descendent une motopompe thermique du toit du premier véhicule, tandis qu’un troisième sort du coffre des centaines de mètres de corde en polypropylène et les tuyaux de la pompe.
Un homme hagard et livide reste au volant de la deuxième voiture, sans bouger.
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A la vue de cette logistique et de l’efficacité des sauveteurs, je suis saisi d’un doute. Un bateau de pêche approche déjà par le large… Je me suis manifestement immiscé dans un sauvetage organisé par le propriétaire, avec l’aide de professionnels. Je vais me faire démonter par cette bande de costauds bruyants. Je pense fuir, quitter les lieux sans rien dire, mais après réflexion, je reste dans les parages et j’observe, sans me présenter. Du monde a approché, qui regarde les préparatifs du sauvetage. Je ne suis donc pas repéré. J’approche des enrochements comme les autres curieux, alors que le gars que j’identifie comme le responsable des opérations fait le tour du bateau. C’est un type solide et bourru, qui parle fort :
- Regardez, les trous sont bouchés ! Qui c’est qu’à fait ça ?
Comme un enfant pris en faute et qui ne sait pas mentir, je réponds.
- C’est moi. La motopompe ne servira pas, mais vous ne pourrez pas remorquer le bateau bien loin, le safran est plié en travers.
Le costaud me saute dessus, furax.
- Ecoute, mon gars, je sais pas qui tu es, mais le sauvetage, c’est nous qui le faisons, c’est notre métier, alors tu fermes ta gueule et tu nous laisse faire. Sinon, tu vas prendre mon poing dans la gueule.
Les deux autres se marrent en descendant vers la plage :
- Il a bossé gratos pour nous, celui là ! On lui paiera un coup, quand même ! Ahaha.
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Le message est on ne peut plus clair. Je ne réponds pas. Je comprends immédiatement que le sauvetage du bateau sera facturé par cette équipe de professionnels qui possède un chantier naval et fais du remorquage pour les navires, et que mon intervention contrarie leur démarche.
Je n’ai pas encore vu le propriétaire du bateau sortir de sa voiture. Alors que j’observe du haut des enrochements l’équipe installer la motopompe sur le rouf du voilier et dérouler la corde en polypropylène qui va servir au remorquage, il s’approche et s’assied auprès de moi.
L’homme de la soixantaine fait peine à voir. Il est d’apparence solide, mais livide et tremble légèrement. Il n’est couvert que d’un T-shirt déchiré qui fût blanc, et d’un short couvert de boue, qui donnent à voir les traces du combat perdu qu’il a mené pour sauver son bateau des ravages destructeurs du granit où il gît sous nos pieds.
A sa voix faible, blanche et sans timbre, je perçois que la rage de combattre a laissé place à l’abattement et au fatalisme.
- Dites-moi combien je vous dois. Regardez, j’ai pu récupérer mon chéquier. Je vais vous payer tout de suite. Mais pas trop, s’il vous plait. L’entreprise va me facturer le sauvetage 16 000 euros.
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J’en suis abasourdi. Moi qui rêvais ce matin même d’un sauvetage dans l’action et le combat contre les éléments, je suis battu, mis k.o. par une équipe dont j’ai fait le travail. Je décline l’offre et tente de raisonner le propriétaire.
- Mais le bateau va flotter, vous n’avez pas besoin d’eux ! Nous pouvons le remorquer à l’abri avec votre semi-rigide et le moteur de 20 chevaux !
C’est peine perdu. Il a abandonné. N’a plus la volonté de se battre davantage.
- J’ai besoin d’eux, vous savez. C’est le seul chantier à Mayotte et qui dispose de moyens de levage suffisants et soude l’aluminium. Si je ne les paye pas, ils me refuseront leur aide ensuite et j’aurai tout perdu.
Je n’aurai pas gain de cause, alors je me lève pour partir. Le propriétaire est dans état de fatigue, d’accablement et sans doute de choc post traumatique, qui ne lui permet pas de raisonner. Je me dirige vers la voiture mais il me rappelle.
- Non, restez là s’il vous plait, je ne sais même pas qui vous êtes, vous semblez vouloir m’aider.
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Les événements qui suivent lui donnent raison. La motopompe ne démarre pas, malgré l’obstination à tirer sur le lanceur. Quant au nageur sensé amener la corde de remorque jusqu’au bateau de pêche, il s’épuise à tenter de tirer les 300 mètres de textile dont il s’est accroché l’extrémité autour du bassin, contre les vagues, au-delà du récif frangeant.
Le patron pêcheur de la belle coque à déplacement neuve de 10 mètres, motorisée par un gros diesel, ne veut pas que son bateau finisse comme celui qui est à la côte. Il a mis 8 heures à parvenir sur zone depuis le Nord de Mayotte, et cela fait une heure qu’il tourne en rond entre les patates de corail. Le flou s’installe dans l’équipe. Le nageur ne progresse pas. Le patron pêcheur s’impatiente et menace de partir.
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- Dites-moi. Vous pourriez nous aider avec votre semi-rigide ? m’interpelle le chef d’équipe qui m’avait engueulé plus tôt.
Le propriétaire fait non de la tête. Trop fatigué et en état de choc il en est incapable, trop angoissé à l’idée de retourner à l’eau et de revivre les heures terribles de la nuit où il a tenté, seul face aux déferlantes sur la plage, de porter des ancres au large pour freiner la progression du bateau, inexorablement bousculé et charrié vers les rochers par le choc répété des vagues. Il a failli se noyer, roulé par la mer et entravé par les câblots qu’il tirait.
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C’est la seule fois que je brusquerai un peu Jean-Pierre.
- On le fait, ou je m’en vais. La nuit va bientôt tomber, j’ai assez donné.
J’ai une idée en tête, dont je ne dit lui rien. Prendre le remorquage en main, et soustraire le bateau à cette bande de requins amateurs, pas foutus de démarrer leur motopompe et de remorquer en pleine eau un bateau qui flotte. Il obéit, docile, et sort de la poche de son short déchiré, le cordon de sécurité du hors bord.
- C’est d’accord, mais c’est toi qui prends les commandes et le moteur. Je t’accompagne, juste.
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Les actions s’enchaînent, sans difficultés. Le bateau flotte dans ses lignes, à peine gité sur tribord, en raison de l’enfoncement du bordé et de la vase accumulée à l’intérieur de ce coté. La longue remorque est jetée à l’eau, et le chef d’équipe resté à bord me passe une aussière par le davier d’étrave, que j’attache court au tableau arrière du semi rigide. Nous progressons tranquillement vers le bord du platier, bateau en travers, en raison du safran bloqué. Il glisse gentiment sur l’eau, pas freiné par la résistance d’un aileron de quille, car c’est un dériveur intégral, dont la dérive centrale est relevée.
Arrivés à la hauteur du remorqueur, le patron pêcheur déclare ne plus vouloir participer, en raison de l’impossibilité flagrante qu’il y aurait à remorquer le bateau dans ces conditions jusqu’au Nord de Mayotte. Sur ces mots, il met les gaz et pique au large.
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J’ai presque gagné la bataille. Il ne reste plus qu’à poser de bateau sur a plage du mouillage organisé, où je sais pouvoir le mettre mon plan à exécution. Le responsable d’équipe, tout à l’heure arrogant, se montre courtois et suit mes directives. 15 minutes plus tard, le Maracuja 42 a le nez sur la plage, l’étrave accrochée au cocotier le plus proche.
Le motopompe remballée, il se dirige vers moi et me prend à part :
- Il faut que nous-nous arrangions pour les frais du sauvetage. Combien tu demandes ?
- Mais t’as toujours pas compris ? Je suis un navigateur, comme Jean-Pierre. J’aide, c’est tout !
Un grand sourire illumine son visage et, me tournant immédiatement le dos, il rejoint sa voiture :
- Eh, les gars ! On s’est fait une bonne journée, là ! Allons boire un coup, pour fêter ça ! Ahaha !
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Je reste planté sur place, scotché par la désinvolture de ce type qui ne me remercie même pas et, me parlant à moi-même :
- C’est ça, mon gars, tu auras peut être tes sous, mais tu ne piqueras pas le bateau.
Car j’ai la conviction que c’est leur intention. Plusieurs fois, le responsable a martelé que le voilier était perdu, aidé en cela par le discours pernicieux d’un expert en assurance obséquieux, venu nous rejoindre après la mise en sécurité du Maracuja.
- Ne vous inquiétez pas, vous êtes parfaitement couverts ! Je vous garantis que votre assurance vous paiera le sauvetage en plus de la valeur du bateau ! Peu importe le prix !
Il n’en sera rien, bien entendu.

Ce qui m’a mis la puce à l’oreille, c’est leur empressement à ramener la coque blessée au chantier, de nuit, à 30 milles du lieu de l’accident, au lieu de la poser sur la plage de mouillage, devant les prises d’eau douce et d’électricité. N’envisagent-ils pas de récupérer le bateau à leur profit, une fois le propriétaire dédommagé ?
Je sais que les fortunes de mer sont fréquentes dans la région, et les requins nombreux. J’ai quelques exemples en tête. Or, j’ai compris que Jean-Pierre, malgré son accablement, veut croire à la rénovation de son bateau. Je suis comme lui, persuadé que c’est possible.

Une fois les protagonistes partis, Jean-Pierre dont j’ai gagné la confiance, me donne les clés du bateau, avant de rejoindre sa femme et la fille à Mamoudzou, la capitale de l’île. Malgré les évènements du week-end, il doit prendre le poste de chef de service qui l’attend à l’hôpital dès le lendemain. Il me donne toute liberté pour récupérer le matériel à bord et tenter de sauver ce qui peut l’être.
Le panneau de descente et toutes les ouvertures du pont sont intactes est fonctionnelles. Ainsi, je peux refermer le bateau après avoir récupéré toute l’électronique, le matériel de navigation, et un grand nombre d’éléments techniques que j’estime pourvoir être sauvés, s’ils sont traités rapidement.

Dès le lendemain matin, je retourne sur le lieu du naufrage pour trouver la réponse à la question qui taraude Jean-Pierre. Pourquoi le bateau a-t-il coulé, alors qu’il pensait être en pleine eau ?
Je trouve la réponse immédiatement, en marchant jusqu’à l’extrémité Nord du récif frangeant. Une excroissance traîtresse se prolonge au large, à 500 mètres de la côte. Il trône à son extrémité une patate tabulaire presque cubique, de 2 mètres de coté, qui porte la trace de peinture de la dérive arrière.
Arrivant du Sud et contournant la pointe Boueni par l’Ouest, Jean-Pierre, trompé par la mauvaise visibilité et les conditions météos extrêmes, a longé la terre de trop près, appréciant mal sa distance, et a cru pouvoir mettre du Sud dans sa route à l’ouvert de la baie.
La patate fait deux mètres. Deux… Un mètre à gauche ou a droite, et ça passait !
La profonde dérive sabre arrière est indispensable pour guider le bateau au moteur dans de telles conditions. Les 14 tonnes du bateau en charge, poussées à 8 nœuds par la tempête et les vagues, ont fait céder le puits, dont la face avant a explosé sous l’impact de la dérive.

J’insiste auprès de Jean-Pierre par téléphone, pour que nous sortions le moteur le plus rapidement possible, après lui avoir donné les bonnes nouvelles : J’ai pu sauver les pilotes électriques, un GPS portable, tous les chargeurs de petite électronique et appareils photos, la gazinière et surtout, le sextant Freiberger cadeau de son père, auquel il tient énormément.
Le traitement appliqué à l’électronique est toujours le même : démontage de tous les circuits et passage à la cocotte minute à l’eau distillée pendant 15 minutes, puis séchage et immersion dans un bain de WD40. La technique, apprise des coureurs au large, fait des miracles. Le sextant, dont la boite a un peu souffert, est rénové plus délicatement et en cours de réglage.

Ces nouvelles, même si elles ne constituent que de faibles compensations financières, en regard de la valeur du bateau, ont un impact considérable sur le moral de Jean-Pierre. Sa voix au téléphone et maintenant claire, enjouée. Je découvre un homme déterminé, énergique et organisé. Il reprend espoir et se place déjà dans la perspective de la rénovation de Fruit de la Passion, pendant les deux années d’activité professionnelles qui lui restent à effectuer à Mayotte ? Puis il prendra sa retraite… et la mer, sur son bateau !

Cependant, je ne lui ai pas encore parlé de ma petite entreprise, qui consiste à gagner du temps pour être en position de négocier avec l’entreprise, que Jean-Pierre n’a pas encore payée. Le temps joue pour nous. Jean-Pierre se rétablit et il sera beaucoup plus à même de traiter des termes d’un contrat sérieux et financièrement raisonnable de remorquage et de rénovation de la coque.

La marée rapporte pendant deux semaines, jusqu’à la prochaine grande marée. A chaque plein, de jour comme de nuit, je tire le bateau au plus haut sur le sable à l’aide de l’aussière de pointe frappée sur l’attache remorque de ma voiture. Ainsi, une semaine plus tard, l’étrave du bateau est-elle au dessus de l’herbe de la pelouse bordant la plage. Si ma technique est la bonne, il sera impossible d’en retirer le dériveur avant trois mois… Et c’est ce qui se passe.
L’entreprise, venue avec un remorqueur de haute mer un mois après l’accident, est incapable de renflouer la lourde coque, solidement posée sur le sable, et rentre bredouille en me maudissant !

Les termes du contrat changent ! Nous sommes en position de négocier leurs services au bon prix. Le montant de la facture du sauvetage-remorquage ne change pas, mais nous pourrons rénover le Maracuja dans des conditions techniques satisfaisantes, dans les locaux du chantier, avec la mise à disposition d’une partie de leur outillage, et d’un conteneur de 40 pieds pour le stockage pour nos équipements.

Sceptiques et réservés sur notre capacité à rénover l’unité de presque 13 mètres, face l’immense travail à accomplir, les gars du chantier se montreront de plus en plus sympathiques et arrangeant à notre égard, et les prix pratiqués pour les travaux de soudure, d’enduction, de peinture des œuvre vives et de manutentions, tout à fait raisonnables.

Ainsi, nous mettrons deux ans à reconstruire Fruit de la Passion, à partir de la coque nue décapée et ressoudée, posée sur le terre-plein du chantier. Nous serons trois, avec l’aide d’un marin malgache débrouillard et fiable.

A suivre…

PS1 : lieu du naufrage entouré en rouge sur la carte.

PS2 : comme nous ne sommes pas ici dans une discussion technique, mais dans une aventure humaine, je ne reviendrai pas sur le pourquoi du comment de la déchirure du puits, qui a été largement commentée sur Hisse et Oh. Les marins intéressés par les questions techniques retrouveront aisément le fil de discussion.

18 juil. 2020

Voilà donc les circonstances de cette déchirure de la face avant du puits de dérive arrière de ce Maracuja dont tu nous as parlé à plus d'une occasion. Ça a été plutôt violent !
En tous cas bravo pour ton action !👍👍👍

18 juil. 202018 juil. 2020

Toujours aussi bon pour le récit en plus; tu nous tiens en haleine...

Un vrai talent pour l'écrit !
Et quel sauvetage !!!
;-)

18 juil. 2020

Merci Soava Dia pour ces chouettes récits. Vous m’avez fait ma soirée🙏🙏.
Vivement la suite!

19 juil. 2020

Passionnant! j'ai eu l'impression de vivre l'histoire. Quel talent de conteur. Merci.

19 juil. 2020

Pour répondre un peu à l'histoire précédente et aussi au fil "tout fout le camp" :
Au printemps dernier, nous étions à Peel, sur l'ile de Man, le long du quai extérieur. Les coquillers arrivaient tous les soirs et ne manquaient jamais de nous laisser une vingtaine de belles St Jacques. Nous en avons fait des ventrées.
Il faisait un temps d'hiver en France, 6/7°C, vent de Nord, beau soleil.
A Peel, il y a une Marina dont le bassin ouvre de 2h avant la PM à 2h après. Il y a donc cette jetée extérieure (gratuite) ou nous étions, et dans la baie, deux grosses tonnes d'attente pour les bateaux voulant rentrer dans la marina.
Un matin, arrive un beau ketch de 15/16 m qui se mets à l'une des tonnes. Mais avec le vent de N/NW, bien que face aux vagues, il montait et descendait dans la houle. Le coin ne semblait pas très hospitalier, avec la plage sur laquelle les rouleaux brisaient à une centaine de mètres derrière. Pourtant, ils restaient là.
Le soir, bien au chaud dans notre cockpit, un petit verre de blanc à la main, je regardais ce beau ketch aux jumelles. Nous n'avions vu personne sur le pont depuis le matin.
En regardant l'avant, un des torons du bout le reliant à la bouée semblait pendre. Même peut être deux. Je ne voyais pas très bien, le bateau bougeait, mais il y avait quelque chose qui n'allait pas.
J'essaye de les appeler en VHF, pas de réponse, la corne de brume, rien ne se passe… en dernier recours j'appelle la marina. Pas de réponse non plus, mais à force de m'entêter, c'est le port de Douglas, situé de l'autre coté de l'ile qui me répond. J'explique donc la chose, en spécifiant bien que je n’étais pas complètement sur, mais que si le bout cassait, le bateau serait à la plage en quelques secondes.
Dans la demie-heure qui a suivi, arrivèrent les sauveteurs, une quinzaine de bonshommes en orange, casqués et harnachés : la RNLI. Ils mirent le gros canot tout temps à l'eau avec une grue à chenille, allèrent au bateau qu'ils amenèrent au quai. La manœuvre terminée, en passant à coté de nous, ils nous félicitèrent de les avoir prévenu. Du bout amarrage de gros diamètre (gros comme mon bras), il ne restait qu'un seul toron. Il n'aurait pas passé la nuit.
Des deux vieux anglais à bord, nous ne vîmes que les silhouettes de loin.
Le lendemain matin, le vent ayant tourné sud et la marée étant bonne pour passer le Mull of Galloway dans la matinée, nous partîmes vers les 4h du matin vers Portpatrick. Belle journée sous spi, courant portant.
En fin de journée arrivent les deux anglais. Ils s'amarrent devant nous et je leur demande si le « sauvetage » de la veille s'était bien passé, en leur précisant que je m’étais permis d'appeler lorsque je m’étais aperçu que leur bout allait casser.
Je me suis fait engueuler, que je ferai mieux de m'occuper de mes affaires et qu'ils n'avaient besoin d'aide de personne.

Image ; le long du quai extérieur, Peel, Ile de Man

19 juil. 2020

Incroyable !
Mais, ils étaient à bord, pendant tout ce temps là, les vieux anglais ?

19 juil. 202019 juil. 2020

Oui, oui, mais il faisait froid, ils ne sortaient pas et surtout n'allaient pas verifier le bout.

Ces plaisanciers anglais étaient de sacrés inconscients !
Vous leur avez sauvé le bateau et voilà leur réponse !
On se demande ce qui peut bien leur passer par la tête !

20 juil. 2020

Rivière.

Nous avons redescendu la cote est de la Malaisie, contourné Singapour et sommes rentrés dans le détroit de Malacca .
Le matin nous avons croisé Christian sur son Arpège qui venait de descendre le détroit, et qui s‘abritait derrière le même îlot, Pulau Pisang, comme nous d’un possible coup de Sumatra ou du moins d’un bon grain au vu de la masse noire qui barrait l’horizon au sud ouest .
Finalement pas si méchant que ça le grain nous amène un vent plutôt favorable pour nous propulser vers l’étape suivante.
Nous voulons entrer dans la rivière de Batu Pahat, en nous approchant nous voyons un petit remorqueur et sa barge immobiles à l’extérieur de la large embouchure, la marée monte, le chenal n’est pas balisé entre les bancs de sables au nord et la cote plus franche au sud mais nous disposons de cartes sur lesquelles on peut juxtaposer une image satellite et quelques way-points qui nous permettent de nous situer relativement bien. Un gros bateau de pêche en bois sort et nous confirme ainsi que ça passe_!
Nous filons donc doucement en longeant le coté sud ou se trouvent des habitations et un petit cap rocailleux prolongé par deux petits îlots. Le soleil est sur le point de se coucher, les familles sont sur le bord pour profiter de l’instant, demain c’est vendredi, on peut se coucher plus tard, c’est congé.
Certains nous saluent au passage tandis que nous amorçons la première courbe sur la gauche. Un petit bateau à moteur qui descend nous fait signe de serrer plus le bord, la deuxième courbe s’annonce. Le bord nord est constitué de friches que l’on pourrait croire gagnées sur la mangrove. Bien que la rivière ai rétréci depuis l’embouchure elle fait tout de même plus de 180m de large, la rive assez franche étant à l’extérieur du virage semblait être un bon endroit pour mouiller. Demi tour donc, nous mettons le bateau face au flot et jetons l’ancre non loin du bord ou subsistent quelques palétuviers sous le regard d’un petit groupe d’hommes accroupis près des branchages coupés.
Alors que nous étions en train d’évaluer la tenue de l’ancre et notre futur évitage, un puissant son de corne nous alerte et nous apercevons le convoi du remorqueur suivi de sa barge de 70m qui remonte le chenal. Nous pensons qu’il a largement la place pour passer, mais un deuxième coup de corne bien appuyé nous fais comprendre qu’il faut décamper.
Remontage de l’ancre en vitesse, nous nous rapprochons de l’autre rive pour laisser la voie libre et décidons de suivre le convoi jusqu’à trouver un endroit plus tranquille.
Là le remorqueur amorce une manœuvre pour faire demi tour juste devant nous. Nous ne savons pas comment réagir, d’autant que le jour commence à décliner. Nous laissons le remorqueur effectuer une élégante et savante manœuvre pour voir que le convoi prend lentement et simplement la place que nous venons de quitter.

Alors on continue en amont suivant ces grandes courbes scrutant les rives pour y trouver un abri. Devant nous, avertis par un tonitruant coup de corne, les feux d’un remorqueur qui descend avec sa grosse barge pleine qui le suit docilement. On allume nos feux de navigation, nous sommes entre chien et loup, entre barge et berge. Il reste un peu de courant de flot, mais je pense qu’ils profitent des alentours de la pleine mer pour ne pas risquer de s’échouer.
Une pinasse se rapproche , son pilote nous faisant de grands signes, mais nous ne parvenons pas a comprendre ce qu’il veut dire quand un grand coup de corne suivi d’un puissant faisceau de projecteur nous disent clairement: « foutez le camp de là nom de Diou ! »
Dont acte. Nous traversons, le convoi passe pas très loin de nous. Il devient difficile de se repérer , la nuit est tombée, les lumières du port masquent celle des bateaux et il y en a encore, un petit recoin avec quelques petites barques nous tente mais il n’y a pas assez de fond si près du bord. Une masse sombre se dresse en travers de la rivière sans que nous puissions l’identifier tandis qu’un remorqueur tourne nous aveuglant au passage de son maudit projo tout en avançant sur nous et nous donnant du klaxon. En fait il déhale une barge qui était perpendiculaire au bord ne nous laissant pas de passage
Le courant nous pousse vers lui, nous avons a peine la place de faire demi tour et la rive est pleine de gros bateaux de 30m en bois à couples les uns sur les autres . A bord des indonésiens nous font des signes que nous comprenons car c’est ce que nous comptions faire, se mettre a couple d’eux.
Nous nous amarrons donc contre un de ces bateaux ventrus qui s’avère être chargé à bloc de noix de coco. La jonque paraît bien petite et fragile à ses cotés.
Là, ça commence à s’animer, les marins nous aident à passer les amarres, montent à bord curieux, nous sortons quelques bouteilles et gâteaux, et faisons connaissance. Ils sont une vingtaine de ces gros bateaux chargés de cocos venant de différents ports de l’Indonésie livrer cette matière en Malaisie. Il y a des cocos partout. Seules la cuisine la timonerie et la cale moteur sont épargnées. Ils nous offrent de leur cuisine excellente que nous dégustons avec plaisir sur la terrasse improvisée de leur pont surélevé.
Les mouvements sur l’eau se sont calmés, le bruit des moteurs a cessé et bientôt vers l’est la lune pleine et grosse se lève au dessus des collines et vient éclairer la mer se retirant lentement du lit de la rivière et les marins souriants .

Merci pour cette histoire !

20 juil. 2020

Très sympa, cette histoire !
Comme quoi, dans un fleuve ou une rivière avec pas mal de trafic, il est parfois difficile de trouver une place pour mouiller.

20 juil. 2020

Merci, comme cela t'as plu une prochaine à suivre!

20 juil. 2020

Rêve Indien

Brésil 2011

Et c'est reparti vers le sud, nous projetons de rentrer dans le rio San Fransisco
do Norte dont l'entrée n'est pas facile car parsemée de bancs de sables entre
lesquels il faut trouver la passe. Il faut donc se présenter à la bonne heure de marée
qui pour nous sera à l'aube. Comme d'habitude nous prenons nos quarts de nuit et
comme nous sommes en avance nous mettons à la cape pour ralentir le bateau.

"Au petit matin Élise me réveille et nous apercevons les rouleaux qui déferlent à
droite et à gauche. Nous sommes juste à l'entrée de la passe, le soleil dans le dos, et
nous voyons bien le chenal. Nous embouquons la passe au portant, les voiles en ciseaux,
sans problèmes avec le courant de flot, les rives défilent à toute allure et une ile se
présente devant nous. N'ayant pas eu le temps de bien consulter le vague dessin qu'un
ancien capitaine nous avait fait sur le coin d'une nappe à Maceio avant de partir, nous
décidons de passer à gauche le chenal paraissant plus grand. Sur le rivage la forêt
commence à prendre peu à peu la place des dunes de sables qui bordaient
l'embouchure. Au bout de deux heures de remontée du fleuve, le vent mollit un peu, et
nous apercevons sur bâbord un petit village avec ses pirogues rangées entre des
pieux. Des personnes sur la petite plage nous font des signes que nous avons du mal à
interpréter, mais nous comprenons assez vite car le bateau vient de s'arrêter
doucement. Plantés sur un banc de sable ou de vase surement assez mou au beau milieu
du rio. Aussitôt les villageois mettent trois pirogues à l'eau et viennent à notre
rencontre. Entretemps les voiles sont rapidement affalées et l'ancre mouillée, ne
voulant pas réitérer notre erreur de Noël en Casamance !
Il reste encore un peu de marée montante et bien que le marnage ne soit pas
très important en ce moment nous devrions nous en sortir sans problèmes. Les
villageois nous font comprendre qu'il y a un endroit plus profond juste devant leur
village et que nous pourrions y mouiller en sécurité. Le bateau commence à virer sur
son ancre, la quille enfin délivrée de la vase et nous mettons le moteur en marche pour
rejoindre l'endroit guidés par les pirogues.
En effet il y a une sorte de grande piscine naturelle formée par un banc de sable
en forme de fer à cheval dont l'ouverture étroite est dirigée vers l'amont tout près
de la rive avec 5m d'eau calme à l'intérieur.
Après avoir mis de l'ordre dans le bateau nous invitons les indiens, car ce village
est visiblement un village amérindien, à monter à bord. Curieusement ils semblent
montrer une certaine réticence, mais suivant l'exemple d'un des leurs plus audacieux,
c'est une dizaine de personnes que nous accueillons. D'abord un peu timides,
chuchotant dans leur langue entre eux, ils vont rapidement faire le tour du bateau
intérieur compris, montrant un intérêt particulier aux instruments électroniques et à
la sculpture en ébène venant de Casamance. Celui qui était monté en premier nous dit
s'appeler Namoa et nous invite à visiter le village en sa compagnie.
Nous débarquons donc sur la grève et suivons notre guide au milieu des cases qui
semblent appartenir à un autre age, carrées en pisé sur une ossature de bois assez
fine qui apparaît parfois lorsque le crépi s'effrite. Nous sommes conduit au centre du
village où trône une grande case sans mur au toit imposant qui descend presque
jusqu'au sol. Il semble que ce soit le lieu dans lequel se rassemble le village lors des
festivités et autres réunions importantes. Il y a des hamacs un peu partout, des
nattes au sol délimitent un grand espace au centre de la case et sur les poteaux sont
suspendus divers objets à l'aspect religieux comme des cranes d'animaux, des
bouquets de plumes colorées, des sculptures de bois et d'os représentant des visages
et des animaux. Dans la pénombre du lieu nous nous rendons compte qu'il y a un bon
nombre de personnes qui nous attendent assis en demi cercle autour d'un petit foyer
de pierres duquel monte un mince filet de fumée qui s'échappe vers l'ouverture au
centre de la toiture.
Là celui qui semble être le chef ou le chaman du village nous fait signe de nous
assoir sur un petit banc de bois au ras du sol en face de lui. Namoa qui est resté à
coté de nous nous sert d'interprète car le haut personnage s'exprime en Indien.
Il nous dit qu'il se nomme Arosca et demande nos noms. Ensuite il se lance dans
un long monologue qui semble intéresser vivement les autres car nous voyons leur
regards aller de ses lèvres à nous avec des expressions étonnées. À ce moment nous
nous rendons compte que presque tout le village est présent car l'espace derrière
nous s'est rempli en silence. Un peu interloqués par tant de cérémonie nous attendons
impatiemment la traduction de ce long discours. Arosca nous explique que nous étions
attendus depuis plus de cinq cent ans et que le vieux "chaman" avait eu une vision de
notre arrivée. Dans les temps lointains un bateau nommé Espoir était arrivé dans le
village et avait emmené le fils du chef à l'époque pour lui faire connaître leur pays
d'origine avec la promesse de le ramener vingt lunes plus tard pour qu'il puisse
témoigner de ce qu'il avait vu de l'ancien continent. Le vieux Chaman sortit alors d'un
sac en cuir décoré de plumes un morceaux de bois qui comportait une inscription en
latin qu'il tendit à Namoa pour qu'il nous le présente. Intrigué j'observais la relique,
m'apercevant qu'il s'agissait en fait de deux morceaux assemblés à mi-bois et
maintenus par quatre clous de cuivre retournés au verso. L'inscription comportait une
date en chiffre romains : 1504 suivi de Alexandre VI , LouisXII, Binot de Gonneville
et Espoir.
Namoa me fit comprendre qu'il s'agissait du centre de la croix que les visiteurs
avaient plantés là avant leur départ, que pour eux cela représentait le sceau de la
promesse faite et qu'il avait été transmis de génération en génération depuis cette
époque. Le chaman repris la parole et ses mots firent partir un cri de surprise de
toute l'assemblée en même temps qu'il me désignait du doigt et celle-ci demeurée
silencieuse depuis le début se mit à murmurer de façon assez agitée ce qui nous
plongeait dans une perplexité grandissante. Namoa m'expliqua que le chef m'avait
désigné comme le descendant d'Esomeric, puisque c'était le nom de l'indien exilé, et
qu'ils feraient une grande fête en notre honneur pour célébrer ce retour si longtemps
attendu et que nous devrions rester vingt lunes dans le village afin de libérer l'esprit
du père d'Esomeric qui avait passé le reste de sa vie sur le rivage guettant le retour
de son fils. Je me tournait vers Élise, qui comme moi était éberluée par la tournure
que prenaient les évènements, et lui expliquait qu'effectivement on racontait dans la
famille qu'un de nos aïeul serait venu du Brésil à cette époque sur un bateau qui
n'ayant pas réussi à passer le cap de bonne espérance se serait retrouvé sur ces
cotes y était resté 6 mois et avait emmené le fils du chef. Le capitaine De Gonneville
n'ayant pas pu remonter une expédition faute de moyens Esoméric se serait marié et
eu une descendance dont nous faisons partie. Le chaman nous fit alors passer une
sorte de calebasse remplie d'un liquide blanc translucide en nous faisant signe de le
boire. Après avoir vu le regard d'approbation que me fit Namoa nous buvons chacun une
gorgée de ce breuvage qui ressemblait fort à de la cachaça et nous fûmes pris
presque instantanément d'un fou rire irrépressible avant de tomber dans un profond
sommeil"

Au petit matin Élise me réveille et nous apercevons les rouleaux qui déferlent à
notre droite. Nous sommes juste au large de l'estuaire mais nous ne voyons pas de
passage. Nous arrivons ainsi au sud d'où sort un petit bateau de pêche mais il nous
semble peu raisonnable de risquer le bateau dans ces parages qui ont visiblement
beaucoup changés ces deniers temps, la position et la forme des bancs de sables étant
en perpétuelle évolution. Nous renonçons donc et mettons définitivement le cap sur
Salvador.

20 juil. 2020

Ahaha, la chute !

20 juil. 2020

Ah Ah, j'y ai cru jusqu'au bout. ;-)

Moi aussi j'y ai cru !
Bravo !

20 juil. 2020

Mon récit fera pale figure par rapport à certains, impressionnants et captivants, de renflouage épique.

Dans le Veerse Meer en Zéelande au Pays-Bas, petit navigation tranquille sur cette mer intérieur, pause pique nique sur une des nombreuses petites iles qui jalonnent ce plan d'eau.
A bateau dans les 6m quitte le ponton ne suit pas le balisage, sanction immédiate : il se plante.
On garde un oeil sur lui, toujours prêt à rendre service mais pas non plus à se précipiter en hurlant.
Le skipper seul avec deux ados tente de s'en sortir en faisant beugler son hors-bord, il hisse les voiles, rien ne bouge : la mer est d'huile et le vent faible ne fait absolument pas giter le bateau.

Le skipper se met à glappir "Help", un bateau à moteur, avec un 100cv au tableau arrière se met en route, bon nous on ne bouge pas avec cette aide ils devraient réussirà déhaler le bateau... mais toujours aucune tentative de le faire giter : le ""skipper"" du hors-bord pousse les gazs à fond, ça fume, ça vrombit, ça brasse beaucoup d'eau mais bien évidemment ça ne bouge pas : la quille est plantée dans la caillasse et bien évidemment le pid nikelé du hors-bord ne tire pas vers l'eau libre (lui doit caller 20 ou 30 cm et il est à la verticale du caillou et il tire vers le rocher)
Mon paternel et moi nous échangeons un regard et un haussement d'épaule : on y va avant que ça ne tourne vraiment au vinaigre et que quelqu'un ne se blesse (L'ado du bord étant accroupi sur le pont la tête à 20 cm du taquet, histoire de bien surveillé l'amarre et d'être le premier "averti" si elle pète.

On s'approche, le skipper hurle des "Nee, Nee" faisant des moulinets des bras comme un moulin à vent dont est truffée la région. Mais avec un embryon de dérive descendue pour être manoeuvrant au moteur, le Blue Djin ne cale que 30 ou 40 cm de tirant d'eau et on passe là où beaucoup s'échouent. en s'approchant en marche arrière je vois le fond et il faudrait vraiment le vouloir pour s'échouer.

J'essaie de lui expliquer qu'il suffit de faire giter mais la barrière de langue n'aidant, il ne comprent pas. Le type est au bord de la panique (on se demande pourquoi il n'y a aucun risque imminent), sa fille dans les 10-12 ans pique une crise de nerfs, et son paternel lui balance une gifle pour la faire taire. Il y urgence à intervenir...mais pas pour le bateau.

Rapide concertation, je refile la barre à mon paternel-propriétaire du bateau et il me dépose sur l'autre bateau où la croisière ne s'amuse pas du tout.
La gamine est roulée en boule dans le cockpit et sanglote, le skipper me regarde comme si j'étais venu le sortir des enfers.
Ca ne prend pas plus de quelques minutes : je rassure la gamine en lui disant que dans 5 minutes ce sera résolu, je brieffe un minimum le propritétaire du hors en bord en lui expliquant qu'il faudra juste tirer doucement et ne plus essayer de nous monter une mayonnaise avec ses 100 cv, je déborde la bôme, et j'envoie le père et le fiston, assez ""costaux"" dessus en priant pour pour que la balancine d'un état douteux ne nous lache pas, je tire un peu sur les haubans : 30 ou 40° de gite pas plus un "Ok" sonore avec l'accent du coin et le hors-bord nous déhale gentiment. Une poignée de main et bref "Bedank" du type géné qui visiblement perdu quelques points dans son statut de père et je pars.

Quelques gusses sur le ponton de l'ile applaudissent comme si le jongleur du cirque Pinder avait réussi à jongler avec 2 balles sans blesser personne.

Sentiment d'avoir donner un coup de pouce à un type dans l'embarras mais aussi un peu de colère devant aussi peu de connaissance et de maitrise des choses de la mer et de lui-même.

Je reprends mon sandwich là où je l'avais laissé.

20 juil. 2020

Mon récit fera pale figure par rapport à certains, impressionnants et captivants, de renflouage épique.

Dans le Veerse Meer en Zéelande au Pays-Bas, petit navigation tranquille sur cette mer intérieur, pause pique nique sur une des nombreuses petites iles qui jalonnent ce plan d'eau.
A bateau dans les 6m quitte le ponton ne suit pas le balisage, sanction immédiate : il se plante.
On garde un oeil sur lui, toujours prêt à rendre service mais pas non plus à se précipiter en hurlant.
Le skipper seul avec deux ados tente de s'en sortir en faisant beugler son hors-bord, il hisse les voiles, rien ne bouge : la mer est d'huile et le vent faible ne fait absolument pas giter le bateau.

Le skipper se met à glappir "Help", un bateau à moteur, avec un 100cv au tableau arrière se met en route, bon nous on ne bouge pas avec cette aide ils devraient réussirà déhaler le bateau... mais toujours aucune tentative de le faire giter : le ""skipper"" du hors-bord pousse les gazs à fond, ça fume, ça vrombit, ça brasse beaucoup d'eau mais bien évidemment ça ne bouge pas : la quille est plantée dans la caillasse et bien évidemment le pid nikelé du hors-bord ne tire pas vers l'eau libre (lui doit caller 20 ou 30 cm et il est à la verticale du caillou et il tire vers le rocher)
Mon paternel et moi nous échangeons un regard et un haussement d'épaule : on y va avant que ça ne tourne vraiment au vinaigre et que quelqu'un ne se blesse (L'ado du bord étant accroupi sur le pont la tête à 20 cm du taquet, histoire de bien surveillé l'amarre et d'être le premier "averti" si elle pète.

On s'approche, le skipper hurle des "Nee, Nee" faisant des moulinets des bras comme un moulin à vent dont est truffée la région. Mais avec un embryon de dérive descendue pour être manoeuvrant au moteur, le Blue Djin ne cale que 30 ou 40 cm de tirant d'eau et on passe là où beaucoup s'échouent. en s'approchant en marche arrière je vois le fond et il faudrait vraiment le vouloir pour s'échouer.

J'essaie de lui expliquer qu'il suffit de faire giter mais la barrière de langue n'aidant, il ne comprent pas. Le type est au bord de la panique (on se demande pourquoi il n'y a aucun risque imminent), sa fille dans les 10-12 ans pique une crise de nerfs, et son paternel lui balance une gifle pour la faire taire. Il y urgence à intervenir...mais pas pour le bateau.

Rapide concertation, je refile la barre à mon paternel-propriétaire du bateau et il me dépose sur l'autre bateau où la croisière ne s'amuse pas du tout.
La gamine est roulée en boule dans le cockpit et sanglote, le skipper me regarde comme si j'étais venu le sortir des enfers.
Ca ne prend pas plus de quelques minutes : je rassure la gamine en lui disant que dans 5 minutes ce sera résolu, je brieffe un minimum le propritétaire du hors en bord en lui expliquant qu'il faudra juste tirer doucement et ne plus essayer de nous monter une mayonnaise avec ses 100 cv, je déborde la bôme, et j'envoie le père et le fiston, assez ""costaux"" dessus en priant pour pour que la balancine d'un état douteux ne nous lache pas, je tire un peu sur les haubans : 30 ou 40° de gite pas plus un "Ok" sonore avec l'accent du coin et le hors-bord nous déhale gentiment. Une poignée de main et bref "Bedank" du type géné qui visiblement perdu quelques points dans son statut de père et je pars.

Quelques gusses sur le ponton de l'ile applaudissent comme si le jongleur du cirque Pinder avait réussi à jongler avec 2 balles sans blesser personne.

Sentiment d'avoir donner un coup de pouce à un type dans l'embarras mais aussi un peu de colère devant aussi peu de connaissance et de maitrise des choses de la mer et de lui-même.

Je reprends mon sandwich là où je l'avais laissé.

20 juil. 2020

J'ai vu cette situation plusieurs fois, où un gros HB voulant montrer ses muscles vient tirer comme un bourrin sur l'étrave du quillard échouer, en le montant un peu plus sur le sable, au lieu de l'en sortir délicatement en tirant sur une drisse, par exemple.

20 juil. 2020

C'est pourquoi je jette l'ancre lorsque je m'échoue à marée montante!
Ce n'est pas la première chose qui vient à l'esprit dans ces cas là, mais pourtant cela évite que le vent ou le courant continue de nous faire grimper sur l'obstacle et de se retrouver perché sur un banc pendant un mois pour attendre la prochaine grande marée. De plus en eaux troubles, absence de visibilité ou de cartographie détaillée c'est souvent la route inverse qui nous fait regagner des eaux saines.
Bien sur il y a des circonstances ou cette "règle" ne pourra pas s'appliquer mais l'avoir dans un coin de la tête peut éviter quelques ennuis!
Pour avoir mis plus d'une demi marée avant d'y penser, nous avons passé une nuit de Noël scotchés dans le marigot d'Elinkine en Casamance alors qu'on entendait la fête sur Karabane !

20 juil. 202020 juil. 2020

Une autre, à la première personne...

La Pointe-Onde

Curieux nom, pour un voilier, n’est ce pas ? Les deux mots, dits d’un seul tenant, sonnent assez inélégamment, alors qu’énoncés et articulés distinctement, ils forment un ensemble cohérent, à la fois joli et ayant du sens. Un double sens, bien sûr, pour le neurochirurgien propriétaire de ce magnifique Sauvignon, construit par les chantiers Aubin, sur les plans de l’architecte Philippe Harlé.

J’en rêve, de ce dériveur, à tout juste 28 ans, mais je n’en ai pas les moyens. J’ai passé une partie de mon enfance heureuse, sur le Chablis construit par mes parents. Le Chablis ? Le frère Jumeau du Sauvignon. Seule la coque polyester en forme diffère de la carène en contre plaqué à bouchains du Sauvignon, né un an plus tôt. Le Chablis familial, vendu 10 ans plus tôt à un concessionnaire automobile de la région parisienne, est justement à nouveau à vendre. Intraitable, le vendeur n’est pas disposé à baisser pour moi d’un sou, le prix demandé pour cette belle unité amateur, dont j’avais moi-même construit une partie de « mon » poste avant, à l’âge de 10 ans.

Les Sauvignons sont plus nombreux que les rares Chablis sur le marché, même si cela reste hors de portée financièrement. Qu’importe, j’ai envie de rêver, ainsi, je fais le tour du grand Ouest, de Charente-Maritime jusqu’en Normandie, à la recherche de tous les Sauvignons, qu’ils soient au ponton, au mouillage, ou dans des chantiers sous hangars. Cette petite entreprise prend des mois, weekend par weekend, méthodiquement, à l’aide de ma petite voiture. J’ai soigneusement rédigé une lettre manuscrite, que je recopie autant de fois que je trouve de bateaux. Une paire de bottes me permet d’accéder aux bateaux échoués jusque dans la vase, ainsi je glisse la belle enveloppe de papier kraft sous les capots de descente.

J’expose avec enthousiasme ma passion pour les constructions Harlé-Aubin, la série des grands crus familiaux qui ont forgé ma passion depuis l’enfance, et mon désir fort d’acquérir une telle unité à prix raisonnable. A la fin des années 1990, un dériveur de 9 mètres âgé de moins de 20 ans reste très coté. Je ne reçois qu’une seule réponse, par téléphone, le 05 octobre 1998, après des mois à parcourir ports et chantiers navals. Date qui a son importance !
- Bonjour. Votre lettre m’a touché ! Je vais au bateau demain, voulez-vous le visiter ?
- Avec plaisir, Pornic n’est à qu’à une demi-heure de route de chez moi !
- Attention jeune homme. Le bateau n’est pas à vendre. Cependant, comme je vais bricoler à bord et faire tourner le moteur, votre visite sera un plaisir.

Nous-nous retrouvons sur le quai devant les pontons, en fin de matinée. L’homme, grand et d’allure élégante est âgé de la soixantaine bien tassée. Son sauvignon, un des derniers de la série, est dans un état splendide. Acheté neuf peu avant la fermeture définitive du chantier Aubin, il vient de faire l’objet d’une rénovation intégrale des peintures, en cabine ! Les voiles et l’accastillage sont de belle facture et mieux fournis que les bateaux que j’ai vus ailleurs. Quant à l’intérieur, la descente de l’échelle me provoque le coup de cœur que tout acheteur rêve de connaitre en descendant un jour dans un bateau. Outre son aspect neuf, il sent bon l’huile de teck passée récemment sur la table et carré et le coin navigation. Les selleries à carreaux marron, grande mode des années 70, sont en bon état et donnent un cachet inimitable à cet aménagement lumineux, mêlant de grandes surfaces blanches, pièces en lamellé collé vernies et massifs de bois plein ciré. Un travail magnifique, dans la plus pure tradition des chantiers Aubin.

Je suis surpris et flatté par l’intérêt et l’insistance que le propriétaire, neurochirurgien à Nantes, affiche à me faire parler de ma passion, communicative. Des aventures d’enfance, aux affres de mes premières navigations comme skipper sur une Corvette Herbulot épuisée, jusqu’à la rénovation intégrale d’un Mousquetaire Stephan, après que les fonds se soient déchirés lors de ma première croisière dans les îles anglo-normandes (Voir texte « faits d’armes d’un vieux Mousquetaire »). La confiance s’installe, le bar est ouvert et deux verres sortis. L’homme vérifie le bon fonctionnement de l’électronique et la tension des batteries, puis lance le Renault Couach Diesel de 12 chevaux.
- Dites-moi, jeune homme...le bateau n’est pas à vendre, je vous le rappelle… mais de combien disposez-vous ?
Immanquablement, mon cœur se serre. Je sais que sa démarche n’était pas totalement gratuite, et sa curiosité à mon égard visait à tester ma sincérité.
- Euh… 100 000 francs, peut être un peu plus en faisant un emprunt.
- C’est d’accord ! me dit-il en me tendant la main et serrant la mienne avec une poigne à la hauteur de son enthousiasme.
J’en reste bouche bée. Le jour de mon anniversaire, ce vendeur au grand cœur me donne accès à mon rêve de ces dix dernières années !
- Vous savez que j’ai 29 ans aujourd’hui même ! lui dis-je.
- Raison de plus pour fêter ça ! Regardez, nous allons appeler mon épouse par VHF, avec le boitier numéroteur et lui annoncer la bonne nouvelle ! Vous gardez les clés du bateau tout de suite, et vous viendrez me porter le chèque à Nantes dans la semaine. Je vous encourage à renommer le bateau. Pointe-Onde, ce n’est pas terrible !

Ainsi, à peine plus d’une heure après avoir mis le pied à bord d’un des plus beaux Sauvignon de la série, je me retrouve seul, assis sur la banquette tribord du carré, en me demandant si je ne rêve pas. J’ai le droit de manger à bord, d’y dormir, de faire tourner le moteur, de hisser les voiles ! La seule condition que me dicte cet homme altruiste et bon, c’est de ne pas partir naviguer avec le bateau tant qu’il ne sera pas payé !
Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, il m’apprend bientôt que les frais de port sont payés pour l’année à venir, et que je pourrai profiter de l’emplacement. Son souhait est que je puisse faire naviguer son bateau jusqu’en Irlande, où il n’a jamais pu se rendre, faute de temps et d’un équipage assez motivé.

Ainsi, avec le voilier rebaptisé Guillemot, c’est ce que je ferai trois années consécutives, en lui envoyant des cartes postales des ports les plus typiques des cotes Sud et Ouest de l’île. Ses réponses seront à la hauteur de l’espoir qu’il fondait à céder son bateau à un amoureux, plutôt qu’à un acheteur, quelque soit le montant de la transaction !

20 juil. 2020

Tu dois être d'un abord civile et agréable. Un prof de fac irlandais te propose un job (et sa femme en prime si affinités), un médecin te brade son bateau... As tu déjà acheté une chemise ou n'as tu que des offertes?

20 juil. 2020

ED. Une amie mathématicienne, m'appelait "brut de pomme".
Tu as la réponse !

Jolie histoire Vincent !
Quelle chance tu as eu c'est un beau Sauvignon, un grand cru !

21 juil. 2020

Océan Indien

Je sais pas vous, mais moi quand on me dit Indien je pense d'abord à celui de nos western enfantins. Avec les plumes, les arcs et les flèches et ces drôles de slips qui pendouillent. Qui vivent dans des tentes typiques, qui prennent la terre pour leur mère et le loup comme leur frère . Qui fument le calumet de la paix et enterrent la hache de guerre.
La faute à ce tonton Cristobal qui s'est gouré en pensant être arrivé aux Indes qui désignaient des régions d’Asie, sans même avoir franchi l'ante méridien !!! (il y a t il eu une terre demi-sphérique entre la plate et la ronde ?)
Donc pour moi c'est le peau rouge décimé par la rougeole, l'eau de feu et le feu de l'autre.
D'où les divagations à suivre....

L'Indien à la peau bleue.....

-Hé ! Pourquoi tu pleures petit ?
-J'ai pas eu ma panoplie d'indien ... sniff !
-Mais tu sais, c'est très difficile à trouver ça, une panoplie d'indien !
-Ah bon ? Pourquoi ?
-Parce que l'indien il en a tellement de tenues différentes que l'on ne peut pas en faire une panoplie, il te faudrait toute une garde robe !
-C'est même pas vrai ! à la télé ils sont souvent avec la même tenue les peaux rouges !
-Ben là, par exemple tu parles de peau rouge, mais sais tu qu'il y a un indien à la peau bleue ?
-Tu dis vraiment n'importe quoi.......

-Non, c'est vrai, c'est même un géant, immense, tellement grand qu'avec sa peau tu pourrais recouvrir un océan ! Et sa peau, elle n'est pas partout la même, parfois elle est comme une peau de crocodile avec des sortes d'écailles pointues, ou alors comme la peau ridée d'un vieux varan ou du cou de tortue. Elle est rarement toute lisse mais ça lui arrive, et elle bouge beaucoup quand l'indien veut montrer ses muscles et sa force. En tous le cas elle est bleue, je peux te l'assurer ! Ho bien sur avec tout un tas de nuances, je crois même qu'il y a tous les bleus du monde, inde compris, et il y a un peu de gris aussi et toutes sortes de décorations comme des perles blanches, des colliers d'écumes transparentes, et des plumes volantes comme des poissons, et aussi des éclats de verre lumineux comme le soleil, et même des diamants brillants comme des étoiles. A certains endroits elle a des boutons . Mais pas des vilains boutons comme ceux de la rougeole, non, des boutons verts et pointus, d'autres plus plats avec une belle auréole blanche et une émeraude au milieu.
-Mais il est gentil cet indien géant ?
-Pas toujours, des fois il est un peu énervé parce qu'il a un bouton qui le gratte, ou qu'il a froid aux pieds dans le sud ou pour tout un tas d'autres raisons que je ne connais pas . Alors il peut déterrer la hache de guerre, et malheur à celui qui voudrait lui faire la peau ! Parce que une belle peau bleue comme ça se défend ! Mais si tu es gentil, il veut bien que tu t'y balades et alors là tu commences à le comprendre, mais il faut tout de même un certain temps parce que comme il est rusé l'indien, et taquin aussi, il te fait tout un tas de farces que tu trouves plus ou moins drôles, c'est selon.
Parfois et même souvent, c'est comme un papoose qui t'enverrait un coup de tomawak aquatique dans la peau sylvestre de ton wigwam flottant, pour voir si il résonne comme un tambour de guerre, parfois c'est comme le grand sachem qui te souffle des bouffées de son calumet si fortes que tu te mets à courir plus vite que les nuages de ses signaux de fumée, et parfois c'est sa peau qui se met à bouger comme si toute la tribu s'amusait à secouer une couverture à laquelle tu tenterais de rester accroché...mais comme il est généreux l'indien, il te donne de temps en temps un beau poisson vert, jaune et bleu pour que tu reprennes des forces et pour que tu puisses dire que tu as bien aimé le rencontrer.. 
-Je veux un déguisement de peau bleue !
-Fais de beaux rêves et tu l'auras !

21 juil. 2020

Superbe texte !
J'ai vu aussi de rouges traînées de sang sur sa belle peau bleue. Et des colères noires...

21 juil. 2020

Et des calmes...On est restés 13 jours englués dans un anticyclone entre Darwin et Christmas; c'est long 13 jours sans bouger. On mettait l'annexe à l'eau pour aller se promener.

21 juil. 2020

Une petite, pour le soir. Et un peu provoc aussi ;-) :

C'etait avant le temps du Sat nav et autre GPS. Nous étions mouillés à La Corogne, dans un brouillard dense et humide. Malgré tout, vu que les radiophares fonctionnaient, que le vent était nul et la mer d'huile, on décida de partir vers Corme, à une quarantaine de miles vers l'Ouest.
A peine nous avons commencé à remonter l'ancre que les 3 bateaux mouillés à proximité s'agitent et commencent la même manœuvre que nous . Il y avait un bel Amphitrite Wauquiez, un petit Arpège et un Cornu en bois classique.
Nous voilà donc partis dans la brume. Les trois bateaux juste à notre cul, à la queue leu leu à quelques mètres. Toute la journée, la brume reste intense. Nous nous recalons à mi-route en passant entre les îles Sisargas et la côte et pratiquons une estime précise, aidés parfois par des relèvements consol de Ploneïs et Vigo.
En fin d'après midi, nous sommes devant Corme, toujours suivis par nos trois canetons, et, lorsque nous mouillons, l'Amphitrite s'approche de nous et le barreur nous invite à l'apéro en disant « on vous doit bien ça », qui nous laisse dubitatifs.
C'est en arrivant à leur bord et devant leurs remerciements que nous comprenons. Nous avions un radome dans le mat d'artimon, d'un radar perpétuellement en panne et les trois bateaux suiveurs s’étaient fiés à cette antenne trompeuse et, rassurés, nous avaient suivis avec confiance toute la journée.
Je pense que si on s’était planté sur les cailloux, ce n'est pas une épave qu'il y aurait eu, mais 4.
PS : Le radar a fini dans une poubelle de Papeete et plus jamais un radome n'a orné notre mat d'artimon..

22 juil. 2020

Tu me rappelles une histoire également vieille. Nous avions loué, l'Amirale et moi, un kelt 7,60 et avions quitté Guernesey pour le Trieux. Panne de vent, pas envie de mettre le moteur, puis le brouillard qui tombe. Une nuit ballotés par les courants.
Le lendemain matin, la brume est toujours aussi dense, mais le vent a des velléités de nous aider, mais où sommes nous et donc quel cap prendre. L'embouchure du Trieux est large, mais pas tant que cela.
Tentative de gonio avec des résultats fantaisistes. Le signal de Roche Douvres est cependant si puissant, compte tenu de sa proximité, que je pense qu'il est fiable. Je prends une droite de hauteur au sextant, bidouille un peu de trigonométrie pour tenter de corriger les aberrations de la mesure et de l'horizon. Avec deux droites on a toujours un seul point de croisement ; heureusement il est dans la bonne partie de la carte et confirme les données de l'estime.
Nous prenons un cap à partir de ce point hypothétique et avançons vers le Trieux ; en s'en approchant, nous mettons en route le bon vieux sondeur à éclats qui, bientôt, nous montre que les fonds remontent lentement, puis de plus en plus vite.
Nous affalons le génois pour augmenter la visibilité et gardons le cap. L'Amirale a confiance, mais moi, je serre les fesses…
Nous entendons alors le pouf pouf pouf typique d'un vieux Couach de pêcheur qui vient droit sur nous et qui, une fois à notre hauteur, avec un grand sourire, nous indique de la main que c'est tout droit.
Nous remettons le génois à poste et une longue demi-heure plus tard nous voyons le phare de la Croix.
Finalement, comme le dit ED, le radar, est-ce bien utile ?

22 juil. 202022 juil. 2020

Les histoires précédentes m'en rappellent une autre !

Un dimanche d’automne pas monotone.

Fin des années 90. Nous allons passer le weekend à Jersey, depuis saint Malo, à deux bateaux. Un bon vieil Arpège Dufour, et mon Sauvignon. Si le Bateau de Xavier est une agence de recrutement de jeunes et jolies étudiantes en école d’infirmières, je navigue plus souvent seul à bord de mon voilier.
Le temps étant magnifique en ce début d’automne, sous un anticyclone ne pourvoyant qu’une évanescente brise de secteur Est, nous retardons notre retour vers Saint Malo au dimanche soir, de sorte que la marée haute nous permettra de tracer tout droit, en passant en plein centre du très large plateau rocheux de Minquiers. Sauf pour les connaisseurs ou les téméraires, il est impératif de le contourner, par l’Est ou par l’Ouest, en fonction de la direction du vent dominant est des courants de marées alternatifs et tournants. Cette déroute obligée, allonge de 10 à 15 milles la distance orthodromique entre les deux ports, soit environ le tiers de route. (Carte sous le texte)
.
Nous sommes rompus à l’exercice, puisque nous allons régulièrement échouer nos bateaux sur Grune Tar, le banc de sable en forme de virgule, à l’Ouest immédiat de la maîtresse île. Cependant, autant l’entrée dans le dédale de roches granitiques est aisée par le Nord, arrivant de Jersey, autant s’extraire du labyrinthe par le Sud prend une dimension dramatique, pour qui n’a pas l’habitude de voir les rochers par transparence sous l’eau, même bien calé sur les alignements. Les courants traversiers et contre-courants derrières les hauts fonds, qui ne cessent que 15 minutes à l’étale, pimentent l’exercice qui demande parfois de prendre 40 degrés d’angle par rapport à l’alignement, pour rester dessus.
.
La chose se complique pour l’Arpège, dont l’antédiluvien Diesel Volvo fait des siennes depuis des années. Il faudrait songer à le sortir du bateau pour en refaire la culasse et dégager la masse compacte d’organismes calcaires fossilisés, qui a colonisé le circuit de refroidissement d’eau de mer. L’antiquité, que Xavier démarre à la main qu’un puissant et viril cycle de tours de manivelle, tout en gérant avec finesse, dans un timing parfait, les deux manettes de décompression, émet une toux anémique et sourde, qui fait hésiter entre le réveil d’un grand tabagique et sa mort imminente. Je ne cesse d’admirer, démarrage après démarrage, la maîtrise de mon pote, qui réussit à donner vie au cycle de Carnot de la relique d’acier.

.
Nous sommes formés à l’exercice du pilotage côtier, à cette époque où le GPS ne possède pas encore de cartographie plaçant la quille à quelques mètres près, dans la partie la plus profonde du chenal. Nous sommes allés à bonne école. Celle des courants et marées de Bretagne Nord. Bien sûr, j’ai déjà cassé deux bateaux… mais pas en Bretagne ! Ce soir là, le soleil déclinant sur l’horizon irradie d’une lumière rouge et intense l’archipel de roches qui nous barre la route, et permet aux équipages de parfaitement discerner les quelques têtes de roches et vieux piquets de fer tordus, nécessaires aux relèvements.
.
Après le passage le plus délicat, nécessitant de faire un S entre plusieurs cailloux, que nous devinons par leurs ombres noires sous les bordés, nous sortons les verres et les bouteilles de Whisky des deux voiliers évoluant cote à cote au moteur, sous pilote, et nous installons sur les roufs, face à face.
- Viens donc boire ton verre à bord ! me dit Xavier.
- Oui… mais… si ton moteur tombe en panne alors que je suis à ton bord ?
- Mais non, écoute, il tourne bien ce soir !
Sans réfléchir d’avantage, peut être attiré par l’équipage féminin, je saute sur le pont de l’Arpège, alors que Xavier a repris la barre pour se rapprocher du bordé du Sauvignon, puis il s’en éloigne à une dizaine de mètres.
Debout sur le passavant, encore accroché au galhauban, j’ai immédiatement une sensation de vertige. Le même que j’aurais au bord d’un gouffre. Je prends conscience de la stupidité de l’exercice. Le moteur fumant et crachant son huile noire est à fond, et la vitesse de l’Arpège a légèrement diminué après les deux évolutions qui lui ont fait quitter sa trajectoire rectiligne. Ainsi, ne pourrons-nous pas revenir nous placer à la hauteur de mon bateau qui trace sa route sans personne à bord, imperturbable, à 5 nœuds.
Je crie à Xavier :
- Putain, on est cinglé, mon bateau va finir sur les cailloux des passes de Saint Malo !
Mon pote, dont l’acuité est largement égale à la mienne, a vu venir la même chose et amorce déjà le rapprochement, en essayant de perdre le moins de vitesse possible, ce que provoquerait un mouvement de barre trop brutal. Avec de la chance, je pourrai sauter du balcon avant de l’Arpège, sur l’arceau du régulateur d’allure de mon bateau, en arrière du safran. C’est ce qui se produit. Mon cœur bat néanmoins assez fort, car en plus de voir mon voilier s’échapper, j’aurais pu glisser sur l’arceau inox, et serais passé sous la coque de l’arpège, avec son hélice comme cadeau d’adieu.
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Ainsi, reprenons-nous la route en diminuant notre vitesse, ce qui nous semble plus sage, alors que c’est devenu inutile. Un ou deux autres verres de whisky, finissent de désinhiber nos esprits, et font passer l’incident pour une péripétie de plus, dans la longue liste de ceux déjà vécus ensembles. Alors que nous profitons du couché de Soleil, une grosse vedette arrivant de Saint Malo, fait route à plus de 20 nœuds, droit sur nous. Guère inquiets, nous sommes simplement surpris par la présence d’une telle unité dans les parages. Jamais les plaisanciers anglais ne s’aventurent dans cette zone mal pavée, et encore moins à 20 nœuds sur une vedette de 40 pieds, face au Soleil couchant. Sa route plein Nord la mène droit sur les cailloux distants d’environ 2 milles, qu’à cette vitesse il attendra d’ici 5 minutes.
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Arrivés à notre hauteur, le skipper de cette grosse unité, perché en haut son poste de pilotage nous interpelle, alors que nous débrayons les moteurs pour nous arrêter :
- Can you tell me in which direction Jersey is ?
- Judicieusement, Xavier ne lui donne pas la réponse et lui pose quelques questions en retour :
- Do you have a compass and a nautical chart on board ?
- Probably, but I don't know how to use it, and we are in a hurry.
J’ai du mal à y croire, mais je sais que cette situation est assez fréquente à Jersey. De jeunes traders argentés, venant travailler dans les banques du paradis fiscal, achètent des vedettes rapides, sans aucune connaissance des notions de navigation les plus élémentaires, et vont parfois passer le weekend à Saint Malo, si des conditions exceptionnelles de météo s’offrent à eux, ce qui est le cas en ce début d’Automne. Les 40 milles sont couverts en deux heures, et permettent d’aller passer une soirée arrosée dans les restaurants de la vieille ville intra-muros.
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Xavier indique qu’il est impossible d’aller tout droit, ce qui laisse perplexe le pilote de la vedette.
- But, we went straight down yesterday !
- You have been very lucky. Don't try to come back that way.
- What do I do then ?
- What is your speed ?
- 25 knots.
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Mon pote et moi nous concertons rapidement. Nous sommes à quelques milles de la perche du Coq, située dans notre Nord-Est. Au plein, elle marque l’Ouest d’un chenal Sud-Nord, qu’empruntent les ferrys qui font la liaison quotidienne entre les îles anglo-normandes et la cité corsaire.
- Turn right 45 degrees for 10 minutes. Then turn left 45 degrees again. And you will get to Jersey in half an hour.
Sans plus de cérémonie, l’homme remet plein gaz et tourne de 45 degrés vers la droite.
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Nous pouvons reprendre notre route et l’apéro !

Photos :
la carte, avec en rouge, la route à suivre et le "S" entre les cailloux (échelle en haut), et la perche du Coq, à l'Est.
Deux photos non compromettantes de cette soirée sous le soleil couchant.
Et le Sauvignon posé sur un banc de sable des Minquiers, au autre weekend.

23 juil. 2020

En école de croisière, après un point au mini morin, je fais remarquer à une stagiaire qu'elle se dirigeait toujours vers les cailloux. Elle me répond "ça fait rien, on est au moteur".

@ED850;
génial !
Tu as du bien rigoler !

23 juil. 2020

Ça me rappelle dans l'archipel des Glénans un stagiaire qui avait voulu me rattraper en coupant le fromage alors qu'on tournait autour de Fort Cigogne avec un pied pilote de nouveau-né prématuré et qui avait passé le reste de la journée en équilibre sur sa tête de caillou…

23 juil. 2020

@ Héol II : merci de rétablir la parité dans les boulettes 😉

23 juil. 2020

@Estran : j'ai vu plus de boulettes chez les stagiaires mâles que chez les stagiaires filles. Sans doute lié à la testostérone, mais j'avais pas fait les dosages à l'époque…

23 juil. 202023 juil. 2020

Suite fin de l'histoire du Fruit de la passion.
Le texte, plus technique que ceux que j'ai publiés jusqu'ici, pourra paraître rébarbatif, et seuls les plus courageux arriveront jusqu'au bout !
Alors, j'ai mis plein de photos, pour ceux qui préfèrent les images ! Lol

Sauver le Fruit de la passion

Le couperet tombe. Les frères Garcia ont donné leur avis hier soir, après l’envoi d’un gros dossier photo : poubelle. D’après eux, aucun chantier de cette région de l’océan indien n’est capable de réparer et chaudronner la coque du Maracuja. A leurs yeux, seul un rapatriement en France par cargo permettrait de le sauver, mais la réparation coûterait la moitié du prix de la même unité, neuve.

Je propose une solution « joker » à Jean-Pierre. Vider le bateau, tirer trois fils électriques autour du moteur si nous réussissons à le remettre en route, et nous barrer en Afrique du Sud, où des chantiers compétents seront à même de réparer la coque à moindre coût. Le gréement est parfaitement fonctionnel. Lasse, Jean-Pierre me répond qu’une telle aventure n’est plus de son âge. Alors, je poursuis le sauvetage du matériel de navigation et de l’outillage électroportatif pléthorique qui se trouvait à bord. Toutefois, une panne de réseau d’eau généralisée et persistante m’oblige à abandonner. A ce stade, après une semaine dans son jus, on peut considérer le moteur comme mort. Il est bloqué. Nous commençons un grand nettoyage du bateau, rempli de tonnes de boue puante, en raison des nombreuses substances organiques qui s’y décomposent. Après un weekend de travail collectif harassant, à vider, laver à grande eau, frotter et lessiver toutes les surfaces, l’intérieur reprend figure humaine, et la surprise est plutôt bonne. Les aménagements sont récupérables, en très grande partie. Beaucoup d’éléments, portes et panneaux de toutes sortes, arrachés par le mouvement dévastateur de l’eau, sont restés à bord du bateau fermé. Le plaquage d’orme blond des façades a beaucoup souffert, mais j’imagine qu’il pourra être recollé et partiellement remplacé.

Jean-Pierre m’appelle du boulot, un midi. Il est au bord des larmes et visiblement abattu. Les devis et propositions de remboursements sont arrivés. D'une part, l'estimation du remboursement de l'assurance. C’est une perte totale :
- Valeur marchande ; 150 000 Euros.
- Valeur vénale ; 90 000 Euros.
- Franchise ; 30 000 Euros.

D'autre part, la facture des services de renflouement et remorquage, dont j’ai fait la plus grande partie du travail :
- 17 000 Euros… Dix sept mille Euros, pour avoir passé une après midi à boire de la bière à coté du bateau, tiré sur l'aussière quand celui-ci flottait et avoir tenu la barre 15 minutes pendant le remorquage derrière le semi-rigide.
4000 Euros de déplacement… 100 km avec une voiture.
4000 Euros, travail des techniciens pour le renflouement… moi.
2500 Euros, pour le plongeur… le nageur qui a fait 100 mètres vers le large, avant de faire demi-tour.
4000 Euros pour le remorquage… à venir, vers Longoni, au Nord de Mayotte, distant d’environ 30 milles.
2500 Euros pour la mise à terre et le démâtage… à venir, à venir également.

L'expert mandaté ayant donné son accord, l'assurance paye directement l’entreprise de remorquage. Il reste donc à Jean-Pierre la différence, contrairement à la promesse du dit expert, soit 43 000 euros, pour un voilier dont la valeur marchande est trois fois supérieure. Mon ami accuse mal le coup et pense le combat perdu.
Ce choc n’est que le premier. Alors que le bateau est en haut de la plage du mouillage organisé de la baie de Boueni, et qu’une grande quantité de matériel se trouve encore dans le local sécurisé du port, tout est volé une nuit, y compris les mouillages du bateau, chaînes, ancres et câblots, sous les yeux des gardiens…

Il faut un mois à Jean-Pierre pour reprendre le dessus. Il souffre également de la perte d'ouvrages rares et introuvables sur les coquillages et de la totalité de sa collection de coquillages, tout aussi exceptionnelle et de grande valeur scientifique. Il les a collectés au fur et à mesure d’un millier de plongées. Les centaines de boites en plastique, étiquetées, sont toujours dans les fonds, mais elles ne contiennent plus qu’une bouillie de calcaire et de vase. Je suis sidéré que le naufrage et l’envahissement du bateau ait pu produire un tel résultat, alors même que les coquilles vides récupérées sur les coraux par le plongeur, pouvaient s’y trouver depuis des mois, voir des années. Cela atteste de la violence des mouvements de l’eau à l’intérieur de la coque, la nuit du naufrage.
Finalement, la réparation du compresseur thermique de gonflage des bouteilles, deux plongées par semaine sur le récif corallien, et une soirée au restaurant quotidienne, redonnent un peu le sourire au marin fatigué, qui a pris un sacré coup de vieux.

Fruit de la Passion, que le remorqueur est venu chercher à la grande marée, est maintenant au sec sur le terre-plein du chantier. Nous en sortons le gros Diesel Perkins, définitivement hors d’usage. Envers et contre tous, en particulier le chantier, qui prétend que les aménagements doivent être détruits et que seule la coque nue ressoudée peut être éventuellement revendue, nous pensons que les aménagements, intégralement démontés et nettoyés par éléments, peuvent être réutilisés, à moindre frais. Les vaigrages et l’isolation en matière synthétique n’ont que peu soufferts, et seuls quelques éléments font manquants.

Ainsi, la décision définitive est prise. Avec l’aide d’un marin malgache, fiable et bricoleur, nous allons rénover le bateau, à trois. Dans les grandes lignes, il faut intégralement nettoyer le bateau, centimètre de bordé par centimètre, en démontant tout de qui peut l’être, recâbler électriquement la coque, remonter les aménagements, remotoriser, et enfin rééquiper la table à carte en électronique. A y réfléchir de près, la tâche n’est pas si insurmontable. Seul l’aspect financier sera difficile à surmonter pour Jean-Pierre. Le chantier Garcia accepte de bonne grâce de nous expédier un conteneur chargé de la totalité du matériel nécessaire à la reconstruction du bateau, sous six mois. Le temps qu’il nous faudra pour nettoyer le bateau de fond en comble, et débuter la rénovation. Mais la facture est colossale. Elle s’élève aux deux tiers de la valeur marchande de Fruit de la passion avant l’accident, que les 43 000 euros de dédommagement ne couvrent pas, loin de là.

Pour gagner du temps, une personne supplémentaire est embauchée, pour le lavage et le séchage de chaque élément démonté, à commencer les plaques d’isolants et les éléments de vaigrage. Chaque pièce sortie du bateau est numérotée, et sa position soigneusement inscrite au marqueur indélébile sur la coque, ou à défaut, sur un plan coté. Cette organisation, et surtout le travail des deux ouvriers à plein temps, accélèrent énormément notre progression, à tel point qu’au bout d’un mois, les milliers d’éléments démontés sont secs et entreposés dans un conteneur posé devant Fruit de la Passion.

La reconstruction peut débuter, par le câblage électrique. A trois personnes, cela sera très rapide. Tous les fils d’origine étant en place dans des gaines, que nous ne remplaçons pas, il nous suffit de les tirer bout-à bout. Ainsi, deux semaines suffisent-elles à replacer les centaines de câbles neufs qui jalonnent les fonds et les bordés !
Le câblage du guindeau électrique nous donne du fil à retordre, c’est le cas de le dire. Ce qui est sur le pont n’a fait l’objet d’aucune attention jusqu’ici. Le mécanisme de démultiplication est plein d’eau, et j’ai peu que le moteur électrique soit hors d’usage. Pourtant, non ! Après un démontage intégral du guindeau, quelques travaux sur le rotor et les contacts des charbons, puis le remplacement des joints, il tourne à merveille.

Le remontage des vaigrages et des éléments d’aménagements prend l’allure d’un jeu d’enfant. D'abord les plaques d’isolation, puis les cloisons, les vaigrages, les façades des éléments d’aménagements, puis enfin, les panneaux de fonds et les fermetures. Nous faisons le choix de ne rien vernir avant d’avoir tout remonter. Ainsi, je peux récupérer les plaquages d’orme au dos des panneaux et fermetures, pour réparer les façades, au cas par cas. J’aime ce travail patient et délicat, qui consiste à découper proprement autour des déchirures, comme on le fait des trous sur les chaussées, avant d’adapter et de coller l’orme récupéré. Seuls quelques éléments d’aménagements ont disparu du bord, alors qu’ils sont de grande taille. On ne sait comment. De sorte qu’un seul panneau de taille standard de contreplaqué de qualité suffit à refaire la porte et le dossier d’une des banquettes du carré, ainsi que quelques bricoles, comme des enceintes audio et un support pour la sono.

Fin 2004, huit mois après le début des travaux, le conteneur de matériel arrive, avec la pièce maîtresse, qu’il nous tarde de remonter : un D2-55 Volvo. Un moteur plus puissant que le Perkins d’origine. Il faut concevoir et ressouder un ber pour le nouveau Diesel. Nous ferons tous les travaux de soudure à ce moment, puits et réparation de coques comprises, pour limiter le nombre d’interventions extérieures à bord, et ainsi alléger le devis. Je dessine une structure pour le puits de dérive, car aussi étonnant que cela puisse paraître, il n’en possédait aucune. Il est évident que la tournure catastrophique qu’a pris ce qui n’aurait dû être qu’un incident, avec en principe la rupture ou déformation de la dérive, est due à cet « oubli ». Je conçois une équerre sur l’avant du puits, et des reprises de structure, de sorte que l’accident ne puisse plus se reproduire. Un safran et une dérive neufs, en tous points identiques à ceux d’origine, sont dans le conteneur. Quelques dizaines de minutes seulement seront nécessaire à les remettre en place ! Nous avons préalablement fait usiner des bagues d’alignement neuves.

Cependant, l’ouverture des dizaines de cartons que contient le conteneur, qui aurait du prendre l’allure d’un joyeux cadeau de Noël avant l’heure, se termine en une discussion houleuse au téléphone, entre Jean-Pierre et le chantier Garcia. Il manque un quart du matériel commandé, et de nombreux éléments sont en double. Pour un montant de facture approchant les 100 000 euros, on aurait pu s’attendre à ce que la commande soit conforme et complète. L’inverseur livré avec le moteur est un Saildrive inadapté, autant au moteur qu’au bateau. Le chargeur de quai, le groupe froid et quelques autres matériels sont quant à eux livrés en plusieurs exemplaires. L’étourderie retarde les travaux d’un mois, bien que le chantier Garcia se soit engagé à envoyer en urgence un inverseur adapté, pour que nous puissions construire le ber du moteur et effectuer le calage, mais surtout, il nous offre le matériel livré en double par erreur ! Je suis le bénéficiaire du cadeau, car je viens d’acheter un voilier de voyage, qu’il faut que j’équipe. Le matériel, y compris l’embase, est précisément ce dont j’ai besoin. C’est un coup de chance !

L’enthousiasme s’installe, en même temps que la saison chaude. Travailler à l’intérieur, bateau en plein soleil, posé sur un terre plein en asphalte noir, agrémente le boulot de belles séances de sauna. Je dégouline et ai du mal à touiller les câbles du grand tableau bipolaire que j’installe. Je réclame un climatiseur, que Jean-Pierre file acheter sur le champ, comme à peu près tout ce que je demande. Il râle pour le principe, me rappelant les sommes engagées, mais il revient une heure plus tard avec un dispositif portable, que nous installons en travers du panneau de descente, et qui ramène la température intérieure à un niveau supportable.

D’un week-end à l’autre, où les heures de travail cumulées de trois personnes, dépassent la cinquantaine, les choses progressent vite. Chacun bosse suivant ses préférences ou compétences. Notre marin malgache a un bon coup de pinceau, et refait seul les ponçages et vernis des boiseries. J’ai pris en charge la totalité des branchements électriques, y compris de l’électronique, ainsi que du circuit de charge, de sorte que j’en ai chaque détail en tête.
Chaque nouvel appareil branché et allumé donne un peu plus vie au bateau. C’est l’occasion de franches rigolades, mais également de chamailleries. Je fais 200 km de petites routes en voiture chaque weekend, en deux allers-retours depuis chez moi, pour bosser sur Fruit de la passion. Ainsi, j’espère mettre à profit le maximum de temps pour bosser à bord, et me contente très bien d’un sandwich accompagné d’une bière fraiche le midi, en continuant le travail. Jean-Pierre, à la fois plus fatigué que moi et désireux de me faire plaisir, entend m’offrir le buffet d’un hôtel restaurant luxueux, à 20 km de route du chantier. Je lui rappelle que les 100 euros qu’il dépense et les 6 heures perdues du travail de trois personnes, sont beaucoup en regard des quelques plaisirs gustatifs que nous éprouvons à manger à une table impeccablement dressée, sous le regard interrogateur ou méfiant des autres clients, car nous sommes ruisselants, crasseux, et habillés en loques !

Les travaux se terminent en avril 2005 par tout ce qui se trouve à l’extérieur. Le chantier, qui n’a pas les compétences pour « reformer » la coque, soude simplement quelques dizaines de petites cornières sur les zones les plus enfoncées de la carène. Elles serviront à tenir en place l’épaisse couche de mastique époxy qui rattrapera toutes les déformations. J’ai peur qu’il se craquelle et parte par plaques, mais la société qui commercialise cet époxy spécial nous garantit qu’il est prévu pour cet usage. Ils disent vrai, car 15 ans plus tard, rien n’aura bougé. Les nombreux winchs du bord, dans lesquels la graisse, l’eau de mer et la vase ont finit par former une pate compacte, sont entièrement démontés, et immergés dans un bain de solvant, avant d’être décrassés à la brosse électrique.

La mise à l’eau se profile, pour mai 2005. Jean-Pierre, à la fois heureux d’en finir et pressé de voir son bateau retrouver son élément, est de plus en plus tendu et angoissé, ce qui m’étonne au premier abord. En fait, il a peur que se reproduise l’accident qui l’a profondément marqué. Lui qui fut champion de France sur dériveur, skipper confirmé à la barre de plusieurs unités de course au large, et qui a un tour du monde à son actif ! Il se dévalorise, et n’entend plus naviguer qu’avec ma présence à bord. Je sais que cette angoisse s’évanouira lorsqu’il aura retrouvé ses marques en navigation, et je suis ravi de pouvoir profiter de ce magnifique voilier et du lagon de Mayotte, pendant les trois mois qui me restent à vivre à Mayotte. Mon contrat de travail arrive à son terme, et je vais bientôt renter en France, où la rénovation de mon voilier de voyage, qui m‘attend depuis déjà deux ans, va pouvoir débuter.

Même la mise à l’eau et le matage du bateau requièrent ma présence, ce qui me vaudra une sanction administrative et une retenue sur salaire de la part de mon employeur. Le chantier ne peut mettre le bateau à l’eau qu’en semaine, pour des raisons d’organisation portuaire. Or je travaille tous les jours. Jean-Pierre n’en démord pas. Soit je suis là, soit le bateau reste à terre ! J’accepte donc de « tomber malade » un mercredi, journée où je ne travaille que le matin. Je suis convoqué dès le lendemain par ma direction, qui s’étonne de mon bon état de santé la veille de mon arrêt et le matin de ma reprise…

Pour la deuxième fois, à 18 ans d’intervalle, Jean-Pierre fait l’expérience de la mise au point du même bateau neuf. Les semaines qui suivent la mise à l’eau et le convoyage tranquille dans la baie de Boueni, à l’endroit même où il a fait naufrage un an et demi plus tôt, sont consacrées à la mise au point des appareils montés, et à la recherche des inévitables pannes électriques, en raison du nombre considérable d’équipements installés. La Puissante BLU, équipée d’une antenne de 6 mètres, paye chèrement l’oubli du manchonnage d’une cosse de la prise d’alimentation du pilote automatique, qui traverse une hiloire de cockpit. Le contact franc entre le positif électrique et l’aluminium du bateau, détruit une partie de l’émetteur.

Jean-Pierre tient à ce que je m’installe à bord, ce qui une fois encore m’enthousiasme. Le choix de la baise de Boueni comme mouillage correspond à mon lieu de travail, loin de celui de Jean-Pierre. Je peux libérer mon appartement et faire l’économie de trois mois de loyer. Les soirées et week-ends sont mis à profit pour bricoler, mettre au point, et surtout naviguer. A mon grand étonnement, Jean-Pierre refuse de mettre les pieds à bord, sauf pour m’amener du matériel. La situation la plus incongrue se produit lorsqu’un dimanche, alors que je navigue seul dans la partie Sud du lagon, il m’appelle et me dit que Fruit de la Passion est splendide à regarder évoluer sous voiles. A ma question, interloqué :
« Mais pourquoi n’es-tu pas venu naviguer avec moi ? », il répond simplement :
« Je t’ai assez embêté comme cela, et comme je savais que tu naviguerais, je voulais voir le bateau sous voiles ». Il a fait 100 km en voiture, ce dimanche, pour regarder son bateau naviguer sans lui.

Je comprends finalement son choix. Il sait mon immense joie à profiter ce cette unité sur laquelle j’ai passé un nombre incalculable d’heures à travailler, et il sera en retraite dans six mois. Ré apprivoiser son voilier et naviguer avec, il aura tout le temps de le faire, sans m’avoir dans les pattes !

23 juil. 2020

ouah, quel boulot!! Chapeau bas. En plus à Mayotte !

Travail époustouflant !
Un beau bateau qui le méritait bien, je pense !
...Et joli récit bien détaillé !
;-)

23 juil. 2020

Suite des photos. Ca ne passe pas dans le premier post.

23 juil. 2020

Bravo 👏👏👏😁😁 c'est très beau de voir ce que la ténacité permet de réaliser, et la force de l'entraide. C'est quand-même vraiment bien de ta part de t'être investi ainsi, la classe ; )

23 juil. 2020

Impensable ce que tu as réalisé !!! Chapeau bas !!! Quelle ténacité et quel courage !!!

23 juil. 2020

Impensable ce que tu as réalisé !!! Chapeau bas !!! Quelle ténacité et quel courage !!!

23 juil. 202023 juil. 2020

Merci !
Mais si j'ai donné l'impulsion, et soutenu Jean-Pierre, je n'ai réalisé que 1/5 ème ou 1/4 du travail à bord.
C'est gentil de voir comme de la ténacité, ce qui n'était de ma part que de l’insouciance, et un énorme besoin de dépenser mon énergie !
La ténacité et le courage, c'est Jean-Pierre qui en a fait preuve !

Bravo à toi !
Tu as sauvé ce bateau, et on pourrait dire la vie d'un navigateur !
Les autres ouvriers/marins malgaches ne devaient pas êtres manchots eux non plus !

23 juil. 2020

Je suis scotché!

24 juil. 2020

Chapeau bas l'ami 👍

24 juil. 2020

Merci !
Attendez, j'ai d'autres histoires à venir ! Lol

24 juil. 202024 juil. 2020

Bah, on a le temps. Nous on a jeté l'éponge, le départ vers le Brésil et la Guyane, ça sera l'an prochain. Donc, il faut garder des histoires pour l'hiver.

24 juil. 202024 juil. 2020

Ben tu vois ED, chez moi, c'est l'hiver. Alors je vous ressers une louche de soupe !

Rase-cailloux, courants, marées et konsort

Si les compétences d’un pilote côtier se mesuraient aux nombre de crabes écrasés par la quille de son navire, aux échouements et aux rénovations de voiliers endommagés, alors certains seraient des as ! Depuis toujours, j’ai pour les cailloux une attirance quasi irrésistible, pourvu que se cache, au creux d’un chaos de garnit acéré, le rendant invisible du large, un nid douillet de sable vierge et découvrant aux marées basses, où je puisse poser mon voilier, à l’abri de mes congénères voileux et de la houle du large.

L’exercice consistant à sillonner un archipel rocheux, en m’attachant à n’emprunter aucun des chenaux ni alignements qui garantissent la sécurité des navires, me procure de l’excitation, accompagnée d’un pincement de stress, que j’adore. Zigzaguer entre les têtes de roches, le nez sur la carte papier tenue en main, un œil rivé sur les 50 mètres précédent l’étrave, un autre scrutant la couleur de l’eau sous les bordés et le troisième surveillant le sondeur. Nonobstant les règles rationnelles et raisonnables des ouvrages de navigations, un pied de pilote de mouette rieuse suffit à faire passer la quille d’un navire de n’importe quel tonnage au dessus du sable, des algues et même des platiers rocheux.

Ainsi, le banc violet qui s’étend au Sud-Est de l’île de Jersey, le plateau des Minquiers, l’archipel de Chausey, et celui de Bréhat, sont mes terrains d’entrainement. A certains endroits, j’en connais la physionomie des lieux aux différentes heures de marées, sachant si l’isthme de sable qui barre la route à l’avant, découvre avant ou après la grève qui s’étend sur bâbord. Souvent ça passe, parfois ça frotte un peu, et d’autres, il faut faire marche arrière ou demi-tour. Comme dans les passages les plus délicats, j’évolue au moteur à faible vitesse, cela ne pose pas de problème.

Ce qui rend les choses moins sereines, ce sont les courants, toujours trop forts en Bretagne Nord, dès lors qu’on ne les a pas avec soi, en route au large des dangers, accélérant la navigation comme l’action d’un tapis roulant, emprunté dans le bon sens. Le reste du temps, ils sont une contrainte, ralentissent drastiquement la progression et pire, obligent à suivre un cap compas plus ou moins éloigné de la route à suivre, car ils dévient le bateau de sa route. Au cœur d’un dédale de cailloux, dont la mer se vide comme une chasse d’eau, cela prend une dimension toute particulière, qui transforme parfois la piqûre du stress en bonne trouille !

Alors voilà, on prend quelques précautions d’usage. Eviter de s’aventurer à la haute mer dans un coin inconnu, où presque aucun danger n’est visible et où le niveau de l’eau ne peut que baisser, mais y pénétrer à marée montante, plutôt qu’à la marée descendante ! Aux amis qui me reprochent un manque de prudence, voir un grain de sable, j’oppose que des pêcheurs professionnels, à bord d’unités de diverses tailles, bossent tous les jours dans ces coins mal pavés, parfois seuls à bord de leur outil de travail par des météos à ne pas mettre un chien dehors, tout en gérant la pêche en même temps que le pilotage. Chapeau !

Bien que le Banc violet ait l’aspect d’une gigantesque planche à clous acérés et rouillés, j’observe que les petits caseyeurs y tournent en tous sens au moteur, et que de nombreux flotteurs de casiers jalonnent les passes secrètes qu’ils empruntent. A cet endroit précis du golf normand-breton, je ne peux m’empêcher de mettre une ligne de traine à l’eau, tenue d’une main qui voudra bien se libérer, les deux autres étant occupées à la barre et à la carte. C’est là que les poissons de roches de bonne taille mordent, dans les remous et goulets entre les blocs de roches. La récompense d’un bar ou d’un lieu jaune qui, par sa taille généreuse, nourrira à lui seul la famille pour le repas, justifie ces acrobaties.

Mon bonheur sur l’eau est à ce prix. Je ne suis pas un oiseau pélagique, un albatros des mers du Sud, ou un pétrel tempête des eaux septentrionales, trouvant la plénitude en dévalant inlassablement la houle du large. Plutôt un huitrier pie, ce petit oiseau noir et blanc, casanier et presque aussi bavard que moi, qui passe sa vie à virevolter d’un caillou à l’autre, glanant sa nourriture à grands coups de becs dans les carapaces de crabes qui se seront aventurés pour la dernière fois, trop loin de la gangue d’algue ou du trou d’eau sous lesquels ils se cachaient. Il n’est pas une saison sans que je n’ai à faire quelques retouches de mastique époxy sur la semelle de quille, moins rompue à l’activité du talonnage répété que le bec du volatile.

Seulement, l’exercice répété depuis 30 ans, a parfois pris une tournure l’ayant transformé en problème urgent, voir insoluble dans le trop peu d’eau qui reste sous la coque. La panique et les grands coups de gaz sont à proscrire, car ils ne peuvent qu’aggraver la situation. J’ai une affection pour les bateaux bien nés et solides, ainsi j’ai toujours préféré les laisser se poser sur les cailloux, là où le courant les avait poussés. Le moteur débrayé et un tour rapide du pont pour évaluer la topographie du lieu, constituent la première des choses à faire. Parfois, il suffit de mettre un coup de marche arrière, parfois le bateau se dégage seul, parfois non. Alors je le laisse s’échouer, situation où je descends systématique à l’eau, en combinaison de plongée. Le but est d’évaluer les conséquences du contact inévitable entre le bordé du voilier et les roches granitiques plus ou moins râpeuses et planes, avant qu’il ne se produise.

Le voilier prends parfois des allures de funambule sur son câble, tétanisé et aussi immobile qu’il le pourra, au dessus d’une marre de crocodiles qui attendent sa chute, impassibles. Une belle marche de descente en bois plein, a été la première à sauver d’une crevaison certaine, le bouchain de mon valeureux Mousquetaire en bois, alors que la tête de mat du bateau léchait l’eau, deux mètres en contrebas. Mon seul regret à ce jour, où j’ai profité de la marée basse pour pêcher des crevettes autour du caillou fautif, est de n’avoir pu prendre en photo mon voilier, dont l’angle de gite dépassait 90 degrés !

Tous mes voiliers ont connu une aventure du genre, avec pour seules conséquences, des bobos à l’égo du pilote et les regards étonnés des pêcheurs à pied de passage. Mais le dernier échouement en date a pris une tournure moins anodine. Voulant couper au plus court, entre deux chenaux se croisant à angle droit, dans l’archipel de Bréhat, ce que j’ai toujours fait jusqu’à présent, mon Westerly Konsort, un biquille de 4 tonnes, s’arrête net sur un cailloux, placé maladroitement devant la quille bâbord. Nous allions vite et trop en confiance, dans ses eaux que je sillonne depuis toujours, pour rejoindre le port de Paimpol avant la dernière écluse permettant d’accéder au vieux port, niché au cœur de la ville historique.

Dans l’instant qui suit l’impact, j’expérimente le principe d’inertie, plus communément appelé « première loi de Newton », qui s’exerce de façon aussi implacable que potentiellement mortelle sur tout conducteur d’un véhicule en mouvement… Je reprends connaissance, quelques instants après le choc, dans les bras de mon épouse, qui bouquinait à la table du carré. Ma tête a cogné l’arrière de la table, après que j’ai parcouru trois mètres vers l’avant et deux vers le bas, en passant à travers la descente, sans pouvoir m’y retenir. Le sinistre « CRAAAC » que nous avons entendu n’est pas, fort heureusement, celui de mes os se brisant, mais provient du fond du bateau. Les coffres donnant accès aux boulons de quilles, immédiatement ouverts après que j’ai stoppé le moteur qui tournait toujours, je constate que toutes les varangues du coté bâbord sont, soient brisées, soit décollées du fond, et qu’un filet d’eau suinte de l’axe le plus en avant.

Nous reprenons notre route plus prudemment et pouvons sans problème rentrer dans le dernier sas, comme quoi, la précipitation est une source d’accident parmi d’autres. L’intégrité structurelle du bateau est largement affectée, mais celui-ci ne faisant que peu d’eau, je juge que l’état des fonds permettra de terminer la croisière, en prenant toutes les mesures de prudence nécessaires. Une fois levé dans les sangles, au chantier naval où le Westerly Konsort hiverne après chaque saison, je peux apprécier autrement l’étendue des dégâts, depuis le dessous de la carène. Une poussée énergique sur le bas de la quille accidentée, fait basculer celle-ci de plusieurs degrés d’angle, en émettant des grincements à 1 mètre à la ronde dans les fonds de coque. Lasse… il y a du boulot !

Certes, le choc était brutal, mais le moins que l’on puisse dire, c’est que Westerly, le réputé chantier britannique, avait pris quelques libertés avec les normes strictes de construction du Loyds, dont la jolie plaque en Bronze est fièrement vissée en évidence sur l’épontille de mat. Les premiers Konsort souffraient en effet d’un varanguage bâclé, qui a valu à presque tous les propriétaires de l’époque (années 1979 et 1980), de voir leur bateau retourner en chantier dès leur première saison de navigation achevée. Ensuite, la construction fut largement améliorée.

Sur les premiers modèles, deux minces planches de contre plaqué, collées à la coque par une maigre couche de mat de verre imprégné de résine, étaient sensées rigidifier les fonds en mer comme à l’échouage, ce que les premières posées dans la vase des rivières anglaises avaient démenti. Le président de la Westerly Owners Association, rencontré par hasard à Jersey à bord de son Konsort, identique au mien, m’avait expliqué que les travaux de renforcement des varangues étaient à l’époque pris en charge gratuitement par le constructeur. Je ne sais où fût repris le mien, mais il ne s’agissait que d’un maquillage habilement réalisé, ce que confirmera l’analyse de la structure lors de sa reconstruction. N’ayant pas les moyens de financer des travaux de rénovation sérieux par des professionnels, j’entreprends d’en réaliser la partie la plus coûteuse en main d’œuvre moi-même, que je ferai pendant mes 7 semaines de présence en France, l’année prochaine.

A mon retour en France, c’est guère mieux planté sur mes jambes, que mon Voilier sur ses deux quilles, que je me hisse à bord. Les emmerdes s’abattant souvent par escadrilles serrées, comme des Fous de Bassan en piqué au dessus d’un banc de maquereaux désorientés, j’ai aussi subi un sale accident de la vie, pendant l’année écoulée. Mon état était tel, il y a quelques mois à peine, que j'envisageais comme échappatoire, certains jours plus insupportables que d'autres, l’étroit goulet d’étranglement d’un nœud coulant, à un long combat contre moi-même, à l’issue plus qu’incertaine, dans une structure hospitalière spécialisée.

A ma grande surprise, je constate que les éléments d’aménagement du carré ne sont qu’agrafés et collés par un filet de colle blanche, rompu depuis longtemps. Les varangues cassées sont arrachées en une journée de travail, à l’aide d’un simple burin et d’une masse. La stratification de la structure des bateaux en construction, se faisait sur les coques non meulées et visiblement même pas dégraissées, de sorte qu’une fois l’extrémité d’une varangue décollée, j’arrive à la soulever comme un velcro ! Je reconstruis une nouvelle structure, bien mieux échantillonnée que celle d’origine en un mois et demie, à raison de 7 à 8 heures quotidiennes. Les travaux se font par saccades, entre périodes productives où j’arrive à me concentrer efficacement, et d’autres pendant lesquelles, faible et déprimé, je suis incapable de sortir du lit que j’occupe dans la petite maison en bas de chantier naval, plusieurs jours durant. Toute juste ai-je la volonté de me traîner en fin de journée jusqu’à la cuisine, et plonger la main dans un paquet de biscuits.

Le sablage, traitement époxy des deux quilles et leur remontage seront effectués par le chantier, après que j’ai fini la reconstruction structurelle et le réaménagement du carré, que j’avais intégralement démontés. Depuis, le pilote et son bateau partagent une rémission bien méritée. A une nuance près, néanmoins. Pour le voilier, je sais ce qu’il ne faut plus faire pour éviter de le casser à nouveau. Pour le bonhomme, c’est bien plus compliqué que le pilotage entre les cailloux, dans les courants et marnages de Bretagne Nord !

Beau récit !
Un bouquins de nouvelles bientôt ?
Je serais preneur
;-)
Il y a juste un détail que je ne comprends pas, dans le récit c'est un biquille, et sur les jolies photos on voit un bateau béquillé et un (genre DL?) "couché" dans l'eau ?

Bonsoir
Le bateau couché sur tribord est Westerly Konsort biquille. On voit la quille bâbord qui sort de l'eau.

24 juil. 2020

Beau récit mais qui me donne des frissons. Moi qui suis un adepte d'arrondir les Caps et qui stresse des que j'ai moins de 2 m sous la quille

24 juil. 2020

Soava Dia: Trés beau récit. Nous avons les mes passions pour les grunes mais je n'ai talonné que 5 fois en 50 ans, toujours sans casse et toujours à la voile.

La dernière étant la plus sérieuse sur les Roches à Pi-pi au nord de Chausey .

Proverbe chausiais : "CEUX QUI PRETENDENT N'AVOIR JAMAIS TOUCHE UNE" GRUNE " SONT DES MENTEURS"

Par petit temps, sous spi, vent arrière, à 4.5 noeuds,, nous rasons les "cailles" du nord de Chausey Ronde l'ouest, Petite Entrée, la Saulnière..) Tout cela, afin de bénéficier d'un courant favorable mais surtout pour empêcher notre adversaire principal, le Class 10 "Les Rapetous" situé à une longueur de notre tableau arrière de nous " prendre "notre vent. En effet, nous sommes plein vent arrière et même parfois sur la panne. Depuis la grande Entrée, nous avons rattrapé l'A 31 qui n'a pas osé "jouer" avec les roches.

Soudain, un choc, plus surprenant que violent. Debout au pied de la descente, je venais d'indiquer au barreur qu'il pouvait maintenant faire une route directe vers l'Etat, la prochaine tourelle. je me précipite alors vers la table à carte et un deuxième choc survient, plus violent, au point que l'écran de l'ordinateur se couche à l'horizontal ! Dans le cockpit, Yvan est projeté contre le roof.

Interloqué, sur Maxsea, je constate que notre point nous indique que LES CAILLOUX SONT PASSES, derrière nous. Mais un troisième choc se produit, le bateau se couche vers tribord alors qu'il empanne. Jan ordonne l'affalage du spi alors que 2 ou 3 autres petits talonnages se succèdent. Avec Claire au piano, Eric et Damien étouffent le spi sur la plage avant.

Apparemment, nous avons retrouvé de l'eau. Nous renvoyons immédiatement le spi et reprenons notre route vers l'arrivée.

Pour la petite histoire, en temps compensé, nous devancerons les adversaires qui étaient à nos cotés.

Dès le lendemain, nous "sortons" le bateau (Sun Odyssey 40 ) au sec. Peu de dégâts, quelques éclats d'enduit sur le bulb, le safran légèrement en "choux-fleur" . La liaison coque/pont est intacte.

Et dire qu'il y en a toujours qui prétendent que Jeanneau ne construit pas des voiliers solides !

24 juil. 2020

Suis un peu comme csb. j'aime les longues navigations, être au large pendant des semaines. Je ne suis pas un pratique d'un coin et j'ai tendance à "arrondir les caps et saluer les grains". Les navs précises entre les cailloux, je vous les laisse ;-).

25 juil. 2020

Méfiance tout de même, il y a parfois de beaux pavés au milieu des océans qui n'apparaissent sur les cartes électroniques qu'à partir d'un certain niveau de zoom!
( Je leur colle une balise ou un WP avant la traversée)

25 juil. 2020

ce genre là :

. Oui, je regarde aussi. On n'avait pas ce problème avec les cartes papiers;

25 juil. 2020

Et si, avec les cartes papiers, le souci était sur la pliure. Il y a eu des naufrages à cause de celà.

25 juil. 202025 juil. 2020

La pliure était pourtant intéressante en traversée. C’était un jour d'apéro (1 semaine, mi-route, 1000 milles, pliure de la carte ....)

25 juil. 2020

La pliure des cartes... quelle plaie !
Pile sur le passage, improbable, mais à priori praticable, entre deux grosses roches.
J'en suis venu à rouler certaines cartes de détails, plutôt que de les plier.
Avec le petit GPS carto en main, c'est devenu plus facile de vérifier.

25 juil. 202025 juil. 2020

Ahh, la pliure, au milieu de la traversée, la pliure, l'inconnu... toujours eu peur de tomber de l'autre coté, comme le bord de la terre plate !

26 juil. 202026 juil. 2020

bonjour à tous; un evenement qui reste pour moi un total mystere! pour eviter les remarques "sautes et grenues" je precise ne jamais boire d'alcol ne jamais avoir fumè de substançes liçites ou illiçites, moquette comprise et etre d'un temperament plutot septique!! donc il y a quelques annèes je decide avec un copain chasseur en apnèe d'aller faire un tour sur les tombants de sein et accessoirement d'aller gouter le ragout de homards d'une vieille connaissançe ! c'etait debut mars ! si je suis addict de cette partie de la mer d'Iroise pour sa rudesse,ses lumieres, la mouvançe des eaux ,je ne suis jamais encore rentrè à
Sein avec mon bateau! on navigue tranquille ,le temps est gris avec quelques trouèes et un petit forçe 5! le bateau est sous pilote et je lis et evoque avec mon equipier le terrible naufrage "du Drumond Castle" sur les pierres vertes au siecle dernier qui pendant des semaines a vu des corps deriver vers Sein , plusieurs sont dailleurs inhumès sur l'ile .

à 16 heures à hauteur du chat sur les deux traceurs gps dont un modele professionel les ecrans se coupent puis apparait ac 7 no acquising? je sort dans le cockpit le petit gps portable de l'annexe= idem no acquising!! bizare bizare! degradation militaire?? l'ile longue n'est pas loin ; bon ce n'est pas tres genant pour rentrer par le chenal de l'ezaudi avec le radar et les lignes de sonde ça le fait, mais gaffe au courant! tout se passe bien ,on passe Men Brial et je mouille au fond de la petite baie derriere le mur,eau transparente fond de sable plat et dure ,la marèe descend le bateau(deriveur integral alu garçia de 15m et 16 tonnes) se pose bien droit, l'ancre une rocna de 70 livres est bien enfouie pas d'algues autour ou de vieux pneus... on descent à terre =pas un chat, le dessert! tout est fermè, quant à la copine et son ragout de homards patates sa maison est fermèe! ambiançe ambiançe... depitès on rentre à bord en je fais frire quelques orphies pechèes precedemment(menu pas particulierement reputè halluçinogene) dehors pleine lune , grande marèe, ciel plein d'etoiles et pas un souffle; chacun regagne sa cabine fatiguè par l'air du large.

vers minuit nous sommes reveillè par un formidable bruit de chaine et je sent le bateau bouger et riper nous sautons sur le pont, le bateau est maintenant tournè vers la sortie toujours sur le sable la chaine de 12 est tendue comme une barre de fer et l'on voit la traçe de ripage sur le sable????? le ciel est toujours serein,la mer est loin et il n'y a pas un souffle! extremement perplexe on ne comprend pas ! la marèe remonte le bateau reprend sa position; au petit matin apres le cafè je dis à mon equipier" à priori on a pas l'air d'etre desirè içi" direction la sortie ! pour l'anecdote mon bateau à pour nom un endroit mythique du secteur ou reoserait l'ame des marins perris en mer

je me suis renseignè à Brest pour savoir si il n y aurait pas eu un mini tremblement de terre à cette date mais les sysmographes etaient plat a cette heure! par la suite j'en ai parlè à des vieux marins pecheurs de l'ile qui m'ont regardè avec un drole d'air et ont occultè le suget

26 juil. 202026 juil. 2020

Je connais, c'est un gwallblanedenn. Il y en a qui ont des applis pour ça, mais en général, une pincée de sel jetée au dessus de l'épaule gauche, et c'est bon. ;-)

26 juil. 202026 juil. 2020

c'est un peu ce que je pense

26 juil. 2020

c'est un peu ce que je pense mais ce n'est pas politiquement serieux de l'exprimer! dans ce secteur de legendes parfois il y a des phenomenes que le rationnel n'explique pas.... en 55 ans de navigations un peu partout c'est le seul cas qui me laisse vraiment perplexe, depuis je ne vais plus à Sein avec mon bateau ! Ouessant, Molene pas de probleme par contre aux iles Solovski(mais c'est loin) pas trop envi de trop trainer! trop d'ames en errançe parait il

26 juil. 202026 juil. 2020

Un affaissement soudain du socle armoricain, qui aurait fait momentanément pencher la mer et tiré brutalement le bateau sur son mouillage, entraîné par la gravité ?

Un onde de gravitation localisée, qui aurait à son passage, raccourcit la chaîne de plusieurs mètres, provoquant le même résultat ?

L'effet d'aspiration après le passage d'un Airbus A380 en rase motte à deux mètres du sol ?

L'huile de cuisson des orphies, frelatée ?

26 juil. 2020

merçi Soava pour ces reponses eclairèes ! pour l'aibus a 380 à l'epoque ils n'existaient pas et en rase mottes à 2 m du sol les"goel"( mouettes) m'auraient prevenu, pour l'huile d'olive et les orphies j'ai continuè ce menu quelques temps et n'ai pas connu de symptomes particuliers,au retour mon epouse ne m'a pas trouvè plus drole que d'habitude...... par contre mon equipier n'est plus jamais remontè à bord et a preferè prendre la navette pour Sein lors de ses plongèes?????
reste les ondes gravitasionelles et l'affaissement du plateau armoricain mais les sysmographes l'auraient reperè, de plus mes relations à l'ile longue toujours en surveillançes plus que tatillones n'ont rien remarquè de particulier cette nuit la , aucun missile n'a ete activè..... bref je desespere avoir l'explication en ce monde!

26 juil. 2020

@ captainwat2 : cela peut très bien être un dauphin; et je suis très sérieux; il y a (avait) Randy qui s'amusait comme un petit fou avec les mouillages des voiliers, du côté de belle ile ... et j'ai eu sa visite toute une nuit à ster wen ...
et il avait un collègue tout aussi joueur du côté de crozon ... si proche de sein ...
et la force de ces bestiaux est telle qu'il se joue de l'ancre, de la chaîne et du bateau ...

26 juil. 2020

Oui, bien sûr un dauphin, même "Randy", très joueur, mais quand même tu crois vraiment qu'il peut faire ripper un bateau échoué sur le sable ?
Il est très très fort !

26 juil. 2020

Ca fait flipper le dauphin.

26 juil. 2020

merçi Larent , tres tres interessant! je connais bien nos amis les dauphins facetieux dans le secteur! en baie de Brest au mouillage Jean floch(malheureusement decedè recemment, on a retrouvè son corps baguè sur une plage hollandaise= mort de vieillesse) donc ce dauphin venait taper sur ma coque,un jour (j'ai fait un film) il a balançè un enorme congre sur mon pont une autre fois à la foret il avait la moitiè de son corps dans mon annexe à la stupefaction des enfants presents sur le ponton mais sans te contredire bien sure ;la le seul probleme bin c'etait que le bateau etait posè sur le sable à marèe basse et la mer bien loin

26 juil. 2020

ah oui ... c'est sûr ... si t'étais échoué, c'est déjà plus compliqué pour un dauphin ... le détail m'avait échappé ... un dauphin à pattes ?
jean floch, voilà j'avais oublié son nom et j'avais vu Randy faire tout un numéro à port tudy, vraiment trop drôle mais là il accompagnait une annexe

26 juil. 2020

Soava dia nous a raconté l'histoire de la raie voleuse de bateau (disparition du Pim) Là le bateau était sur le sable. Une armée de crabes vicieux tirant ensemble d'un coup sec?

26 juil. 2020

tu n'as quand même pas appelé ton fier navire "la baie des trépassés" ? ce serait joueur ...

26 juil. 2020

non je n'ai pas appellè mon bateau"BAE AN ANAON" faut quand meme pas jouer avec le feux dans le secteur! un copain avait appelè son bateau LUCIFER il n'a eu par la suite que des soucis sa vie sentimentale fut un enfer....

De plus sa femme s'appelait Lucie !
;-)

26 juil. 2020

il y avait bien une raie viçieuse à brest dans le passèe mais elle n'aimait pas les crabes voleurs......

27 juil. 2020

Thomas

La première fois que j'ai vu Thomas, c’était un petit blondinet de 6 ans. Il avait une particularité étonnante : il était parfaitement multilingue : De sa mère française, Lydia récemment abattue par des pirates en mer de Chine, il gardait une maîtrise de cette langue parfaite qui lui permettait de converser avec nous couramment. Avec son père, il parlait norvégien, vu que Pier était de ce pays nordique. Avec sa mère adoptive, Ann, il parlait le Mandarin, puisqu'il était allé dans sa classe une année entière à Taiwan. Enfin comme son père et sa nouvelle mère conversaient en anglais, il pouvait, lorsque nos amis néo zélandais étaient là, leur tenir une conversation fluente.
Nous avons navigué de concert entre Singapour et Suez, en se rencontrant souvent le long du détroit de Malacca, à Ceylan, Djibouti, Port Soudant et tout au long de la mer rouge. Thomas, du haut de ses 7 ans, était toujours étonnant, maniant la prame à la godille avec dextérité même dans les vents violents de mer rouge, pêchant les perroquets et chirurgiens en apnée, discutant avec tout le monde dans sa langue.
A Suez, il fallu quitter nos amis. Nous rentrions sur l'Europe et eux, avec leur belle goélette de 15 m dépourvue de moteur, cherchaient une solution pour passer Suez sans qu'il leur en coûte une fortune.
7 ou 8 ans plus tard, je revis Thomas. J’étais mouillé en baie des Flamands, à Fort de France quand je vis arriver l'Artémis, tirant des bords dans l'alizée . Comme je savais qu'ils étaient sans moteur, je les rejoignis avec mon annexe et j'aidais Pier à mouiller et rabanter ses lourdes voiles en coton. Il m'apprit alors la naissance d'une petite Carmen et la noyade d'Ann, tombée par dessus bord dans l'Atlantique. Thomas avait grandi. C’était maintenant un ado taciturne, toujours aussi blond. Il s'occupait avec amour de sa petite sœur.
J'ai appris plus tard le naufrage de l'Artémis sur Bonaire el la disparition de Pier et de Carmen. Thomas, qui naviguait sur un petit bateau à lui évita le naufrage, mais ne put sauver ni son père ni sa sœur.
J'ai revu Thomas à Cayenne, presque 30 ans plus tard. C’était un homme blond, sec, à la barbe de viking. On dîna ensemble un soir au bar des palmistes. Mais Thomas ne voulait pas parler du passé. Il était en route sur un petit bateau traditionnel en bois, vers sa compagne et ses enfants qui devaient l'attendre au Brésil.
C'est à Degrad des Cannes qu'on le vit pour la dernière fois. Thomas n'arriva jamais au Brésil. Aucune épave ne fut jamais retrouvée.
www.une-saison-en-guyane.com[...]marins/

27 juil. 2020

Triste destinée....

27 juil. 2020

La première fois que j'ai vu apparaitre le nom de Peter Tangvald, c'est en lisant "Cap Horn à la voile" de Bernard Moitessier... en 1967 .

27 juil. 2020

Une même famille, 4 drames... terrible.

28 juil. 2020

L'Artemis de Pytheas, en Mer Rouge. Pier a eu 7 femmes, plusieurs ont péri dans des conditions un peu étonnantes.

31 juil. 2020

Bonjour,
Pour ceux que l'histoire intéresse, il y aura un article sur Peter Tangvald et son Pythés dans le chasse marée de septembre.

28 juil. 2020

LE VOYAGE INTERDIT, épisode 1
EDOUARD FRITCH PRÉSIDENT DE LA POLYNÉSIE FRANÇAISE - TNTV -
« - J' ai décidé à partir de ce soir minuit, d'isoler totalement la Polynésie française du reste du monde. Plus aucun avion ne se posera sur nos aéroports, plus aucun bateau n'accostera nos quais. Le trafic d'avion inter-îles est interrompu jusqu'à nouvel ordre. Il est interdit aux voiliers de changer de mouillages, il est interdit de naviguer entre les îles, il est interdit de descendre à terre sans autorisation. Les passes de Moorea et Tahiti vont être mises sous surveillance. Seul le trafic des caboteurs de ravitaillement entre les îles, est maintenu. La Polynésie ne compte à ce jour que trois cas de Coronavirus et nous ne pouvons pas prendre le risque de voir l'épidémie s'étendre... »

ÉPISODE 1 - LE DÉPART -

RAIATEA, MAGASIN LEOGITE : Interdit, interdit, interdit, ils n'ont plus que ce mot à la bouche. Ils ne se rendent pas compte de ce qu'ils font, ils sont fous !
Les nouvelles qui passent sur l'écran du magasin m’attristent, mais je ne suis pas là pour ça. Cela fait plusieurs jours que l'on voyait arriver le confinement et la fermeture des frontières, alors les gens ont anticipé, les rayons du magasin sont presque vides. J'ai quand même réussi à trouver huit kilos de farine, six kilos de riz et quatre kilos de sucre, plus trois douzaines d’œufs, la collecte est plutôt bonne. J'y rajoute un stock de boites de tomates pelés, du thon, des sardines, et divers autres légumes en boites. Avec ce qu'on a ramené hier des deux autres super-marchés, ça devrait être bon.
Ce matin l'ambiance est curieuse à Uturoa, la crise mondiale du Coronavirus paraît seulement arriver jusqu'ici. Les tahitiens se font encore la bise et ne semblent pas avoir encore pris l'ampleur de ce qui touche la Terre entière. Cependant, entre les rayons, on croise déjà quelques personnes qui portent un masque et des gants, ce sont des popaas* pour la plupart.

J'ai réussi à empiler une partie de mes courses dans la petite caisse en plastique derrière mon vélo, le reste pèse lourd dans mon sac à dos. J'espère que la cagette surchargée sur le porte-bagage, va tenir jusqu'à l'embarcadère de la marina.

MARINA D'APOOITI, DINGHY DOCK: Je viens de finir d'embarquer les courses dans l'annexe quand arrive Alan dans son pick-up.
Alan est anglais et il vit ici depuis plus de dix ans. Il habite dans le sud de l'île avec Maeva sa femme. Contrairement à ce que son nom semble indiquer, Maeva est française d'origine.
Elle est arrivée en Polynésie avec ses parents dans le milieu des années quatre-vingt-dix, sur un bateau en ferrociment. Ces parents rêvaient de Tahiti, alors ils lui avaient donnée un prénom tahitien. Elle avait dix ans quand elle est arrivée, elle n'est jamais reparti.
Maintenant elle est prof de yoga à Raiatea, elle a aussi un don de médium, elle « sent » les énergies. C'est en discutant avec elle qu'on a pris conscience de ce qui se produisait. Nous l'avions déjà confusément ressenti avec Véro, l'énergie ralentissait sur toute la planète. C'est Maeva qui nous a expliqué le phénomène qui est en train de s'enclencher. En stoppant, la circulation des personnes sur Terre, les gouvernements sont en train « d'arrêter » l'énergie. Et pas seulement au niveau de la Terre, mais au niveau de l'univers entier.
Depuis l'aube de l'humanité ce sont les voyageurs qui permettent à l'énergie de circuler, c'est grâce à eux que l'univers tourne rond. Si plus aucun humain ne voyage sur Terre, si plus aucune âme ne peut errer librement sur cette planète, alors l'entropie* gagnera toute la galaxie. L'expansion de l'univers se ralentira, puis s'arrêtera, la terre s'arrêtera de tourner, le soleil se refroidira et l'univers entier ne deviendra plus qu'un grand glaçon ou plus aucune vie ne sera possible.
C'était il y a trois jours, lors d'une longue discussion qui s'est avancée tard dans la nuit. Alors avec Véronique nous avons pris la décision de repartir avec Oboé, notre bateau magique. Repartir pour maintenir la flamme du voyage allumée et permettre à l'énergie de continuer à circuler librement.
- Je vous ai trouvé encore quelques kilos de farine et de riz qui restait au chinois à coté de chez moi. J'espère qu'il n'y a pas trop de charançons dedans. Il y a aussi deux cartons de fruits et de légumes que j'ai récolté pour vous au Faapu*. Vous êtes sûr de toujours vouloir partir ce soir ?
- T'es super Alan, pose tout ça sur le quai, je vais l'embarquer dans l'annexe. Tu sais bien, on en a longuement discuté avec toi et Maeva. Il faut que quelques-uns continuent de porter la flamme, et nous on sent qu'on doit le faire, c'est tout. Si on attend encore ils vont fermer les passes ici aussi, et on sera piégé.
- Oui, mais qu'est ce qu'on va devenir Maeva et moi quand vous serez partis ? Sans vous, Raiatea ne sera plus jamais comme avant.
- Mais si, vous étiez heureux avant qu'on arrive, alors vous allez reprendre votre vie d'avant. En tout cas, merci pour tout Alan, sans vous ce départ improvisé n'aurait pas été possible
Je lui rends le vélo qu'il m'a prêté, on le monte ensemble à l'arrière du pick-up.
- Maeva n'a pas voulu venir, trop d'émotion je crois. Mais elle m'a chargé de vous dire au revoir. Tu sais qu'avec ses dons, elle sera avec vous tout au long de ce voyage.
Je serre Alan une dernière fois dans mes bras. Je ne sais pas quand on se reverra. Un dernier regard dans les yeux, et je saute dans l'annexe. Alan me passe les cartons qui restent sur le quai, maintenant il fait attention de ne plus croiser mon regard, que je ne vois pas ses yeux humides.
Je démarre le petit moteur de l'annexe. Alan est là, debout sur le quai, il me regarde m'éloigner. Je lève une dernière fois mon bras dans un salut un peu triste. Alors il tend son poing en l'air, comme pour me donner la force de partir, il me sourit et crie :
- Vers l'infini et au delà !

De retour à bord je passe les cartons à Véronique, elle non plus n'a pas voulu subir cet adieu sur le quai. Elle a dit au revoir à Alan et Maeva hier soir, lors de notre dernière soirée à quatre. Une soirée bien arrosée, ou le vin a coulé plus que les larmes.

Plein d'eau fait, une centaine de litres de gas-oil, nous voilà prêts. De toute manière Oboé est autonome en électricité grâce à ses panneaux solaires et à son éolienne, et nous récupérerons l'eau de la pluie.
En fin d'après-midi nous rangeons les dernières choses qui traînent à l'intérieur et sur le pont, prenons un dernier repas au mouillage, et attendons la nuit.

Minuit, nous larguons silencieusement la bouée et Oboé prend la direction de la passe de Miri-Miri, moteur au ralenti, pour ne pas donner l'éveil. C'est une nuit sans lune, idéale pour sortir discrètement du lagon. Une fois la passe franchie, j'envoie la voile et Oboé se met à glisser doucement sur l'eau dans la brise nocturne. Nous prenons le cap pour passer à mi-distance entre Tahaa et Bora, par cette nuit noire, personne ne nous verra.
J'ai débranché l'AIS et le GPS pour ne pas qu'on nous repère, de toute manière plus aucun bateau ne navigue, alors pas de danger de collision. Nous ferons cette navigation au sextant et avec les étoiles, à l'ancienne. Une fois partis, plus moyen de nous retrouver, nous serons seuls sur l'océan.
C'est le début d'une grande aventure, nous garderons notre destination secrète pour l'instant, c'est le début de ce voyage interdit et .... imaginaire.

La suite du voyage interdit:
lavoiedesonmaitre.wixsite.com[...]u-large

  • ENTROPIE: nom féminin / Physique - Fonction exprimant le principe de la dégradation de l'énergie ; processus exprimé par cette fonction. *Popaa : Blancs, français, en tahitien. *Faapu : Jardin, potager.
30 juil. 2020

C’était la première fois que j'arrivais en Martinique tout seul. J'arrivais des îles du Cap Vert après une traversée bien trop rapide à mon goût :12 jours, 13h, 168' par 24h de moyenne sous GV 2 ris et foc 2 tangonné au vent, sur mon petit shellfish. Un alizée fort et régulier de Février. Pas une manœuvre pendant la traversée. Juste eu à modifier chaque jour les réglages de quelques centimètres pour que les drisses et écoutes ne raguent pas toujours au même endroit.
J'avais fait toute mon approche de jour, premiers points lune/Venus à l'aube, droite du soleil avant la culmination, une autre un heure après, tout se passait bien. J'avais passé l'ilet Cabrits, pointe sud de la Martinique en fin d'après midi et là, la nuit était tombée . Je naviguais vers Grande Anse d'Arlet ou je comptais mouiller.
Je n'avais pas de moteur sur mon bateau et après avoir viré la pointe Lezarde, au sud de l'anse, je tirais des bord dans la baie pour me rapprocher de la plage.
La nuit était bien noire, l'air était chaud et l'odeur de la terre humide me remplissait les poumons. Aucun feu ne balisait la baie, ma petite lampe tempête dans le pataras éclairait doucement le cockpit. J'entrevoyais le dessin de la côte plus sombre que le ciel. Je m'approchais jusqu'à ce que mon sondeur à éclats, mon vieux seafarer, me donne 3m. Alors je mouillais tout en abattant le foc.
Je laissais le guindeau faiblement freiné pendant que je rabantais ma voile dans les filières. Ma chaîne se déroula, verticalement, se déroula, se déroula…. L'ancre ne touchait pas le fond.
En vérifiant le sondeur, je m'étais trompé d'échelle. Je n'avais pas 3m, mais 30.
Il fallu donc remonter 15 kg d'ancre au bout de 30 m de chaîne de 8 verticale, avec mon petit guindeau à main, avant de rehisser les voiles et me remettre à tirer des bords.
Quand 2h plus tard le me mis dans ma couchette, il ne fallu pas longtemps pour que je m'endorme .

Ah ! Le seafarer à éclats que d'émotions avec ces confusions d'échelles !
Pas bon pour les cardiaques !

01 août 2020

Je mets un titre, Bon alors "Pipi Caca"

La première fois que nous avons embarqué Titus, notre tout premier berger allemand c’était au départ de Dakar pour aller à Fort de France. Mon papa, à la fin de ses vacances d'été, aux Canaries, avait décidé sur un coup de tête qu'il ne retournerait plus à Paris et qu'il en avait marre de travailler. Ma maman était donc rentrée toute seule, vendu la maison, les voitures, les meubles... et nous rejoignait avec le chien dans ses bagages à Dakar ou nous l'attendions.
Titus n’était jamais monté sur le bateau pour de longues traites et comme tous les chiens terriens, ne faisait pas ses besoins à bord. C'est pourquoi, pour l'habituer, le tranquilliser et lui apprendre les « bonnes manières », nous avions embarqué une petite plante en plastique sur laquelle, consciencieusement, les hommes de la famille pissaient régulièrement dès le départ.
Cette plante était sur la plage arrière et les chiens étant des animaux d'habitudes, nous mettions le collier et la laisse à Titus matin et soir pour l'emmener pisser. Mais rien ne se passait. Un jour, deux, trois… Le pauvre chien allait finir par éclater. On se demandait s'il ne faudrait pas s'arrêter aux îles du Cap vert uniquement pour le descendre à terre.
Miracle, le quatrième jour, Titus se soulageât sur l'arbrisseau. Sa pissée dura plusieurs minutes. On le félicita bien fort et il eut droit à un de ses régals : un morceau de ce bon saucisson pendu au dessus de la cuisine.
Le cinquième jour, le sixième, il fut félicité de même. Mais si "l'urinage" fonctionnait, les crottes étaient toujours absentes…
Le septième jour, alors que nous étions tous à rêvasser, lire, bricoler dans le carré, enfin, toutes activités essentielles en traversée, on vit Titus, arriver de dehors, descendre, se diriger vers la cuisine, se dresser sur ses pattes postérieures et se prendre un bon morceau de saucisson.
Dehors, sur la plage arrière, il y avait une grosse crotte.

01 août 2020

Excellent ! les chiens marins sont souvent extraordinaires...

Dans le genre, j'ai connu une "Joshua" qui avait l'habitude de faire ça sur le pont et que ce soit nettoyé par son maître d'un coup de seau d'eau.
Mais si ça remuait trop, elle aboyait un coup, ils se mettaient à la cape le temps voulu, elle se précipitait à l'avant dès que ça lui convenait et hop en quelques secondes, l'affaire était faite et nettoyée !

Ca s'est bien terminé, mais à un moment, c’était un peu "tendu" :

Quand la moyenne d'âge des membres du club de voile a commencé à monter, il fut décidé en assemblée générale de changer le Sélection qui nous avait emmené à la fois en croisière un peu partout en Europe et en courses sur toute la façade atlantique. Le choix allait vers un croiseur plus confortable, quoi que véloce, genre Sun Magic 44/ First 42 etc.
L'acheteur du Sélection était à Concarneau et souhaitait une livraison sur place .
Nous partîmes donc un matin de Décembre avec le copain Jean Marie pour mener le bateau depuis l'Herbaudière vers Concarneau. 86 milles. Nous avions prévu deux jours avec un arrêt à Palais, sur Belle Ile .
Le matin du départ, il faisait un superbe temps d'hiver. Petite gelée matinale, grand soleil, 25/35 nœuds de SE. Plein arrière pour nous . Superbe.
Après un bon petit déjeuner, on monte la GV avec un ris encore le long du catway, plein bout et on se fait une belle manœuvre à la voile en faisant simplement pivoter l'avant.
Dehors, protégé par l'ile, c’était le temps rêvé. Les petits rivolins étaient légèrement soufflés par le vent, sous GV seule, on était déjà à 7 nœuds. Juste un regard entre nous, nous étions d'accord. Le spi fut vite sorti, les écoutes à poste, le tangon brassé, les barbers aux taquets et dans un beau claquement, le spi fut en l'air, bâbord amure, bateau au surf, droit, sans une once de roulis. Le loch bloqué à 12 nœuds, la barre était douce, même s'il fallait de temps en temps pomper un peu dessus pour faire raccrocher le safran qui avait tendance à caviter dans les surfs trop rapides.
Moins de deux heures après être partis, on arrivait déjà au sud de Belle Ile, Nous avions un peu sous évalué le courant sortant de Loire et en bâbord amure, ça ne passait pas, nous partions trop au large. Il fallait empanner.
Nous sommes joueurs, habitués au bateau.. allez, on se tente l'empannage du spi. Le vent montait dans les 30/35 nœuds, la mer commençait à lever un peu, 2/3m. On prépare bien la manœuvre.
En premier empanner la GV, pendant que l'un s'occupe de la barre et des bastaques, l'autre fait passer la voile en bordant à la volée. La GV passe dans un surf et la bastaque au vent est bordée avant que la bôme n'arrive au bout. Nickel
Ensuite c'est au spi. Et c(est là que ça a « m...é. ». Le tangon à peine décroché, le spi a commencé à se balancer et le départ au lof fut imparable.
En quelque secondes, le bateau était mât dans l'eau, la coque au vent. Le spi et la GV sous l'eau et la force du déplacement tenaient le bateau couché à 100, 110 deg. On était mal. Écoute et bras choqués, pas de changement, hâle bas de GV libre, on restait couchés. Bon, on ne va quand même pas aller au trapèze sur le bout de la quille comme sur un 470, quoi ? En plus, la côte de Belle Ile se rapprochait rapidement. On devait dériver à 2 ou 3 nœuds. Tous les deux assis sur le franc-bord tribord, on se demandait bien ce qui allait nous arriver. Quand…
… une vague différente, une accalmie, enfin quelque chose et la GV est sortie de l'eau et d'un coup, tout seul, le bateau s'est redressé .
On a rangé, un peu écopé les fonds, renvoyé le spi et on était à Concarneau avant la nuit. C’était la première fois que je doublais un gros chalutier sortant de Lorient vers l'Irlande à la voile. On l'a laissé sur place.

J'adore ce fil, un grand merci aux conteurs, c'est passionnant à lire. Bravo !

Je découvre ce fil, que j'avais négligé jusque-là.
Des récits passionnants, pleins d'humanité et d'humour, des talents d'écrivains, merci!

1963, jeunes mariés, nous campions sur la plage du Pradeau, et nous avions un 420 avec lequel nous allions "prendre le thé" à Porquerolles.
Un jour, sur le retour, se présentent à l'Est quatre bâtiments militaires, en formation serrée, nos routes vont se croiser...
J'ai continué sans rien changer, obligeant la belle formation à se diviser, les trois premiers se déroutant pour aller passer devant mois, le quatrième est passé derrière.
Six mois plus tôt, j'avais quitté la belle tenue de matelot portée pendant 28 mois, j'avais une revanche à prendre!
Et encore, j'ai été gentil, on aurait pu chavirer pour les obliger à nous porter secours...