Vos histoires de mer (4)

L'idée est de raconter une histoire, étonnante, surprenante, drôle, qui vous est arrivée en navigation ou en escale.
Les règles : Gentillesse, tolérance, bon enfant, retour sur les histoires racontées.
Pas de nouvelle histoire avant la fin de la discussion sur l'histoire en cours.
Prenez votre temps, on risque d'être plus longtemps que prévu derrière nos écrans.

13 juin 2020
13 juin 2020

Lorsque j'ai assez de courage, vers trois heures du matin, je pose notre petit trémail que je relève à six heures ; c'est la seule technique pour que nous puissions manger le poisson qui tourne assez vite dans ces eaux chaudes. Nous en prenons peu, mais suffisamment pour nous deux et le chien.
Un matin, il y a un énorme diodon furieux de s'être laissé piéger, gonflé comme un gros ballon de basket, ses épines déployées en tous sens. Il « riboule » de gros yeux en poussant des grognements de hérisson. Il me suffit de secouer un peu le filet sur le pont et ce gros ballot se détache de lui-même. Il faut maintenant le rejeter à l’eau. Comment prendre ce paquet de piquants ? Le bout du nez de notre diodon est sans épines, comme il a la bouche ouverte, je vois qu'il n'a pas de dents non plus. Quoi de plus simple donc d'attraper cet idiot de poisson par le bout du nez et de le rejeter à l'eau ? J'introduis mon index dans la bouche largement ouverte de notre hôte, bouche qu'il referme aussitôt, m'enserrant le doigt dans un étau terrible. Je me mets à secouer ce sacré animal en tous sens, mais il ne lâche pas. Pour donner une idée de sa puissance, c'est exactement comme une noix dans un casse-noix. Tout doucement, cette féroce mâchoire m'écrase la dernière phalange. « Je perds mon doigt ! Je perds mon doigt ! » hurlais- je, tandis que ma femme, affolée, court dans tous les sens. J'entends les os craquer quand enfin le maudit animal ouvre la bouche. Il nous laisse devant un spectacle désolant : je n'ai plus d'ongle, mais une fracture ouverte avec un morceau d'os qui sort dans un magma de chair et de sang horrible. Pour couronner le tout, une douleur intolérable mais je ne m'évanouis pas ; mon doigt saigne abondamment. Nous sommes à deux jours de Panama et d'un éventuel hôpital et je suis incapable de faire une manœuvre, Il faut s'en sortir avec les moyens du bord. Je me fais donc une anesthésie locale en « bague » ce qui provoque un soulagement absolument extraordinaire. Je comprends que si le drogué éprouve une telle satisfaction en s'injectant de la morphine, il soit si difficile de le désintoxiquer. Ensuite, j'entreprends de réduire les fractures, de rentrer les bouts d'os qui sortent, de redonner quelque forme à mon doigt, enfin, de couronner le tout par un pansement baigné d'antibiotiques. Pendant les trois premiers jours, lorsque ma femme me refait le pansement, c'est affreux. Le doigt a un aspect épouvantable ; il semble que ma phalange va se gangrener et j'envisage très sérieusement de l'amputer. Mais, encouragé par ma bonne infirmière, je prends patience, et au bout d'une semaine, nous reprenons espoir.
C'est une semaine de vacances forcées car je ne peux faire aucune manœuvre sans me faire horriblement mal. Nous restons bien sagement devant Porvenir, la capitale des San Blas, le meilleur mouillage aussi. Tous les matins, un petit avion venu de Panama amène quelques touristes qui achètent des molas et repartent ravis en fin d'après-midi ; quelle aventure ! Une jeune femme qui habite seule dans une cabane construite sur pilotis sur un haut fond de la baie vient nous rendre visite. Elle travaille pour un institut de recherche américain de biologie marine. Elle nous raconte qu'un diodon peut casser avec sa bouche des coquilles de lambis pour manger le mollusque. Quand on connaît la dureté de granit de ces coquillages, je ne m'étonne plus que mon pauvre doigt soit dans un tel état.

13 juin 202013 juin 2020

Les premières lignes m'ont ramenée aux années 90 quand nous étions au mouillage de Calivigny island, au sud de Grenade, en période cyclonique, en compagnie de vieux copains : chacun son trémail, un pour les langoustes, l'autre pour le poisson. Même technique, mais on les posait juste après le dîner, relevage avant l'aube. Quel bonheur... même si on avait pas un sou, d'où la pêche quotidienne !

Sauf que ça ne s'est jamais terminé aussi mal !
En revanche, ce mouillage isolé devant une île désertée (qqse ruines et des chats sauvages, terreur de notre petite Chat'la) est devenu interdit : propriété d'un riche industriel français qui en a fait un resort pour les happy few...

o tempora...

13 juin 202016 juin 2020

Suis pas tout à fait sûr, mais je pense que cette photo est prise par là bas, dans une des baies sud Grenade

13 juin 2020

Possible mais je reconnais pas ! ta photo est dans le bon sens ? Comme on voit le large en haut (direction Sud) ton bateau éviterait dans le "mauvais" sens ???

En tout cas, c'est pas le mouillage dont je parle.

J'ai peu de photos de cette période.

13 juin 202016 juin 2020

T'as peut être raison, mais je n'arrive pas à me souvenir ou c'est, mais suis à peu près sur que c'est sud grenade.

13 juin 2020

Ah...vu comme ça peut-être Hog island ? et il y a un passage en bas à gauche vers Woburn, si tu te souviens ?

Toute cette baie a énormément changé, plein de chantiers et de bateaux partout.
La dernière fois qu'on y était, en 2003, on avait juste mouillé une nuit à Prickly bay et on était remonté vite fait à Carriacou, encore préservée.

19 juin 2020

Là où se trouve la plage sur la droite ressemble fortement à Calivigny island,le bateau à l’air d’être mouillé de ce qui est maintenant le phare bleu. Salutations.

20 juin 2020

Hello,
Ton pseudo me dit que tu dois bien connaître le coin !

A l'époque dont je parle, on allait du mouillage de Calivigny Island au village de Woburn en annexe pour un petit ravito à un bistrot épicerie où le patron nous tendait systématiquement un petit verre de rhum... pour l'accompagner ! Quand c'était tôt le matin, dur dur !
On allait acheter du porc à une ferme un peu plus loin et des oeufs tout frais pondus chez une gentille dame tout près de l'unique quai branlant.
;-)

13 juin 202013 juin 2020

Bonjour,
En recherchant une info sur mon livre de bord 2015, je tombe sur une note qui me remet en mémoire ce qui suit:

Dernier week-end du mois d’Août, ça se bouscule sur la route, le parking du port se vide et je me dis que c’est peut-être enfin le bon moment pour aller faire quelques maquereaux à la traîne sans risquer de se faire couper les lignes par un abruti qui te passe à deux mètres du tableau arrière pour voir si des fois ton équipière aurait pas oublié son soutif.
Sortie du port calme, on avait perdu l’habitude. On vire la cardinale Nord, on monte bout au vent, on envoie les voiles, cap au 180 pour sortir de la baie sans trop s’approcher des bancs de sable. Deux virements de bord pour monter sur les 20m, 10knt de vent, bon plein, on borde les voiles un peu plus que ce qu’il faut pour ralentir la vitesse à 4.5knt et on attaque le rhum arrangé en attendant les touches. Et ça commence, d’abord sur la traîne armée d’une mitraillette puis sur la canne avec un jig. On fait quelques maquereaux, que je tue d’un coup de poinçon entre les deux yeux pas plutôt dans le cockpit et que je vide dans la foulée avant de les mettre sous une serpillère trempée à l’eau de mer. On vire et retour sur la trace direction l’Espiguette, encore quelques maquereaux, un gascon, une petite bonite sur le jig que je décroche, et du coup, je monte un Rapala Marlboro, on ne sait jamais. Je renvoie tout à l’eau, la ligne de traîne continue à piéger les maquereaux, le vent monte, la bateau accélère, le Rapala monte en surface, marsouine avant de replonger, et recommence. Le temps de lofer pour retrouver la bonne vitesse, et le moulinet se met à chanter. Je ferre, et dans le même temps, je vois que le fil ne plonge pas dans l’eau mais monte vers le ciel. Je viens de pêcher un gabian.
Quand même ça tire pas mal, je règle le frein et je pompe en moulinant, la bestiole n’ a pas l’air d’accord pour venir à bord et le fait savoir, et il faut un peu de temps pour l’amener assez près du bateau, l’emmailloter dans le salabre et la coincer sur la plate-forme. Et là, ça devient du travail d’homme. J’ai mis les gants, heureusement épais, et j’essaie de récupérer mon Rapala dont un des triples est pris dans le bec et l’autre à la base du cou. Mes lointains cours de secourisme ne m’aident pas beaucoup sur ce coup là, il y a du sang partout, la mouette réputée rieuse gueule tout ce qu’elle peut , essaie de me couper les doigts avec son bec, et ses copines se rameutent au dessus du bateau en cerclant et en faisant un bazar de tous les diables. Même derrière les chaluts, il n’y en a pas autant. J’arrive grâce à la pince fine du Leatherman à dégager l’hameçon du bec, mais j’ai du mal avec celui du cou. Je ne veux pas la massacrer, pauvre bête, et il finit quand même par venir avec quelques plumes et un petit morceau de chair. Une giclée de rhum arrangé sur la plaie ( 65°, ça doit désinfecter, non ? ) et on retourne le salabre pour libérer l’oiseau. Et là, elle s’envole en virant court au dessus du cockpit, et au passage en profite pour larguer une fiente géante sur la capote dont mon t-shirt profite aussi.

Du coup, il m’est revenu en mémoire un vieux proverbe de chez nous : faï de ben a Bertrand, te lo rendrà en cagant !!!

13 juin 202013 juin 2020

J'ai bien ri, merci !
"...ça devient du travail d'homme" : on dirait du Audiard dit par Lino Ventura (je viens de regarder "La gifle" !

C'était quand cette pêche miraculeuse ? Histoire de dire CMA encore une fois ?
Ah pardon j'avais pas vu... 2015, c'est pas si vieux, tu es bon pêcheur alors !

19 juin 2020

Rhum arrangé à 65 degrés? Tant que ça?

20 juin 2020

Importation directe de copains antillais... en bouteille anonyme.

23 juin 2020

J'en avais fait une dégustation mémorable à la réunion; il y avait tous les parfums, au moins une vingtaine de bouteilles sur la table.
Je ne sais plus combien j'en ai goûtées...
Trop! beaucoup trop...

13 juin 202013 juin 2020

Merci Flora,
Allez, complétement hors sujet dans "Nos/Vos histoires de mer (4)".

Bien amicalement
Fred

14 juin 202014 juin 2020

Et sa version maritime

14 juin 2020
15 juin 2020

Du plus petit caisson de catamaran jusqu'au gros Yacht, en passant par les rangement des mini croiseurs, Chaque navire possède son patté Henaff

16 juin 2020

non mais vous êtes dingues ou quoi!!!
même les chats n'en veulent pas pars chez nous!
le seul paté en boite qui a de réelles qualités gustatives, c'est le Lou Gascoun, le henaff, c'est juste un vieux souvenir déformé du temps du service militaire mais mon dieu que c'est mauvais!!!

16 juin 2020

Ah non, jamais çà à mon bord, je ne veux pas manger de cochon torturé!

Gorlann

18 juin 2020

Sur l’air d’Amsterdam par le Compagnie des Zingues :

14 juin 2020

Le pâté Hénaff, le pâté du mataf!!!

14 juin 2020

Fournisseurs officiels de la marine depuis 100 ans aujourd'hui.

14 juin 2020

@ Flora, pas si bon pêcheur que ça, simplement, chez nous, il y a encore un peu de poisson...

14 juin 2020

Chez toi, proche de la Camargue ?
Chez moi, au large de Gruissan, Port-La Nouvelle, Leucate, on dit qu'il n'y a plus rien...

14 juin 2020

Bonjour, dans ma jeunesse il y a + de 50 ans mon père tout fier nous annonce j'ai acheté un bateau,en fait un petit canot de 3m80 de long.sitôt dit on le baptise et je me charge de faire de belles lettres et N°;le week end suivant ;mettons le bateau sur le toit de la2cv et partons faire la 1ere nav; a la rame bien sur ;mais une heure de galériens avec mon frère mon père donnant le rythme bien assis a l'arrière.nous étions épuisés.conclusion il faut un moteur.sitôt dit le week end suivant un beau mercury3.9cv tout neuf équipe le canot.nous partons jusqu'au bac du sauvage sur le petit Rhône.mise a l'eau direction l'embouchure.Mon père tout fier démarre le moteur et vogue la galère. nous avions parcourus 6km environ quand le moteur s’arrête après quelques hoquets. Évidement plus d'essence le concessionnaire avait mis même pas 1l dans le réservoir.Mon père faut revenir a la rame.après quelques efforts a contre courant rébellion de équipage. Bref nous accostons dans les roseaux et mon père tout penaud arrive a débarquer avec la nourrice;mais point de chemin ni de route proche.Nous attendons son retour bien sagement.après plus de 2 h mon père revient avec la nourrice pleine et nous raconte ses malheurs;obligé de traverser des marécages dans la vase jusqu’à mi mollet piqué par des myriades de moustiques.DE plus quelque taureaux le lorgnaient.Bref il finit par arriver aux st Maries de lamer, et trouve une station service.Le retour fut tout aussi épique.Tentative de faire du stop; mais crotté jusqu’aux genoux,ce qui lui faisait de belles bottes, embaumant la vase, pas beaucoup de succès.jusque a ce q'un local le prenne en pitié et accepte de le rapprocher; re traversée des marais et retour au canot le moteur re démarre, et nous avons pu rejoindre piteusement la voiture. Ma mère au retour:elle était bien cette première sortie. marche bien le moteur??nous heu !!!!;mon père avait rapidement rejoint la SDB.pour se décrotter et se changer.et ne disait pas un mot, ce n'est que plus tard qu'il lui raconta sa mésaventure. voila comment nous avons inaugure notre première sortie en (canot a moteur )

14 juin 2020

Il y a longtemps, il y avait à la Baille des youyou pour que les jeunes mimi apprennent à se déplacer sur l'eau à la force des bras.
Il y avait entre autres, Honneur, Discipline, Valeur et Patrie.

Il fut un jour nécessaire de repeindre ces canots.
le matelot en charge dépose les lettres des patronymes dans des moques pour repose après remise en beauté.

Les couches de peinture appliquées, un autre matelot fut chargé de revisser les lettres.
Mais, il choisit, certainement par méconnaissance, l'anagramme de Patrie, soit "Pirate". Cela détonnait un peu :-)

16 juin 2020

la vraie surprise aurait été "partie"...

15 juin 2020

A propos de vie à bord :

Quand nous sommes rentré en France,nos enfants avaient passé une grande partie de leur vie à bord .
Pour notre grande fille, ce fut assez difficile. Certes, elle était allée à l'école de temps en temps en Martinique, et à La réunion, mais une grande partie de sa scolarité avait été avec le CNED.
En arrivant, elle rentrait en 4ème .
Elle ne connaissait ni les codes vestimentaires, ni les séries télé à la mode, ni les chanteurs et chanteuses pour ado. Elle devait se plier aux règles de vie en commun, elle qui avait toujours vécu une certaine liberté. Même au niveau scolaire, elle était déphasée. Très demandeuse, ayant une grande envie d'aller à l'école et d'apprendre, elle se passionnait pour les cours et les leçon alors qu'à cet âge, le caractère rebelle passe par un désintérêt ostensible de l'institution. De plus, n'ayant pas la télé à bord, elle avait énormément lu et lorsqu'elle demanda à sa prof de français une liste supplémentaire de livres à lire pendant l'année, vu que dans la première liste, elle avait déjà tout lu, la prof se demanda à quel extraterrestre elle avait affaire. Les profs bien sur s’étonnaient. D'autant que les devoirs étaient parfois surprenants. Les États unis étaient reliés à l'Europe par l'Océan Atlantique, l'Afrique à la France par la méditerranée et Berlin était une ville enclavée ou on ne pouvait se rendre (il n'y a pas la mer). Néanmoins, rapidement, elle redevint une ado normale et voulu son scooter à 14 ans.
Pour les petites, rentrant en CP ce fut plus facile. D'abord, elles étaient 2 jumelles et à 2, on n' a peur de rien . Elle invitèrent leur maîtresse à passer le WE à Mooréa (c’était un peu loin de Vannes….), allaient dans la grande cabine au bout de la coursive (la pièce au fond du couloir) et s’étonnaient de ne pas trouver de pompe dans les WC. Elles trouvaient aussi qu'on était dans un pays ou « le soleil ne chauffait pas»
Non, ce qui les étonna le plus et qu'elles nous déclarèrent un soir, en rentrant à bord après l'école, peu après les vacances de la Toussaint, d'un air vraiment sidéré :
« Vous savez quoi ?, les autres, eh bien ils habitent tous dans des maisons »

15 juin 2020

Mon fils est entré en 5e à notre retour. C'était aussi une première pour lui, on avait fait l'école avec le CNED depuis le CP... Un peu les mêmes réactions que tes filles.

Nous habitions une grande ville et il devait prendre un bus de ligne urbaine pour le collège, qui passait toutes les 5 min.

Un soir d'hiver alors qu'il aurait dû être là depuis plus d'une heure, il arrive tranquillement et me dit : y avait trop de monde à l'arrêt, j'ai laissé passer une dizaine de bus, j'aime pas être serré...

16 juin 2020

ma plus grosse frayeur en mer

au siècle dernier, je me trouvais au large de Noirmoutier, grand beau, petit vent, le bonheur, tout simplement
puis, sur les coups de midi, la lumière décline sans aucune raison, pas un nuage, aucune explication rationnelle et la lumière qui décline encore et encore jusqu'à une intensité réduite de moitié au bout d'une heure....
j'ai pensé très fort aux gaulois d'Astérix avec le ciel qui leur tombe sur la tete....

une heure plus tard, tout était redevenu normal sans comprendre....

en fin née, nous étions à port joinville et avions l'explication.
nous étions début aout 1998, jour d'une éclipse partiel de soleil dont l'annonce nous avait échappé !!!

16 juin 2020

Un peu ça, quoi ;-)

18 juin 2020

Il faut parfois réfléchir et prendre son temps :

Nous nous approchions de Darwin, la capitale des territoires du Nord australiens. Nous avions quitté Thursday Island une semaine plus tôt. Le temps était calme. La mer d'Arafura n'est pas très ventée, nous progressions généralement entre 3 et 4 nœuds sous spi, sur une mers plate, sans houle.
Nous étions dans le détroit de Dundas, entre l'ile Melville et la péninsule de Combourg. Le vent était presque nul. Nous progressions au près bon plein à 1 nœuds, voire 2 dans les risées. La faiblesse du vent faisait que le régulateur d'allures avait un peu du mal à réagir et qu'il fallait parfois remettre le bateau au cap. Nous avions dans notre Est le phare du cap Don, que nous passions peu à peu.
La nuit s'étirait lentement.
A un moment, vers minuit, je m’étais endormi derrière la barre. Je me réveille. Je ne voyais plus le phare.
Si, en levant la tête, il était là. Juste au dessus de nous. Je tourne la barre, rien, pas de réaction du bateau. Je regarde l'eau avec la torche : elle était marron de vase. Bon je me dis qu'on s'est échoué sans heurt et qu'un coup de moteur nous délivrera. Je préviens donc ma femme que je vais démarrer cette chose qui est dans le fond du bateau et qui n'a pas tourné depuis quelques temps, et je démarre.
J'embraye et miracle, nous avançons. Nous n’étions pas échoué, mais comme le vent était nul, le bateau de réagissait plus à la barre.

Pendant 2h, je barre en m'éloignant, puis, libéré suffisamment du danger, j'arrête le moteur, borde la GV plat et vais me coucher.
Au matin, le courant avait tourné pendant notre sommeil. En 6h, nous avions parcouru 15 miles en sens inverse de notre route. Il fallu repasser le détroit en fin de journée. Cette fois, je ne me fis pas prendre, quand le vent tomba, que le courant s'inversa, on se rapprocha de la côte, on mit l'ancre et on dormit tranquilles.

18 juin 202018 juin 2020

Petite histoire
Chien ou chat :

Naviguer en solitaire, ne signifie pas pour autant solitude. En fait que ce soit grâce à la radio pour les communications en ondes courtes comme je le pratique de temps à autre quand mes batteries de service sont bien chargées afin d’établir des contacts de par le monde avec des copains ou des inconnus ou lorsque je me cale sur une station de radio diffusion, je ne suis jamais seul.
Isolé, certes je le suis, sauf lorsque je descends à terre pour me ravitailler ou boire un verre avec quelques copains au hasard de mes rencontres mais être seul ne signifie pas solitude. Mes pensées me tiennent compagnie, je laisse mon esprit vagabonder en compagnie de mon âme vers des destinations inconnues en quête de belles rencontres. Et de belles rencontres, j’en fais régulièrement tout au long de mon périple.
Mais parfois j’ai le sentiment d’une présence à mon bord. L’autre soir, alors que je m’étais confortablement allongé sur la couchette bâbord, la tête bien calée et enfoncée dans l’un des gros coussins du bord, mi somnolant mi conscient j’écoutais de la musique. Un programme de chansons anglo-saxonnes des années 70 comme je les affectionne.
J’éteignais la lumière agressive du plafonnier à led et seule la flamme vacillante d’une bougie animait cette atmosphère maritime et nostalgique. De temps à autre le bateau suivait les mouvements des eaux noires de la lagune, calme en cette nuit d’aout. Une douce température m’enveloppait, reposant mon corps après les fortes chaleurs de l’après midi. J’étais bien et je me laissais aller imaginant ce que je pourrai découvrir lorsque je reprendrai la mer. Juste de temps à autre un mouvement de roulis un peu plus fort accompagnait le tempo musical qui m’entourait.
J’en étais là de mes pensées lorsque j’eu subitement le sentiment que je n’étais pas seul à bord, vous savez cette sensation que l’on ressent parfois comme une présence, un regard qui se pose sur vous, que quelqu’un vous observe. C’était ridicule, le bateau n’est pas grand et si quelqu’un avait été là, je l’aurais tout de suite remarqué en remontant à bord. J’ouvrais lentement les yeux, tout doucement comme pour ne pas déranger, comme pour ne pas faire remarquer à cette présence que je savais qu’elle était là. Etait-ce la lueur de la flamme de cette bougie que j’avais installée dans un pot de verre qui me créait cette sensation ? Je l’observais danser sans qu’elle ne s’en aperçoive, les yeux mi clos. Son ballet était harmonieux mais désordonné un peu comme ce vieux rock qui passait à la radio. Elle semblait danser sur le même rythme.
Non ce n’était pas elle qui m’observait. Et pourtant j’étais sur que l’on me regardait. Sans un geste, sans un mouvement à mon tour je cherchais du regard qui pouvait bien être la. Sur les vaigrages au plafond juste au dessus de moi, il y avait bien cette tache que je n’avais pas encore pu totalement effacer, résidu de la combustion d’un mauvais pétrole que l’on m’avait vendu à Povoa de Varzim pour la lampe. Depuis, je la boudais refusant de l’utiliser de nouveau. Il faut dire que les dégâts provoqués par cet enfumage m’avait fait dépenser beaucoup d’énergie et de temps lors du nettoyage. Tout une après midi j’avais frotté en vain avec de l’eau savonneuse et une éponge afin de faire disparaître une quantité de suie noire sans grand succès. Il m’avait fallu le lendemain matin déposer tous les vaigrages afin de tenter de leur rendre leur couleur blanche. A la droguerie du coin, j’avais pu acheter un produit puissant que je connaissais pour avoir vu mon épouse l’utiliser en France. Cela m’évitait d’éclabousser tout le carré et nul besoin de rinçage approfondi.
Ces sacrés vaigrages que j’avais déjà du déposer il y a quelques semaines après un panne d’éclairage m’avaient donné bien du travail. Le bateau était nu mais ce fut le seul moyen de pouvoir accéder aux fils qui courraient sous les plafonds. Il avait été nécessaire de remplacer le câblage du 12 volts destiné à la lumière tant dans le carré que dans la cabine avant et dans la pièce d’eau. J’avais pourtant pris soin de demander à un électricien avant mon séjour à Noirmoutier, de refaire en quasi-totalité l’électricité du bord. Lors de mon arrivée, il avait presque tout fini. Il avait déposé à terre au pied du bateau encore dans le chantier une caisse qui contenait tous les fils sensés avoir été remplacés. Leur volume était important et cela m’avait mis en confiance quant aux travaux réalisés. Ce n’est que lors de cette panne impromptue que je m’étais rendu compte qu’en fait l’homme n’avait fait que déposer une partie de l’installation ancienne probablement déjà hors circuit. Malgré tout il avait su me prendre mon argent. Si jamais un jour je devais repasser par le port de l’Herbaudière, il aurait de mes nouvelles celui là.
Mon regard balayait ce petit volume cherchant sans trop savoir qui ou quoi pouvait bien m’observait mais sans succès. La porte de la cabine avant, pompeusement décorée d’une jolie plaque en céramique sur laquelle la figurine d’un marin en uniforme indiquait du doigt « chambre à coucher » était ouverte. La lune à peine levée ne me permettait pas, même au travers du panneau avant, fenêtre ouverte vers le ciel, de distinguer autre chose que la vague forme du lit. Etait-ce de là que l’on m’observait ? J’en doutais mais pour m’en assurer, d’un bond je me levais et en deux enjambées, j’y étais. La cabine de la pointe avant était vide, le lit juste un peu encombré de quelques vêtements qui avaient du tomber d’un équipé.
Avec précaution, en silence je les remis avec soin de manière à ce qu’ils ne retombent plus. Le cabinet de toilette était fermé, je n’avais aucune raison d’y entrer. Lentement, je me retournais afin de faire face à la cabine principale d’où je venais. Un tour d’horizon du regard, mais rien. J’étais seul à bord, à la radio passait un vieux succès commercial que j’aimais bien. Au lieu de m’allonger de nouveau sur la couchette comme tout à l’heure je décidais de m’y assoir et j’allumais une cigarette. Sa douce fumée blonde au dessus de la flamme de la bougie dessinait les ombres de fantômes improbables dansant sur le plafond. Je regardais la lampe à pétrole, accrochée au dessus me moi qui s’était mise à tournoyer.
La houle provoquée par le passage un peu trop rapide d’un taxi boat avait secoué la poupe du bateau qui s’était mis à ruer, comme un jeune cheval effrayé. Puis le calme revint. Le bateau s’était de nouveau immobilisé. Et c’est à ce moment la que je le vis. Il était là, tapi sous la table à carte et me regardait. Je ne parvenais pas à en distinguer les contours ni les formes mais ses deux yeux dans le noir me regardaient fixement, tel un félin guettant sa proie. De quel animal ou être vivant pouvait il bien s’agir. Impossible de distinguer quoi que ce soit dans la pénombre mais il était bien présent. Qui es-tu demandais- je ; que me veux tu ? Point de réponse.
Il n’avait pas l’air méchant ni agressif mais tout de même, il s’était invité tout seul, chez moi sur mon bateau sans demander la permission. Il penchait légèrement sa tête du coté droit comme pour me supplier de l’accepter. Je m’étais toujours refusé la présence d’un quelconque animal sur le bateau. Pourtant je les aime, qu’ils soient chiens ou chats j’aurais aimé une présence mais ce n’était pas la place d’un animal sur un si petit bateau ; il aurait été malheureux.
La corvée du nettoyage des poils qu’avait laissé Sam, le chien de mon amie Alice qui n’était pourtant resté qu’une petite heure avec son mari Joaquim à Povoa m’avait suffit. J’en avais retrouvé encore plus de trois mois après. Mais j’avais maintenant un compagnon.
L’idée en soit ne me déplaisait pas vraiment. Après tout, c’est lui qui m’avait choisi, je ne lui avais rien imposé. S’eu été différent si je l’avais ramené sur le bateau, peut-être aurait-il souffert du mal de mer, que sais-je de claustrophobie. Je pris donc le parti d’accepter sa présence. Il ne bougeait pas, ne faisait pas de bruit comme hypnotisé par les lieux. Je me levais et il cligna des yeux puis disparu. Il y avait une caisse dans laquelle je conservais précieusement des pièces détachées pour le bateau et divers matériels. Certainement voulait il jouer et s’était –il caché derrière. Je décidais de le laisser tranquille, il me fallait avant toute chose l’apprivoiser, surtout ne pas l’effrayer.
Je me rassis donc et allumais une autre cigarette. Le rythme de la musique à la radio était plus langoureux. Je m’allongeais donc de nouveau comme tout à l’heure sur la couchette. Ma tête était du coté de la demi cloison qui sépare le carré du coin cuisine. Décidément ces coussins sont bien agréables. Et dire que ‘avais failli ne pas les emporter, jugeant qu’ils étaient trop volumineux. C’est chouette tout de même un peu de confort sur un petit voilier de voyage et surtout c’est rare. Je tournais la tête pour tenter de l’apercevoir. Il était là de nouveau, sorti de sa cachette ses deux yeux lumineux me fixant de nouveau. Je devais le laisser tranquille, ne pas le brusquer, peut-être viendrait il de lui-même jusqu’à moi pour une caresse.
De longues minutes s’écoulèrent encore. J’écoutais la musique tout en me demandant à quoi il pouvait bien ressembler. Vu la forme de ses pupilles un peu en amendes, je pensais à un jeune chat.
La nuit s’avançait, ma cigarette était finie. Le moment était venu d’aller dormir d’autant que le programme à la radio avait fait place à des morceaux dont mon oreille supportait mal les percussions électroniques marquées et répétitives. Je me levais pour l’éteindre et rallumais l’éclairage du plafonnier. La bougie était morte enfin presque pas tout à fait. Je m’approchais de la bête doucement avec précaution afin de ne pas lui faire peur. J’allais enfin pouvoir l’identifier bien que je ne la voyais plus. J’allumais un seconde éclairage, celui justement qui se situe au dessus de la table à carte mais oh surprise, point d’animal. En prêtant attention je me rendis compte qu’en fait, il ne pouvait pas s’être caché, le passage entre ma caisse de pièces et la cloison de la descente d’escalier menant au cockpit étant trop étroit pour que même un chat puisse s’y faufiler. A l’emplacement présumé ou pour la première fois j’avais vu ses deux petits yeux se trouvait une pochette en plastique contenant mes câbles à batterie. Il n’avait pas pu se tenir là. Avais-je rêvé ? Nul animal à mon bord, pas de compagnon. J’étais rassuré mais un peu déçu tout de même. Pourtant j’avais bien vu des yeux dans le noir. Je remis donc l’éclairage dans sa position initiale. De la ou je me tenais je pouvais voir à nouveau ces deux petits yeux dans le noir. En fait ce n’était simplement que e reflet de la flamme de ma bougie sur le sac en plastique transparent qui contenait les câbles à batterie. Je les rangerai autrement demain, j’ai sommeil, il est temps d’aller dormir, demain j’ai du travail au jardin.

© Etats d’âme
Extrait de mon roman Etats d’âme

Si cette petite histoire vous a amusé vous pouvez découvrir l'ensemble de ma publication en cliquant sur le lien ci-dessus

18 juin 2020

Merci pour ce récit très sympathique !
;-)

En tous cas, très plaisant à lire, tu as un réel talent.

18 juin 2020

Merci, ce fut un plaisir !

19 juin 2020

Sympa, ton histoire. et ça m'a fait découvrir ton FB.

19 juin 2020

Merci, il y en a plein a découvrir entre récit, rêves et pensées sur Etats d’âme. Pour la page principale, je raconte toutes mes aventures depuis que j'ai ce bateau. Merci pour ta visite et bravo aussi pour ton "parcours" !

20 juin 2020

Les choses qu'on se s'explique pas.
On finissait une traversée modeste certes, entre Reggio de Calabre et Zante coté Ionien de la Grèce. Comme on s'etait fait refouler un première fois à cause d'un petit f8 dans la face en Sud Adriatique, et fait demi tour, à notre re -depart nous n'avions plus un brin de gas oil et la traversée dura 5 jours de cagnard et thermiques et quatre nuit..
Nous étions 3 à bord, ma future dame, mon meilleur ami qui sortait d'un an demi d'hosto, miraculé apres un crash en bécane et mézigue.
Voila l'histoire.
En arrivant sur Zante à environ 15 milles dans le sud, estime oblige, je pars me coucher, laissant mes lascars en veille.
Je me couche, mmm, et m'endors avec à la clé un rêve dans lequel tout se met à bouger une espèce de secousse générale.
A mon reveil, ma doudou me dit : -tu as senti ?
- senti quoi, ça crame?
- non la vibration , on eu une onde tres forte qui a fait trembler le bateau du bas de la quille jusqu'a la tête de mat (en bois).
- a put... c'était ça !?!
Et je lui raconte mon rêve, qui en fait n'en n'était que la moitié d'un.
Cela a tenu nos conversations jusqu'a l'arrivée au port à Zakinthos, ou on s'est mis une cartouche avec moussaka en appui, pour nous remettre de nos émotions.
Jamais nous n'avons su ce qui c'était passé. Sous marin, mini séisme, tous les fantasmes y sont passés, sans reponse. Seule certitude, nous étions 3, et n'avons pas rêvé.

21 juin 202021 juin 2020

Bonjour,
Tiens, une autre sur le thème "il faut parfois réfléchir et prendre son temps".
Je venais d’acheter le bateau, et après quelques semaines de nettoyage, révisions, modifications et améliorations diverses, il quitte enfin la ZT de la Grande Motte et retrouve son élément. Je décide illico d’aller passer le week-end au Cap d’Agde, petite nav d’une trentaine de nautiques histoire de voir si tout va bien avant d’aller plus loin.
Météo parfaite, on approvisionne, et on y va. C’est de la navigation côtière, on suit la courbe du Golfe du Lion vers l’ouest, brise marine légère, on commence vent travers, le vent refuse doucement en suivant le soleil au fur et à mesure que le temps passe, puis, la côte s’infléchissant vers le Sud, nous nous retrouvons au près devant Sète, alors que nous venons de finir le repas de midi.
Il fait une chaleur à crever, et la brise déjà pas très vaillante faiblit jusqu’à disparaître. On envoie la risée Yanmar sur une mer d’huile.
D’un côté, ça m’arrange, parce qu’il va falloir éviter le parc conchylicole qui se déploie de Sète au Cap, ce qui m’aurait contraint à tirer des bords courts entre le parc et la côte, et la position des bancs de sable étant aléatoire, c’est toujours un peu stressant quand on approche du bord .
Là, au moteur, je vais contourner le parc par le large, et quand je verrai la cardinale Sud, virer sur la nouvelle route Ouest Nord-Ouest vers l’entrée du port de Cap d’Agde.
Il est long, ce parc, on n‘en voit jamais la fin… et la brume se lève. Je note ma position, mon cap, ma vitesse, et je calcule qu’il me faudra encore trois quarts d’heure avant de virer la cardinale Sud.
La brume s’épaissit, ça devient du brouillard, la visibilité est nulle au-delà de 50m devant le bateau. Je ralentis, je sors la corne de brume, et je surveille le GPS que m’a généreusement laissé l’ancien propriétaire, un vieux MLR Valsat 02L. Je note la position de la cardinale Sud dans le livre des feux, et je surveille l’écran du GPS en attendant que ma position côtoie celle de la cardinale.
Je prends un peu de marge, et je cherche dans les waypoints enregistrés dans le GPS le port du Cap d’Agde.
Il y est.
Super, suffit plus que de suivre les indications du GPS, on est sur des rails.
Quand même, après un moment, je vois que le fond remonte, et le sondeur me donne une profondeur bizarre, du moins pas logique, je ne devrais pas naviguer sur moins de 17m, et là, j’en ai à peine 10… et ça continue à remonter. C’est quoi, ça ?
Par rapport au GPS, je suis pil-poil sur la route, mais ça ne me plaît pas.
Moteur à 800 tours, je sors les jumelles et je vois le rocher apparaître à une cinquantaine de mètres sur l’avant. Je reconnais la Conque, une petite crique où nous allons faire des oursins en hiver.
Là, le paysage se recale, je sais où je suis. Je reprends un peu de large, la brume s’éclaircit et on commence à mieux voir ce qui nous entoure. La marque verte est devant moi, un petit coup de barre à bâbord pour la saluer et l’entrée du port se profile dans le brouillard évanescent.
Une fois amarrés, l’apéro servi, je me mets sur le GPS pour essayer de comprendre quel a été le problème. Et après moult grattages de crâne, j’ai trouvé…
L’ancien propriétaire avait rentré la position des ports à partir du Bloc Marine. Simplement, le Bloc Marine indique les coordonnées géographiques des capitaineries, et pas celles de l’entrée des ports. Ce qui est quand même une connerie phénoménale…
La capitainerie du Cap d’Agde à cette époque était située à ½ nautique de l’entrée du port au bout du chenal, pratiquement sur les quais de la station. Sur mon vecteur de route d'atterrissage, le GPS me faisait traverser la langue de terre qui sépare la mer et le port.
Si j’avais fait confiance au GPS sans critiquer ma position avec le sondeur, je pense que mon assureur de l’époque n’aurait pas été content.
Bon, là, ça s’est bien passé.
En plus, c’est vrai que la brume sur l’eau se dissipe généralement quand on arrive à proximité de la terre, mais j’ai quand même eu quelques sueurs rétrospectives.
Quand même, le Bloc Marine dont on ne te fait pas cadeau et qui prétend être la bible de la navigation, tu te rends compte que les abrutis qui le rédigent sont infoutus d’appréhender les notions les plus basiques et t’envoient dans le mur au lieu de t’aider.
Depuis, je le boycotte, sans manquer une seule occasion d’en dire du mal. Et, entre parenthèses, il continue à donner les mêmes infos concernant les ports.
C’est assimilable à une mise en danger de la vie d’autrui, ça, non ?

21 juin 2020

À propos de la mise en danger de la vie d’autrui !
Je récupère le bateau après des travaux dans un chantier d’Arzal et part pour le remonter à St Malo. Première étape à Treac’h er Gourhed sur Houat, puis Lorient. Au départ de Lorient, le vent augmente un peu après Groix et le bateau se cale à la gîte. Ça marche bien. Je descends noter le livre de bord et je glisse dans une flaque gluante avec une odeur de gasoil qui prend à la gorge. Demi tour sur Lorient.
Au port je me rend compte que le chantier n’a pas reposé le tuyau de l’évent du réservoir de gasoil et que le réservoir s’est gentiment vidé dans les fonds à la gîte.
Le bonheur pour tout nettoyer, je raconte pas !

21 juin 202021 juin 2020

48 heures en Irlande.

Quatre jours et autant de nuits que je fais route au nord, vers le Connemara, depuis St Malo.
Les conditions jusqu’aux îles Blasket ont été excellentes, mais le vent monte graduellement de Nord Ouest pendant la nuit, au fur et à mesure que je me rapproche des îles d’Aran.

J’ai 28 ans, et je viens de m’acheter un joli plan Harlé de 8m60 en contreplaqué. Ce Sauvignon Aubin, un des derniers de la série, est en superbe état structurel, mais le gréement et l’électricité sont d’origine. Mes petits moyens et une bonne dose d’insouciance m’ont amené à laisser les choses en l’état.

Au matin du cinquième jour, à l’ouvert de la grande baie de Galway, les conditions deviennent difficiles et les petits pépins commencent. D’abord le winch tribord de génois, très sollicité depuis 48 heures, dont les cliquets cassent. Puis c’est au tour des rivets du vit de mulet de se faire la male, lorsque je prends le deuxième riz.
Jusque là, rien de grave. Un renvoi de l’écoute sur le winch au vent d’une part, et un brélage à la ligne à thon autour du mat de l’autre.

Plus problématique est l’absence de charge de l’alternateur lorsque je lance le moteur pour redonner un coup de charge aux batteries après la nuit, feux allumés. Je n’ai aucun autre moyen de recharge à bord. Ce n’est pas préoccupant puisque le bateau marche au régulateur d’allure, et que je suis à quelques heures de ma destination. Les îles d’Aran.

Je décide néanmoins d’abattre vers Galway, pour réparer dans de bonnes conditions. Après quelques heures d’attente a couple de bateaux de pêche dans l’avant port, je suis autorisé à rentrer dans le bassin à flot, dont je constate qu’il n’est absolument pas adapté à la plaisance. Des eaux glauques où flottent de nombreux détritus, et un unique pan de quai laissé libre par des navires d’assez gros tonnage, où on me prie de stationner.

Alors que je manœuvre au moteur pour me présenter au quai, un choc sourd sous la voute fait caler le Diesel. J’ai manifestement pris un truc dur dans l’hélice. Le bateau se pose sur son aire au quai, mais je commence à me dire que la facture va s’alourdir et que si les emmerdes s’accumulent à se rythme, le bateau aura coulé avant le terme de mes deux mois de navigation irlandaise !

Cliquets, rivets et pont de diodes défectueux sont remplacés en une journée de travail bien remplie. La soirée et la nuit qui suivent resteront gravées dans ma mémoire. Je suis arrivé un samedi soir à Galway, en début d’été. Je suis jeune, joli garçon et je cause assez bien l’anglais. Les jeunes irlandaises ne sont ni rousses ni farouches, contrairement à la légende !

Reste à voir l’état de l’hélice avant de repartir, mais plonger dans l’eau noire et mazouteuse du port ne m’emballe pas. Un marin m’indique que je pourrai poser mon bateau tranquille le long d’un quai pas loin, au sud de la baie de Galway, dans un petit port appelé Kinvara. Le moteur tourne avec une vibration anormale, qui semble indiquer une pale de l’hélice cassée ou tordue. A 1300 tours, je me déhale sans soucis au ralenti jusqu’à la sortie de l’écluse et je mets à la voile plein Sud.

L’été quitte Galway en même temps que moi, et j’arrive sous la flotte à Kinvara. Ne connaissant pas les lieux, je fais comme d’habitude. Je mouille à l’extérieur, et je vais faire un tour en Kayak de mer pour repérer le quai et l’échouage potentiel. Alors que je débarque, un type costaud à l’épaisse barbe rousse me tend la main et me demande si je suis le fou qui navigue seul jusqu’ici sur un si petit voilier.

Mon premier réflexe est une franche rigolade. Ce type est une caricature. Ma petite main de fonctionnaire délicat enserre tout juste deux de ses doigts. Il pleut des cordes et l’eau ruisselle sur le gros pull en laine et la barbe de ce pêcheur, sans qu’il s’en rende compte.
« Tu veux te mettre au quai ? » me dit-il dans un français étonnement impeccable, mais marqué d’un accent à couper au couteau. « Attends, ça pose problème, faut qu’on demande au gars qui est là ».

Le deuxième vaut le premier. Il est en chemise à carreaux, ouverte jusqu’au ventre, et à en croire la couleur écarlate de ses joues, il a trop chaud, sous la flotte froide de la dépression atlantique qui se pointe.
Sans me donner de raison, il se montre très réservé sur mon accès au quai alors que celui-ci est apparemment libre. A ce moment, je suis très emmerdé, et propose de ne rester que pour la nuit, juste le temps de détordre ou remplacer mon hélice (j’ai une bec de canard en réserve). Je l’assure que j’aurai disparu au matin, même si bidouiller de nuit allongé dans la vase ne m’emballe pas plus que ça.

Le temps que j’exprime ma requête, le type se décompose. L’expression de son visage est édifiante : « Ah, je suis vraiment désolé, je pensais que tu voulais rester au quai pour l’hiver ! C’est que la dernière fois qu’un voilier français est venu, il est resté six mois, et ça a posé problème pour l’hivernage des bateaux de pêche »
Il est tellement gêné de s’être montré aussi peu accueillant avec moi, qu’il est hors de question que je retourne à bord avant d’avoir vidé quelques pintes au Pub avec lui !

C’est le pas peu assuré que j’en sors à l’heure du dîné, et j’accepte sans rechigner l’invitation à manger dans le cotre sardinier du pêcheur qui m’a accueilli. C’est un bateau historique écossais, de la fin du 19ème siècle, faisant une dizaine de mètres au pont. La cale est maintenant aménagée en un carré de bancs de bois plein, autour d’un gros poêle à charbon en fonte. Les bordés apparents passés au brai noir, comme tout l’extérieur du cotre, donnent un aspect brut et authentique à cet aménagement rustique.

Le gars s’exprime toujours aussi bien en français, ne cherchant que rarement ses mots. Sa parfaite connaissance de la Bretagne nord finit par m’intriguer et je lui pose la question de la raison d’une si parfaite maitrise.
« J’étais breton, mon gars ! Mais j’ai fait une grosse connerie en 1969, et je suis parti là où on ne me retrouverait pas »
« Ca fait 30 ans que je suis là. J’ai acquis la nationalité irlandaise. Il y a prescription, mais j’ai fait ma vie avec une fille d’ici et j’y suis bien »

C’est donc après deux nuits sans sommeil ou presque, pour des raisons très différentes, que j’ai détordu ma pale d’hélice et continué ma route vers le Donegal !

22 juin 2020

Belle histoire d amour et d amitié !

25 juin 2020

Super belle histoire, merci beaucoup !

22 juin 2020

Pour rester en Irlande, après cette belle histoire. Et puis pour faire écho au fil sur les mouillages scabreux :

J'avais quitté Inishbofin, dans le Connémara le matin même, sur mon petit Shellfish. Objectif Roundstone, à l'Est de Slyne Head.. La météo était assez clémente, après un fort coup de vent encaissé au mouillage à Inishbofin. Nous étions en traîne et le Nord Ouest était assez puissant, La houle d'Ouest prise en travers nous faisait pas mal rouler.
La journée se passe bien dans un vent faiblissant de plus en plus. En milieu d'après midi, j’étais encore à une dizaine de miles de Roundstone quand le vent disparut complètement. Puis vint la brume.
Malgré une estime précise, dans un lieu aux forts courants, sans visibilité (c’était avant le temps des Sat Navs et autres GPS), l'entrée de Rounstone avec ses nombreux cailloux me sembla compromise.
Je n'avais pas de moteur sur mon voilier et étant encore bien positionné, j'allais à la rame jusqu'à un haut fond (shark patches), avec une vingtaine de mètres d'eau qui me permettait de mouiller.
J’étais en pleine mer, pas protégé du tout, mais le temps était calme et comme j'avais de la place je mis mes 70m de chaîne, avec derrière 100 m de câblot.
A la météo du soir, avis de coup de vent pour la fin de nuit. J’étais dans la brume, impossible de bouger. Vers 20h, les premières bouffées de Sud arrivent. A minuit, 30 nœuds de SW …
Le coup de vent a duré 30 heures, j'avais la côte à quelques miles derrière, le bateau bougeait comme au près, les vagues passaient parfois sur le pont, mais tout a tenu.

2 Jours après, j’étais quand même content de rentrer à Roundstone.

22 juin 2020

Je suis paresseux celle là est déjà écrite !

association-first30.org[...]le-wing

22 juin 2020

Désolé pour ceux qui l ont déjà lu ...🤓😬

23 juin 2020

Fantastique les histoires d Ed 850, vite un livre 📚 !

23 juin 202023 juin 2020

A la demande enthousiaste et unanime de... JeanLW, je vais compléter l'histoire précédente !

C'est un épisode cocasse, qui s'est produit à mon arrivée à Galway, après 5 jours de mer. Je ne l'ai pas relaté dans le texte précédent, car javais peur qu'il devienne trop long, et que cette série d’événements et de rencontres sur une durée si courte paraisse peu réaliste, alors qu'elle est bien réelle.

J'arrive donc à Galway (voir texte précédent) avec plein d'idées en tête et quelques réparations à effectuer.
C’est mon troisième voyage à la voile en Irlande et le deuxième en solitaire. J’aime l’Irlande, que je connais depuis l’enfance. D’abord découverte à la voile lorsque j’avais 10 ans à bord du voilier familial, j’ai ensuite passé deux étés chez un correspondant irlandais, quand j’étais adolescent.

Nous avions passé plusieurs semaines avec Andrew, originaire de Dublin, à parcourir à vélo les petites routes côtières du Connemara, entre bras de mer, collines de tourbe, plages face à l’océan Atlantique et grisaille persistante !

J’ai aujourd’hui d’autres ambitions que celles de mes découvertes adolescentes. Écumer les mouillages les plus secrets de cette côte découpée, et rencontrer l’irlandaise de mes rêves ! Celle que j’imagine les joues fraîches et tachetées, avec des cheveux de feu tombant sur les hanches.

A mon arrivée dans le bassin à flot de Galway, malgré les soucis techniques de la fin de nuit précédente et l'arrêt brutal du moteur diesel suite à un choc sur l'hélice quelques instants avant d'atteindre le quai, la première des nécessités est de prendre une douche chaude en ville. Je chope un change propre et une serviette, grimpe dans le cockpit et m'apprête à les enfourner dans un sac à dos, lorsqu’une voix m’interpelle. C’est une jeune irlandaise, qui se tient au bord du quai, juste au dessus du cockpit. Celle de mes rêves. Je n’ai jamais vu de cheveux plus roux que les siens ! Mieux, elle s’adresse à moi en français et me propose de la suivre chez elle, à deux pas du port, pour prendre ma douche :
« Puisque tu as pris une serviette et que tu es si pressé, c’est que tu dois en avoir grand besoin », me dit-elle !
« Et je te ferais à manger, pendant ce temps si tu as faim."

Oubliés, les soucis techniques ! Ma tête bouillonne. C’est bien la première fois qu’une femme si désirable m’aborde de la sorte. Nous traversons la rue en causant :
"Je t'ai repéré depuis la fenêtre de mon appartement, lorsque tu entrais dans le bassin, et je suis descendu faire ta connaissance"
« Un breton arrivant jusqu’ici à la voile, seul, j’avais trop envie de savoir ! »
Elle a reconnu le pavillon que mon bateau arbore dans les barres de flèches.

Dans l’escalier qui mène à son appartement, j’imagine un été bien différent de celui que j’avais prévu !
Quitterais-je Galway pour la navigation envisagée, ou vais-je rester ici avec elle tout l’été ?
J’ai la réponse quelques instants plus tard, quand la porte de l’appartement s’ouvre, alors que nous atteignons le pallier :
« Mon mari » me dit-elle.
Je prends ma première douche irlandaise. Elle est froide !

L’homme est beaucoup plus âgé que son épouse. Un crane d’œuf de la cinquantaine au teint olivâtre, qui me montre le chemin de la salle de bain, sans même que nous-nous soyons présentés. Sans doute ne souhaitait-il pas ma présence ? Quand j’en sors, le thé est servi au salon, et nous engageons la conversation. Je n’étais pas au bout de mes surprises...

L’irlandaise de mes rêves est en fait bretonne, native des cotes d’Armor, comme moi ! Elle a fini ses études universitaires à Galway et s’y est mariée à un professeur d’université.
Et le professeur en question s’intéresse de plus en plus près à moi, au fur et à mesure que nous faisons connaissance. A tel point qu’enthousiaste, il me propose un poste de prof de physique à l’université de Galway !
« On passe voir le doyen de l’université demain et je t'assure que tu commences lundi. On manque de profs. Ton profil est parfait »

Je n'ai pas trouvé d'épouse irlandaise cet été là, mais j’avoue avoir été très tenté par le poste proposé, et y penser encore 25 ans plus tard !

23 juin 202023 juin 2020

J'espère que depuis, tu as trouvé l'irlandaise/bretonne de tes rêves? Ou une martiniquaise? En tout cas, c'est une chouette histoire.

23 juin 202023 juin 2020

J'ai trouvé, après plusieurs années de tribulations nautiques... à l'autre bout du monde, sur une autre île, aussi rouge que l'Irlande est verte !

Et mon amoureuse, depuis maintenant 17 ans, n'a pas de long cheveux de feu ni de joues blanches et tachetées, mais de longs cheveux couleur ébène, et la peau aussi noire qu'un cul de casserole sur un feu mal réglé !

Et je t'assure que pour ce qui est de mettre le feu au bonhomme, fût-il marin endurcit, j'ai vite compris que la couleur n'y faisait rien !
L'équipage couleur caramel est maintenant là pour confirmer mes dires ! Lol

23 juin 2020

Super tes récits autant sur le fond que sur la forme.

23 juin 2020

Concernant les boulots refusés en navigation :

Quand nous sommes repassé à Atuona, aux Marquises, nous avions travaillé dur à La Réunion puis en Martinique pour nous acheter Farquhar, notre Evasion 37 et mettre de coté de quoi vivre tranquille 3 ans.
Nous étions depuis à peine une semaine à Atuona quand, depuis le quai, quelqu'un nous appelat. C’était une sœur, en fait, elles étaient 3. En jeune homme bien élevé, je répondis à leur demande, descendit dans l'annexe et ramais jusqu'au quai.
Elles étaient charmantes et voulaient nous entretenir, ma femme et moi, d'une affaire importante.
Elle vinrent donc à bord et nous expliquèrent leur problème.
Le collège, d'Atuona, bien que géré par l’évêché, était reconnu, et donc, les professeurs étaient payés par l’état français à hauteur de paye française fois 2 et malgré cela, les postulants étaient rares. Ayant appris que nous venions de l’éducation Nationale (par quelle voie, je ne sais pas…), elles venaient nous proposer 2 postes, un poste de prof de Français, pour ma femme, un poste de prof de sports pour moi.

La proposition était alléchante. Nous faisions pendant au moins 1 an une paye de prof français x 4, avec nos enfants scolarisés, pas de place de port à payer et les seules dépenses possibles étaient le plein de riz-nouilles-patates une fois par mois lors de la venue du Taporo, la goélette de ravitaillement.
On aurait eu de quoi vivre tranquille pendant des années.
Ma femme n'a pas voulu. Son argument : on n'est parti que depuis 6 mois, on a bien assez pour être tranquilles encore 2 ou 3 ans, profitons maintenant… Et j'ai envie de voir les îles sous le vent.
On déclina l'offre, mais cette équivalence de 120K€ me feraient bien plaisir aujourd'hui.

23 juin 2020

1993 retour de Mayotte via la Mer Rouge. On longe la côte de l'Erythree qui sort de guerre. On est parmi les tous premiers plaisanciers à obtenir un visa. Vent fort de secteur Sud, on décide de s'abriter dans une baie protégée de la mer, pas du vent mais c'est bien pour se reposer ce que l'on fait aussitôt.
Tout d'un coup dans ce coin très isolé on entend du bruit. Je sors aussitôt et je vois arriver 3 grandes pirogues avec une douzaine de rameurs sur chacune: leur destination, le bateau. Le pays sort de 10 ans de guerre, j'ai la trouille, ils sont à 30 mètres, rien à faire. Les 3 pirogues s'accrochent à l'arrière du bateau, plusieurs piroguiers semblent vouloir monter. Dans le coin faut monter son autorité m'a t on dit..Je monte debout sur le siège barreur, je me désigne fortement en disant "captain" puis je désigne 3 personnes en tête de pirogue. Elles montent seules. Tout d'un coup l'un des trois plongent sa main sous sa tunique, là je suis pas rassuré du tout. Et il me sort... une bougie de hors bord ! Ouf..
Une B7hs le standard des yamaha enduro de l'océan indien.
J'en ai 2 à bord, je les récupère et je lui donne. Il se retourne, les montre aux pirogues, hurlements de joie, tout est bien. Fête le soir.
On comprendra que depuis très longtemps ils ne peuvent plus utiliser leur barque Yamaha pour aller pêcher au large à cause des bougies en panne. Ces bougies c'était l'assurance pour ce village très isolé de se nourrir mieux car leurs pirogues ne pouvaient pas aller aussi loin de leur côté.
Souvenir encore bien présent...

24 juin 2020

Magnifique histoire à mettre en tête de heo pendant au moins une semaine!

24 juin 202024 juin 2020

Oui en effet. Personnellement je fêterais cette aventure chaque année avec des bougies sur le gâteau...

24 juin 202024 juin 2020

J'en tente une autre...

Les oreilles d’or

Nous n’aurions jamais du atteindre les cotes du Kerry sur une telle périssoire. Je suis certain que ma mère, qui assistait au premier échouage sur béquilles du bateau à St Briac, aurait préféré que la coque crève vraiment, plutôt que de seulement s’affaisser autour de la quille, en soulevant les planchers de 5 cm.
Au moins, Etienne et moi n’aurions pas tenté cette traversée suicidaire à ses yeux, vers l’Irlande.

Je ne l’avais pas payé cher, ce Start 7 Mallard, trouvé au hasard d’une balade à Perros Guirec, et expertisé en 2 minutes. J’avais la hauteur sous barreaux sous le capot. C’était suffisant !
Les 18 000 francs du prêt étudiant, négociés auprès d’un conseillé bancaire voileux et complice, couvraient pile le prix demandé par le propriétaire.

L’oubli du varanguage sur ce joli et évolutif plan Harlé, était sans doute du à une situation financière difficile du chantier Mallard, après son redressement Judiciaire. Start : pour un nouveau départ, qui fût en réalité le prélude à la fermeture définitive du chantier naval.
Ainsi, sur ce bateau de plus de 20 ans, la quille était-elle devenue pendulaire, et les fonds complètement délaminés laissaient suinter l’eau derrière l’appendice en fonte, retenu par des gougeons rouillés.

Il n’y a pire aveugle que celui qui ne veut point voir, et en cas de pépin, le radeau de survie pourvoirait. Nous ne serions jamais si loin des cotes, finalement. C’est en tenant ce raisonnement simple et plus limpide que l’eau trouble que j’épongeais dans les fonds tous les jours, que nous avons quitté Saint Malo début juillet 1994. Etienne et moi venions de finir nos études universitaires.

Nous avons pu rejoindre Kinsale en trois jours sous spi, de façon inespérée, à la faveur d’un étonnant vent de Suet persistant de force 3. Je ne retrouverai jamais de telles conditions pour gagner les îles britanniques, durant les 20 ans qui suivent…
Plus scabreuse fût la redescente vers les îles Scilly, un mois plus tard.

Les deux météos prises à la BLU la veille du départ de Kinsale, prevoient un flux perturbé d’ouest pour une semaine dans le canal Saint Georges. A la différence que la météo française annonce un vent de Sud Ouest de force 5 à 6 pour les prochaines 24 heures, quand la météo anglaise donne force 6 à 7, de Sud.
Sud Ouest nous place bon plein-travers, alors que Sud nous met au près serré, dans des conditions intenables sur une distance de 140 milles.
Avec le recul et l’expérience, je ne mettrai pas ma main à couper, sur ma bonne interprétation de la météo française. Ce soir là, elle me parait plus fiable et surtout plus opportune que celle de la perfide Albion !

Les premières 12 heures se passent comme prévu par météo France, et me confortent dans ma décision de départ. Les choses se gâtent à la tombée de la nuit. Le vent refuse et grimpe d’un beaufort, puis de deux. Un comportement rationnel élémentaire aurait voulu qu’en raison de l’importante distance qui nous reste à parcourir jusqu’aux îles Silly et de l’état structurel du bateau, nous fassions demi-tour vers les cotes d’Irlande.

Pensez donc ! Nous persistons, au près serré tribord amure, sous foc n° 1 et deux ris dans la grand voile. Le bateau est terriblement secoué, mais progresse bien. La nuit est noire, mais il ne pleut pas. Une seule lumière est visible sur l’eau à l’horizon, sur notre arrière. Sans doute s’agit-il des projecteurs de pont d’un pêcheur en train de chaluter, faisant route opposée au moment ou je le regarde aux jumelles, car son relèvement ne varie pas et je ne peux distinguer ses feux de route.

C’est sur ce constat que je laisse la barre à Etienne et vais prendre mon quart de repos dans le carré, allongé à même le plancher, en bottes et veste de quart. Les couchettes sont infréquentables. Ça bouge trop.
Mon repos est de courte durée. C’est peu dire. Les éléments du plancher se disjoignent tellement la coque se déforme. Je soulève le panneau central et plonge la main dans l’amorce creuse de la quille. Il y a de l’eau mais surtout, les écrous de quille bougent et se soulèvent du fond de l’amorce, alternativement à tribord puis à bâbord, à chaque choc du bateau dans les vagues.
Je referme le panneau et décide de ne pas en informer Etienne, qui m’a fait part plusieurs fois de son inquiétude face à notre situation. Pas la peine d’en rajouter.

Alors que je me cale un gilet de sauvetage sous la tête en guise d’oreiller, Etienne m’appelle, angoissé. Il veut que je j'observe à nouveau cette lumière sur l’arrière, qui lui semble grossir. Il m’emmerde.
Aux jumelles, je distingue maintenant des feux orange qui semblent clignoter. Rien d’autre sur l’eau. Pas de coque, pas d’écume sous l’étrave ou de sillage éclairé par les feux de route. Je n’ai jamais vu cela, alors j’ouvre l’almanach du marin breton. Un voilier navigant à grande vitesse, ou un sous marin. N’importe quoi.

Fataliste et fatigué, je referme l’almanach et me rallonge en demandant à Etienne de surveiller. Je n’ai pas posé la tête sur le gilet, qu’il pousse un cri de porc égorgé et gueule :
« Viens, putain, les feux sont au dessus de nous »
Et c’est le cas… Une masse rectangulaire noire se détache au vent à tribord, très proche de nous. Elle est surmontée des feux, qui culminent plus haut que notre mat. C’est un sous marin, dont nous pouvons évaluer les dimensions impressionnantes, lorsque qu’un puissant projecteur s’allume, en haut de la tourelle.

Il s’est calé à la même vitesse que nous, et le projecteur se braque vers nos voiles, en même temps qu’une voix française se fait entendre dans un porte-voix. Nous sommes complètement aveuglés en regardant vers le sous marin, mais je n’ai jamais aussi bien vu mes voiles de nuits. Nous sommes biens réglés, c’est déjà ça !
« Allumez vos feux de route »
« Avez-vous une VHF à bord ? »
Je fais non avec de grands signes de la tête et des mains. Etienne est tétanisé à la barre.
Nous n’avons ni l’un, ni l’autre.

C’est notre seul contact avec ce bâtiment, dont le projecteur s’éteint et qui, j’imagine, fait machine arrière car nous passons devant son imposante étrave émergée.
Arrivés à St Malo sans perdre notre quille, j’apprendrai qu’il s’agit d’un sous marin français de surveillance, et qu’on appelle « oreilles d’or », ces marins qui écoutent et savent reconnaître presque tous les bruits extérieurs.
Sans doute l’absence de visuel les a-t-il amenée à venir au contact pour une identification du bruit perçu.

25 juin 2020

C'est sûr que le bruit d'une quille qui ballotte devait être nouvelle empreinte acoustique à enregistrer dans la base de données des oreilles d'or des sous-marins.

25 juin 2020

Merci à tous pour ces bien belles histoires de mer !
;-)

25 juin 2020

Oui, clap, clap clap, on se régale !

25 juin 2020

Excellent !

26 juin 2020

Et on en redemande même 😉!

26 juin 202026 juin 2020

Vous l'aurez voulu !!
L'histoire est authentique, du début à la fin.

« Où qui va ? »

L’enfant regarde, pensif, les voiliers au repos dans la marina de Saint Peter sur l’île de Guernesey. Tendant la main devant lui, il peut faire tenir par la pensée, au creux de sa paume, le magnifique sloop en bois amarré le long du ponton d’en face. De ses doigts écartés, il apprécie les proportions du gréement et de la fine coque classique.
Rêveur et déjà passionné, il est un expert en culotte courte qui sait observer.

Alors, assis dans l’annexe qu’ont laissée gonflée ses parents pour qu’il puisse jouer dans le port, il élabore une stratégie pour construire son propre voilier. C’est un défi, pour un gosse de 7 ans.
Déterminé et méthodique, il grimpe dans le cockpit, saisit la gaffe, quelques garcettes et les serviettes de bain étendues dans les filières, avec lesquels il s’attelle au montage d’un gréement à l’Avon. L’annexe que ses parents avaient achetée chez le shipchandler au bout du quai quelques années plus tôt.

Bien sur, il a fallu réquisitionner toutes les pinces à linges du bord pour gréer les voiles, et quelques unes ont été emportées par le courant qui quitte le port à cette heure de la marée.
Mais c’est un bien raisonnable prix à payer, pour que le rêve devienne une réalité tangible.

Enfin, le gamin peut naviguer en tenant d’une main, la garcette qui fait office d’écoute de voile aux serviettes et de l’autre, un aviron de godille comme un safran assez convenable.
Et qu’importe, si le père a décliné la demande de détacher l’annexe, si le bassin de navigation se limite à quelques mètres. C’est une concession relative, car ce que l’adulte attentif compte en mètres, l’imaginaire de l’enfant le mesure en océans.

Quelques océans et 20 ans plus tard, la passion est intacte, mais les rêves parfois gâchés par des soucis d’adultes bien réels ! Alors, lorsque le bateau est au mouillage, je réveille l’enfant qui sommeille et la magie opère, intacte.
Je ratisse les grèves et les rochers, le nez entre les bottes, ramassant galets plats, plumes d’oiseaux, bâtons de toutes tailles et malheureusement, récipients divers en plastique ou polystyrène. Tout ce qui peut servir la construction d’un petit voilier, monocoque ou multicoque.

En juillet 2001, nous naviguons en « double-solitaires », avec mon copain Bruno. Ensemble, de la Bretagne aux îles Silly, chacun sur son bateau. Sécurité, convivialité, et tranquillité quand c’est nécessaire.
Nous crapahutons en bas des falaises de la pointe Nord de l’ile de Bryer, frappées par la houle de l’océan Atlantique. Et là, parmi de nombreux débris et bois flottés arrivés de haute mer, nous trouvons un flotteur de casier.

L’enfant se réveille ! Ce bloc de polystyrène de haute densité est de forme cylindrique, long de presque 50 centimètres. Il a été fendu en deux dans le sens de la hauteur, sans doute par la violence des vagues frappant les rochers où il s’est échoué.
J’ai entre les mains la coque d’un bateau de haute mer, moyennant quelques recoupes !

Sur le chemin du retour au bateau, je saisis une branche fraichement élaguée par des travaux de jardinage, et ramasse un gros morceau plat d’enduit en ciment, tombé d’une construction en ruine en haut du mouillage de Green Bay.
Quelques travaux de formage plus tard, j’encastre dans la coque qui vient de naitre, la quille longue en ciment, lourde de plus d’un kilogramme.

Je déraisonne, j’extravague que cette solide embarcation serait capable de traverser la mer jusqu’en France, en profitant des vents dominants de secteur Ouest.
Ainsi je monte le mat au tiers arrière et ne grée la coque que d’un foc sans recouvrement, réalisé dans un solide sac en plastique. Le bateau doit pouvoir naviguer au grand largue, uniquement tribord amure, et ne jamais remonter au vent, sinon il se perdra dans le gigantesque golf de Gascogne.
Les haubans sont constitués d'épaisse ligne de pêche tressée, et traversent la coque de part en part, pour ne pas s’arracher lors des chavirages en Manche.

Car telle est l’ambition du gamin admirant sa construction achevée. Mettre le bateau à l’eau au Sud de l’Archipel des îles Scilly, et lui faire traverser les quelques 150 milles qui les séparent de la Bretagne.
A minima, car si le bateau rate la pointe bretonne, il longera les cotes et la distance à parcourir sera beaucoup plus importante.

Je note soigneusement mon adresse et mon numéro de téléphone au marqueur noir sur le pont, espérant que le soleil ne les effacera pas, puis j’inscris en grandes lettres majuscules sur les deux bordés, la question qui à cet instant précis, me met dans un grand état d’excitation : « Où QUI VA ? »

13 juillet 2001, à 5 milles au Sud de l’île Sainte Marie, Ou QUI VA ? est mis à l’eau dans le sillage du bateau.

Bruno et moi, sur nos voiliers respectifs, faisons route vers Camaret, que nous atteignons une trentaine d’heures plus tard. Nous sommes tôt dans la saison et les vacances n’auront duré que dix jours, car Je dois bientôt prendre un avion. Un poste m’attend à Mayotte, pour 4 ans.
C’est une première et grande aventure, à la fois professionnelle et personnelle. Lâcher mon appartement, hiverner au sec mon fidèle voilier, préparer le conteneur que mon employeur met à ma disposition.
J’oublie le Où QUI VA ?. Complètement.

22 août 2001. Plage de Porsmel, presqu’île de Crozon, Finistère, France.

Une famille de vacanciers s’adonne à son plaisir favori : la pêche à pied. Ce matin là, toute la petite famille fouille avec méthode et détermination les trous d’eau lorsque soudain, c’est… LA… découverte : tapi dans le creux d’un rocher, un petit bateau. Attendrie, intriguée, la petite fille prend l’objet trouvé dans le creux de ses mains, comme on porterait un oiseau blessé. C’est le Où QUI VA ?. Recouvert d’une fine pellicule d’algues fraiches, la voile est froissée, la quille écornée. Mais le bateau est toujours en état de naviguer.

L’après midi même, le père compose le numéro de téléphone méticuleusement noté sur la coque.
J’ai un souvenir très précis de cet instant où le téléphone sonne. Je suis en train de vérifier et classer une dernière fois tous mes papiers et documents indispensables à mon déménagement. Je prends l’avion le lendemain matin.
La voix m’est inconnue. L’histoire absurde :
« Quoi ? Un bateau… sale… des algues sur la quille… quelle plage ? »
« Comment ça, qui va où ? »

Et tout d’un coup, je réalise ! Ou QUI VA ? a traversé la manche en 40 jours, pour s’échouer à quelques milles de Camaret, où Bruno et moi sommes arrivés plus d’un mois auparavant.

Comment n’a-t-il pas sombré dans le coup de vent qui a balayé l’entrée de Manche fin juillet ? Comment a-t-il pu traverser les rails des navires sans être pulvérisé par ces monstres d’acier ? Comment a-t-il pu pénétrer le dédale d’écueils tranchants de la mer d’Iroise et ses courants violents sans se faire lacérer ?
Peu importe. L’enfant vient de réaliser l’un des plus beau voyages de sa vie.

Depuis, Où QUI VA ? a inspiré des poèmes aux enfants des écoles, des dessins ont été exposés, et on a fait une belle fête. Et surtout, beaucoup d’autres bateaux ont été construits.
Mais ceci est le début d’une autre histoire !

J'aime beaucoup cette histoire de maquette qui tient son cap; On devrait beaucoup plus utiliser ces maquettes pour faire comprendre l'équilibre d'un voilier. Plutôt que de se réfugier derrière l'électronique et la mécanique, il serait bon que plus de navigants renouent avec ces fondamentaux que sont l'équilibre d'un voilier, sa manœuvre, sentir quand il va ou pas, comprendre les éléments... Je pense qu'un excès d'électronique et de mécanique nuit au sens marin.

On va polluer le fil, si on répond ici. Crée-en un autre, dans "voile" !
Mais à titre perso, je forme mes enfants comme ça, à l'équilibre et l'architecture (en plus de la pratique de la voile, naturellement). Avec des maquettes. J'ai écrit un long fil il y a un an ou deux, sur ces maquettes en polystyrène, que nous modifions à l'envie.
Partis il y a 5 ans de modèles très rustiques (dont la dernière réalisée avec un voile de quille inox et 1/3 de bouteille en guise de voile sur la première photo), nous en sommes à des modèles très performants et pointus, qui ont nécessité plusieurs motifs de quille et gréement pour arriver à un équilibre parfait.
Les régates sont acharnées...

26 juin 2020

Merci pour cette belle histoire,
Une autre, une autre !

26 juin 2020

Superbe histoire qui fait rêver
Merci

26 juin 202026 juin 2020

Que de beaux récits, on en veut d'autres :).

28 juin 202028 juin 2020

Une autre, qui date du début des années 1990.
L'album photo concernant cette navigation n'est pas accessible pour le moment. Le photos sont donc tirées du net et ne sont pas celles de mon bateau.

Faits d’armes d’un vieux Mousquetaire.

Lorsque mon ami Claude, ancien chef de bord à l’école Glénans, m’avait fait l’éloge du célèbre plan de Jean-Jacques Herbulot, il prêchait un convaincu !
Qu’il était beau, ce petit dériveur en contreplaqué à bouchains, avec sa tonture inversée très prononcée et son joli rouf classique surmonté d’une casquette arrondie en bois moulé !

J’avais déniché mon Mousquetaire dans le fond d’une vasière en Rance, proche de Saint Malo. Il serait mon premier voilier habitable, après quelques dériveurs de sport et un Hobie Cat 16.
Plus âgé que moi de presque 10 ans, c’était la première version à rouf bois, construite aux chantiers Stephan au début des années 60.

Je l’avais facilement ramené au port d’échouage du Chatelet, sur la presqu’île de Saint Jacut, à moins de 10 milles de son lieu d’acquisition. Les 300 francs annuels de taxes portuaires étaient tous juste dans les moyens d’un étudiant plus occupé à naviguer, qu’à gagner des sous en faisait des petits boulots le weekend.

L’état apparent du bateau était assez convenable, pour une construction en contre plaqué de trois décennies. Du moins, c’est ce que ma faible expérience me laissait penser. Une peinture complète, quelques aménagements intérieurs et des équipements achetés à vil prix aux puces de Saint Malo, avaient redonné à mon Mousquetaire une allure très attrayante et une parfaite manœuvrabilité à la voile.

C’est ainsi que je fais mes armes à 20 ans avec beaucoup de bonheur, le long de la cote d’Emeraude, au printemps, en augmentant progressivement mon rayon de navigation, en équipage comme en solitaire.
L’été venu, je décide de pousser l’exploration jusqu’aux îles Anglo-Normandes. Mes copains n’étant pas disponibles, je passe une annonce à la fac, et trouve une équipière aussi motivée par la découverte de la voile, qu’elle est jolie. Liza n’a jamais navigué, mais la jeune astrophysicienne à de bonnes dispositions pour l’aventure et visiblement pas froid aux yeux.

C’est avec un enthousiasme partagé que nous quittons le port du Chatelet pour plusieurs semaines de navigation en espérant atteindre Aurigny, la plus septentrionale des îles.
Nous entrons tout juste dans le sound de la maîtresse île de Chausey, le jour du départ, lorsque le petit moteur Johnson 2 temps, qui marchait très bien jusqu’alors, ne refroidit plus et serre. Nous échouons sur béquilles en haut de la grève des Blainvillais, à l’époque déserte, et je m’attelle au démontage du moteur bloqué.

Liza s’amuse de me voir désosser le hors bord en pestant, pour tenter de déboucher le circuit de refroidissement et remplacer le joint de culasse foutu.
Le nouveau joint, constitué d’un morceau de carte marine graissé, ne durera que quelques secondes, mais nous avons le temps de constater que l’eau coule à nouveau. Par ailleurs, je crois que cette première expérience a démystifié à jamais la mécanique à mes yeux.

Nous atteignons Jersey à la faveur du solide courant de jusant qui quitte le fond du golf Normand-Breton, car la brise de Nord nous oblige à tirer des bords et le petit dériveur peine, dans la mer hachée que lève le vent contre le courant.
Nous n’avons pas les moyens de payer la marina de Saint Hélier, ainsi nous échouons discrètement dans le fond du vieux port, au quai des shipchandlers et des mécaniciens.
Ca tombe bien, car le mécano du coin a le joint de culasse qu’il nous faut !

Nous pouvons repartir pour Guernesey, 25 milles plus au Nord, et malgré les conditions météo assez fraiches, tout va bien à Bord. Liza peaufine sa technique de navigation astronomique, ce qui n’est pas une mince affaire sur un voilier de 6 mètres dans le clapot. Nous longeons la cote Est de l’île et passons devant le port de Saint Peter sans y faire escale. Nous préférons pousser jusqu’au petit port d’échouage de Saint Sampson, gratuit.

Quelques jours plus tard, la situation météo qui se dégrade nous dissuade de tenter de rejoindre Aurigny, au Nord des îles Anglo-Normandes. Le vent de Sud Ouest, bien que favorable à une route Nord, lève une mer abrupte dans le Petit Russel, le bras de mer à l’Est de Guernesey, balayé de courants de marée intenses.

Nous partons donc pour la petite île de Herm, distance de seulement quelques milles. Il pleut. Notre Mousquetaire, calé au près sur son bouchain fait des bons sur les vagues. Nous avons fermé la descente pour que les embruns qui volent n’aspergent pas l’intérieur. Je suis néanmoins surpris par le bon comportement de cette coque et son équilibre naturel rendant la barre très douce, malgré les chocs impressionnants quand les fond en V très ouverts retombent dans le creux des vagues.

Mais rapidement, je sens le bateau plus lourd à la barre, ce que j’impute au vent qui atteint maintenant force 6. Nous avons un petit creux, ainsi Liza ouvre la descente pour saisir un paquet de biscuits. Et là, nous comprenons pourquoi le bateau a changé de comportement. Une partie de nos affaires et la nourriture rangée sous les couchettes se baladent dans 20 cm d’eau, entre les couchettes du carré.

Nous ignorons complètement la raison de cette voix d’eau, d’autant que le bateau ne comporte aucune vanne ni sonde qui traversent la coque. La situation n’est pas préoccupante, car nous sommes à moins de 5 milles de Saint Peter et le bateau est théoriquement insubmersible.
Nous rejoignons le grand port de Guernesey à la voile sans difficultés, mais le mousquetaire est maintenant assez enfoncé dans ses lignes. Il est probable que le vieux polystyrène d’insubmersibilité, dont une grande partie a été retirée par un ancien propriétaire pour dégager de la place dans les coffres, ne permet plus au bateau d’être incoulable. Il faut l’échouer avant qu’il ne coule ou ne soit plus manoeuvrant. Mon intension est de rejoindre au plus vite le bassin à flot qui possède une cale où nous pourrons mettre le bateau en sécurité, le long du quai de la vieille ville.

Accueillis dans l’avant port par un employé dans son petit Boston Waller motorisé d’un hors bord de 20 chevaux, nous lui expliquons notre situation, mais à notre grande surprise, nous sommes vertement recadrés :
« Nous verrons plus tard. Pour le moment, mettez vous au ponton d’attente comme tout le monde »
J’en reste sans voix. Visiblement, l’employé ne croit pas un mot de notre histoire et nous prend pour des resquilleurs français tentant, par un mensonge grossier, d’entrer dans la marina prise d’assaut tous les étés.
En effet, la pression est telle à l’entrée du bassin à flot à cette époque, il a été installé une grande barrière métallique en travers de l’entrée de la marina, comme celles qui équipent les passages à niveau de chemin de fer, pour que les plaisanciers ne forcent pas le passage, malgré l’interdiction !

Nous obéissons, et nous installons à couple d’un gros catamaran anglais, désigné par l’employé qui nous a précédés dans son embarcation. Il est urgent de vider le bateau à l'aide des deux seaux du bord. Nous argumenterons plus tard.
L’eau a largement dépassé le niveau des couchettes et continue à monter.

Alors que nous vidons frénétiquement le bateau à grands coup de seaux, le skipper du catamaran voisin, visiblement excédé par la présence d’un voilier à couple, nous engueule, puis retourne à son poste de barre mettre ses moteurs en route.
Il a bien prévu son coup, le bougre. L’échappement du moteur bâbord sort à mi hauteur du bordé, sur le coté, et non sur l’arrière, comme il est habituel de le voir. Il crache son eau et ses gaz juste au dessus de la descente et remplit le bateau tout en nous enfumant, alors que nous tentons de vider !

Trop, c’est trop. Je suis de nature pacifique, mais pas ce coup là. Je bondis sur le pont du catamaran, fonce sur le yachtman anglais, le saisis par le col et lui gueule dessus en français. Saisi de peur, il coupe ses moteurs et vient voir par-dessus les filières. Liza, de l’eau jusqu’aux genoux, trempée, continue à vider l’intérieur inondé.

Pour le coup, c’est notre voisin anglais qui se fâche, lorsque je lui explique notre situation et l’interdiction d’accéder à la cale. Il saisit le combiné de sa VHF et je vous assure que le ton péremptoire sur lequel il parle à l’officier du port n’appelle aucune contestation.
Le staff arrive au grand complet à bord en moins de deux minutes. Je reconnais le commandant du port, Trabert, qui lorsqu’il était jeune employé 20 ans plus tôt, avait sifflé un certain nombre de bouteilles de muscadet à bord du … Muscadet de mes parents. C’était une autre époque !

Arrivé au niveau du tableau arrière du Mousquetaire, il observe les plaques en teck gravées du nom du bateau et du port d’attache. Il a un moment de doute, que je dissipe immédiatement. Oui, ce sont bien les plaques que lui-même et un de ses amis charpentier de marine à Guernesey, avaient offertes à les parents autrefois, et qui ont orné le tableau arrière de tous les voiliers de la famille depuis !

Les ordres fusent et les actions s’enchainent : on m’ouvre les barrières de suite, et je suis remorqué jusqu’à la cale, au pied de la ville. La mer qui baisse lèche encore le safran lorsqu’un charpentier de marine arrive.
A genoux sous la coque, nous faisons le même constat. Le bordé de fond bâbord est déchiré du bryon d’étrave jusqu’à l’aileron de lest, le long de la pièce de quille, sur plus d’un mètre cinquante.

Je suis dépité. Il est impossible de reprendre la mer avec le bateau dans un tel état et je n’ai absolument pas les moyens de le faire réparer à Guernesey.
C’est le moment que choisit Liza, qui goûte peu le plan galère, pour ramasser ses affaires et prendre ses cliques et ses claques, m’annonçant qu’elle rentre à Saint Malo par le ferry.

J’ai un moment d’abattement, mais il est de courte durée. Le charpentier est beaucoup plus optimiste que moi, et me glisse à l’oreille que tous les matériaux nécessaires à une réparation d’urgence me permettant de rentrer en Bretagne par mes propres moyens seront pris en charge par le commandant du port.
Mieux, Trabert lui-même, revient avec un panneau de contreplaqué marine de deux mètres, des dizaines d’axes filetés inox munis d’écrous et plusieurs cartouches de mastique polyuréthane. Il m’offre la gratuité des services du port pendant le tout le temps nécessaire à la réparation et m’assure qu’il m’aidera à trouver un équipier pour reprendre la mer jusqu’en Bretagne, si j’en ai besoin !
Il me propose même l’aide du charpentier, que je décline, car l’excitation a fait place à l’abattement. J’ai ce qu’il faut à bord pour réparer : scie égoïne, rabot manuel, chignole, pistolet à mastique et clés plates.

C’est à cet instant que se présente un garçon, qui a discrètement observé la scène depuis mon arrivé à la cale. Jean-Luc a la poignée de main franche et le sourire complice. Il est également propriétaire d’un mousquetaire et chef de bord aux Glénans. Il justifie d’une solide expérience du bricolage que je crois volontiers, et me propose son aide.
A deux, nous mettrons moins de trois heures à faire une splendide et visiblement solide réparation, en boulonnant par l’extérieur la planche de 2 mètres de long et 40 cm de large autour de la fissure. La moitié des boulons est prise dans le massif de quille, alors que l’étanchéité est assurée par une grande quantité de mastique souple.

Nous terminons de nettoyer et assécher les fonds lorsque la mer remonte. L'eau ne suinte pas. Nous allons pouvoir rentrer à la voile !
Jean-Luc me propose tout naturellement son aide pour le convoyage, modifiant ainsi complètement le programme de sa navigation. Son coéquipier, également chef de bord, embarquera Liza à bord du deuxième Mousquetaire, car mon équipière est revenue le soir même, embarrassée.
Je ne lui en veux pas. Nous-nous entendions très bien jusque là. Elle a ressenti le même gros coup de stress que moi et a cru devoir quitter la galère.

Nous attendons plusieurs jours des conditions idéales pour rentrer d’une traite à Saint Malo. Le temps de profiter de superbes balades à vélo sur île et de constater que le bateau est parfaitement étanche.
Les deux Mousquetaires avalent les 55 milles sous spi, bord à bord, par une visibilité exceptionnelle, puis nous les échouons sous la tour Solidor, à l’entrée de la Rance.

Raymond Labbé, le célèbre patron du chantier du même nom, vient voir la réparation dès le lendemain et juge que nous pouvons finir la saison comme cela. Il va réparer le bateau, mais pas avant l’hiver, lorsqu’il aura un créneau de libre pour moi.

Les travaux entièrement pris en charge par une bonne assurance, j’ai récupéré mon Mousquetaire à la sortie de l’hiver, avec des bordés neufs et des varangues, là où le chantier Stephan avait omis d’en mettre. Car c’était la maladie de tous les vieux mousquetaires. Le manque de structure dans les fonds, provoquait une fatigue puis un délaminage progressif des panneaux de contre plaqué de 9 mm, au point dur que constituait la liaison entre le massif de quille et les bordés, beaucoup trop souples.

29 juin 2020

Image de la réparation, faute de photo sous la main.

29 juin 2020

Merci pour cette belle histoire !
;-)

Bonjour
Vive le mousquetaire !
J'ai eu un mousquetaire des CMN renforcé dès l'achat en 1968.
Je ne savais pas que des mousquetaires Stephan avaient un roof contre plaqué.
Je croyais que c'étaient seulement ceux des CMN également la faiblesse des fonds était plus marquée que pour ceux de chez Stephan.

J'en ai consolidé un à Aurigny, il s'était ouvert dans le raz.

29 juin 2020

Euhhh, je crois que tu as raison, Hubert !
J'ai dit une connerie. C'était bien un CMN, et non un Stephan, mieux structuré.
Mais cette histoire date d'il y a 30 ans et je n'y ai pas pris garde.
De nombreux mousquetaires se sont ouverts en deux en Manche.

ouverts en deux

est excessif !
Il s'agit en général d'une belle fente mais les bords restent face à face limitant l'entrée d'eau.

En cas de conditions sévères on met à la cape et le bateau retombe sur son bouchain beaucoup plus solide.
Cela m'est arrivé une fois en passant trop près de Goury par vent d'ouest un peu fort, sinon on aurait sauté la barre bateau à plat ...

3j

Et qu'est devenue la jolie Liza?

Je n'en ai aucune idée !
Et Liza est un prénom d'emprunt, bien sûr.

29 juin 2020

Jolie histoire également. Un régal, ce sujet...

29 juin 2020

La chute me déçoit, je m'attendais à découvrir comme nom du bon chef de bord compétent des Glénans: VdH
;-)

29 juin 202029 juin 2020

Ahaha !

Bien vu, je n'avais pas pensé à ce Jean-Luc là !
Mais si le mien lit cette petite histoire, je le salue !

J'imagine que VDH était plus occupé à courir autour du monde dans les années 90, qu'à traîner ses sandales sur un mousquetaire en Manche !

29 juin 2020

Encore une belle histoire ! Merci bcp.

Lors de notre second passage du canal de Panama, nous avons éclusé à 2 bateaux . Nous, en famille, ma femme, nos trois filles et le chien, et sur l'autre bateau une équipe de trois joyeux drilles.
Il y avait le propriétaire du bateau, un cameraman free lance et « Tonton », un mercenaire lourdement armé. Leur objectif était d'aller faire un reportage sur les pilleurs de tombes Maya au Guatémala. Ils espéraient un scoop, car aucune des équipes ayant tenté cette expérience n'en était revenue.
Tonton avait donc été engagé pour la défense du groupe .
C’était une caricature de mercenaire. 1,90 m, 100 kg de muscles, la tête dans le prolongement du cou, il aurait pu être modèle dans une école de kinés : à chaque mouvement qu'il faisait, ses muscles saillaient à la Schwarzenegger dans sa jeunesse.
Quand tu lui serrais la main, non seulement la tienne disparaissait dans la sienne, mais tes os en ressortaient indemnes par miracle. Assis à coté de toi, il ponctuait ses histoires d'un coup sur ton genou ou ton épaule qui te faisait te demander ou était l’hôpital le plus proche.
Et des histoires, il en avait plein la musette. Il avait été capitaine de bateau trafiquant sur l'Amazone, avait participé au coup d’État aux Seychelles, avait sauté sur Kinshasa, fait de la taule sous Franco en Espagne, avait connu les bordels de Manaus et livré des armes à Aden… Un homme, un vrai, quoi.
Le soir, mouillés avant la Culebra, au milieu du canal (le canal de Panama se passe en 2 jours) il me prit à part :
« Eric, avec ta femme et tes trois filles, là, c'est pas prudent comme tu navigues, faut que tu sois armé, quand même. Bon t'as ton chien, et je comprends bien que le combat n'est pas ton fort, que tu ne veux ni fusil ni revolver, mais je t'offre un Bazooka. C'est bien un bazooka, un bateau vient trop près ? Un petit coup de bazooka, et paf, il t’embête plus. »
J'ai pas pris son bazooka, mais quelque temps plus tard, entre les Perlas et l’île Coco, quand un crevettier nous a suivi d'un peu trop près pendant quelques heures, je me suis dis qu'un petit coup de bazooka « et paf »….

Pour info, le bateau des trois copains portait un joli nom pour un objet peu amène mais qui avait une certaine utilité à bord des galères : "Tapengoule". C’était une petite tablette de bois que les galériens portaient autour du cou et qu'ils devaient mordre quand on leur en donnait l'ordre afin qu'ils ne crient pas pendant qu'on les fouettait. Ceci pour ne pas déranger le repos des invités. Si quelqu'un a entendu parler de ce bateau?

Ce nom, "Tapengoule", m'intrigue. Je trouve aussi une autre explication : viendrait de "tape en gueule", protection (une tape) qu'on mettait dans la gueule des canons sur les bateaux lors des périodes ou ils ne servaient pas pour protéger l'intérieur de dégâts faits par l'air marin."Tapengoule" serait donc une période de paix, sans combats. Un historien spécialisé marine passerait-il par là?

Encore une histoire sympa !

3j

Tapengoule est probablement en langue locale ou en patois.
Cherchez, tape en bouche, galères et pas canon!

Oui, pour "tap de bouche" et "galère", on trouve les deux définitions : www.pourquois.com[...]e-.html . Pour ce bateau, c’était la première que m'avait donnée le propriétaire. Merci pour l'info.

Pour le mot "goule", il y a ça www.wiki-anjou.fr[...]p/Goule
(le forum n'accepte plus la fonction d'ajouter un lien).
Sinon, ma compagne étant vendéenne, la goule, c'est la bouche, la gueule humaine en patois vulgaire.

Une autre, pour la soirée (j'en ai quelques unes en réserve)

Le colonel K.

Madagascar, année 2002. Une crise politique majeure opposant le président sortant Didier Ratsiraka et le prétendant Marc Ravalomanana, met le pays à feu et à sang.
Dans ce contexte confus et violent, des militaires partisans des deux camps prennent les armes et lèvent des milices.
Les routes nationales sont coupées, les ponts barricadés ou détruits, les liaisons aériennes suspendues.
On déplore de nombreux morts civils et militaires, y compris parmi les hauts gradés.

C’est dans ce contexte, que j’aborde Madagascar à la voile, plusieurs fois durant l’année, depuis Mayotte.

Nous sommes trois copains voileux, en poste sur l’île française des Comores. Nos contacts dans le Nord de l'île rouge, nous assurent du relatif calme sur la petite île de Nosy be, et de l’absence de violences anti-françaises de façon générale.
Il y a bien un lieutenant-colonel sanguinaire qui, à la tête d’une milice fortement armée, commet exactions sanglantes dans le Nord de Madagascar. Mais on nous informe qu'il a quitté les lieux.

Et bien allons-y, alors !
C’est ainsi que nous quittons Mayotte par la grande passe du Sud Est, un vendredi soir après la sortie du boulot. Nous sommes quatre à bord. Trois garçons, et l’épouse franco-malgache de l’un d’eux.
Notre bateau est un joli et très fin sloop suédois de 10m60, récupéré à l’état d’épave quelques mois plus tôt et remis en état de naviguer à moindres frais, mais beaucoup d’heures de bricolage.
J’en raconterai la tumultueuse histoire une autre fois.

Nous arrivons sans encombre 36 heures plus tard et 180 milles parcourus, sur l’île de Nosy Be, porte d’entrée administrative du pays. Nous mouillons dans la rade vaseuse et peu attrayante de Hell ville, afin d’effectuer les formalités de police.
Nous n’avons pas de visa, comme la précédente fois. Mais la PAF a l’habitude des voiliers arrivant de Mayotte, et tout se passe bien, d’autant que les officiers, arrangeants, nous connaissent depuis des années :
« Et bien, le jeunes, savez-vous combien nous avons fait de visas touristiques cette année ? »
Je réponds par la négative
« Six… c’est vous, deux fois ! » Et l’officier se marre.

Effectivement, en raison de la fermeture des lignes aériennes internationales, Nosy be, île en principe très touristique, est désertée par les touristes, y compris nationaux.
Nos visas en poche en fin d’après midi, nous montons la belle avenue arborée menant au centre ville, en quête d’un restaurant. Une des seules adresses ouvertes est un hôtel resto de charme, dans une bâtisse coloniale surplombant la mer. Nous y sommes accueilli avec surprise et ravissement par le patron français, qui nous confirme n’avoir vu personne depuis des mois. Il nous installe à la terrasse surplombant la baie aux boutres, plein Ouest, face au soleil couchant :
« Vous patienterez un moment », nous dit-il. "les frigos étant vides, il faut aller au marché couvert pour acheter de quoi sous faire à manger".
Nous commandons du canard, car il ne s’en trouve pas à Mayotte.

Le Soleil, a disparu sous l’horizon et la douceur du début de nuit nous trouve au troisième verre, lorsque nous sommes tirés brutalement de notre torpeur par un raffut d’enfer et des cris de femmes à l’entrée du resto.
Des invectives et des ordres suivent, qui se rapprochent de la terrasse où nous-nous trouvons. Mon cœur se serre. Denis, assis en face de moi, tremblant, nous glisse à voix basse :
« C’est lui… le colonel K. »
« Restez calmes, ne bougez pas, laissez moi parler »
Ca ne pouvait pas mieux tomber. Je suis terrifié et absolument incapable de dire un mot.

Débarquent sur la terrasse, à cet instant, cinq ou six hommes, visiblement ivres et très excités. Ils sont en tenues militaires. Chacun est armé de deux pistolets à la ceinture et d’un fusil mitrailleur en bandoulière. Ils ont tous une bouteille de whisky sous le bras. Quelques superbes filles, en tenues très légères, les suivent.
Le colonel, nous apercevant dans la pénombre, vient vers nous :
« Qui estes-vous ? Que faites-vous ici ? »
Le ton est ferme mais sans agressivité. Les autres militaires l’ont rejoint et nous encerclent.
Denis lui répond avec une déférence et un naturel qui m’impressionnent encore près de 20 ans plus tard :
« Nous sommes des enseignants français en poste à Mayotte. Nous sommes mariés à des malgaches, et aimant votre pays, nous venons y passer les vacances de voilier ».

A notre grande surprise, le Colonel se détend et nous répondant dans un français impeccable :
« Je n’ai rien contre les français. Nous êtes les bienvenus. Passez un bon séjour à Nosy Be, mais n’allez pas sur la grande terre, où vous ne seriez pas en sécurité »
Puis il se retourne vers ses subordonnés et, assez fort et distinctement pour que nous saisissions ses propos :
« Allons manger à l’intérieur pour ne pas déranger ces personnes »

Nous apprendrons quelques jours plus tard que le Colonel venait de faire aligner et fusiller une vingtaine de personnes sur la plage d’une petite île voisine…

Ouf! de justesse!

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