Vos histoires de mer 10

L'idée est de raconter une histoire, étonnante, surprenante, drôle, qui vous est arrivée en navigation ou en escale.
Les règles : Gentillesse, tolérance, bon enfant, retour sur les histoires racontées.
Pas de nouvelle histoire avant la fin de la discussion sur l'histoire en cours.
Prenez votre temps, on risque d'être plus longtemps que prévu derrière nos écrans.
Suite de :www.hisse-et-oh.com[...]e-mer-9

L'équipage
12 avr. 2021
12 avr. 202112 avr. 2021

Il faisait bon, ce matin là. On était mouillés devant l'aiguille qui est sur tous les dépliants, à Bartolomew, aux Galapagos. A cette époque, il n'y avait pas beaucoup de contrôles dans ces îles qui sont maintenant presque interdites à la navigation.
J'avais emmené les 3 filles et le chien à la plage. L'eau est froide, paradoxalement. Les Galapagos, qui, bien que situées pile sur l'équateur, ont ce courant froid de Humbolt qui remonte des 50èmes Sud le long de la cote du Chili et du Perou et qui fait qu'on y porte volontiers un pull .
Les enfants jouaient tranquillement dans le sable, seaux et pelles sortis, à faire des châteaux, comme au mois d'août sur la plage de La Baule.
J'étais un peu plus haut, sur le sable sec, elles étaient toutes les trois, avec le chien, au bord de l'eau.
Tout était calme et paisible.
C'est alors qu'à moins d'un mètre d'elles, un gros mâle otarie surgit de l'eau, se dressant sur les nageoires, la face Belliqueuse et les moustaches frisées, il paraissait gigantesque à coté des petites de même pas 3 ans. D'un « Grumph » puissant, il indiquait un mécontentement de cette intrusion dans son espace.
Les filles étaient pétrifiées, tout s'arrêta une seconde.
Sauf de chien, qui sautait sur cet animal gros comme un bœuf . Sûrement plus de 10 fois son poids. Il ne réfléchit pas, ne donna pas de coup de semonce, il fonça directement la gueule ouverte et les crocs en avant.
Dans le choc, l'otarie recula, se retourna et, le chien accroché à son cou, plongea.
Tom, le chien lâcha prise, mais emporté par sa fougue, et malgré mes appels, poursuivit la bête dans l'eau, nageant, aboyant, grognant.
Autant sur terre il pouvait gagner et compenser le rapport de poids par sa vivacité et sa fougue, autant dans l'eau, ce gros mâle, s'il le voulait, pouvait l’entraîner vers le fond, le noyer sans problème.
Mais non, échaudé par cette réplique sauvage, le pinnipède déguerpit, le chien rentra fier, exité, et indemne. L'otarie à fourrure, avec son pelage épais et son isolation graisseuse n'avait pourtant pas du pâtir beaucoup des morsures. La gueule et le crocs du berger allemand n'ayant pas vraiment la capacité à entamer cette protection.
Les filles, interloquées sur le moment, ne furent pas particulièrement choquées. Manifestement, elle trouvèrent l'épisode amusant et, revenues à bord, elles expliquèrent à leur peluche « bébé phoque » qu'elles avaient vu leur papa de tout près.

12 avr. 2021

Vu les différents récits où il joie un rôle, ce chien semblait avoir un sacré caractère...

12 avr. 2021

Eh ben, ça fait froid dans le dos. Je crois que ces bestiaux peuvent être extrêmement agressifs et sur des petites filles de 3 ans, ça aur

12 avr. 2021

aurait pu faire des dégâts.
Le chien a dû le sentir.

12 avr. 202112 avr. 2021

Les seule foi où mon chien à rencontré un animal marin c'était un phoque à Bréhat, ils n'ont pas arrêter de jouer toute l’après midi.

21 avr. 2021

Si vous ne connaissez pas bien la Nouvelle-Calédonie, je vous conseille de regarder les photos avant de lire.

Un jour, alors qu'on rentrais de l'Île des Pins...
C'était une "longue" nav d'un peu plus de 65 nautiques pour rallier la capitale, Nouméa. Normalement, on devait être au largue tout du long. C'est ce qui nous était arrivé la première fois qu'on avait fait cette nav. On était restés sous assy sur un bord de 7h à 18h et on est arrivés à Nouméa vers 21h. Mais cette fois-ci, le vent a fait des siennes et au lieu de rester sagement au sud-est, il est passé au nord pendant la nuit juste avant le départ. On s'est donc retrouvé avec les 65 nautiques à faire au près... Sachant qu'on était sur notre Sun 2500 DL qui n'apprécie que très modérément cette allure. En plus, la Nouvelle-Calédonie étant inclinée par rapport à l'axe nord-sud, la côte ouest serait déventée. Pas de chance, c'est celle sur laquelle est Nouméa. Malheureusement, on ne pouvait pas décaler le départ. C'était la fin des vacances, et il fallait bien rentrer.

On est donc parti vers 7h. Après quelques bords pour se dégager des récifs, on met le cap vers le sud de l'île principale. Heureusement, ce n'est qu'un long bord de près et on n'a pas besoin de tirer des bords. Après quelques heures de navigation monotone, on approche le sud de l'île.
Comme prévu, le vent tombe complètement. On roule devant et continue au moteur, sous pilote.
Il n'y avait vraiment pas de vent. Calme plat, sans vague. On pourrait même jouer aux kaplas ou aux mikados sur le pont du bateau (en l’occurrence, on jouait plutôt à Santorini).

Vers la fin de l'aprèm, on voit au loin un bateau qui gîte. Un peu après ça la mer devant commence à friser, comme une risée géante. Le vent est monté en quelques secondes à 15 nœuds de sud-ouest. On renvoie le génois (ou le solent plutôt) et on file à 7kt au reaching.
Le vent continue de monter. Après un premier départ au tas, on prends un ris, mais ça ne suffit pas. On ne tient toujours pas le bateau et on prend finalement un deuxième ris, un peu n'importe comment (ce qui nous a valu une déchirure du guindent sur un des coulisseau). Le bateau est enfin contrôlable, et on continue à plus de 7kt de moyenne, avec des pointes à plus de 8,5kt.

On approche de Nouméa, de nuit. On avait prévu de passer entre l'îlot Canard et l'îlot Maître. On cherche donc la bouée verte à l'ouest du récif qui entoure Canard, et on met vise un peu plus à l'ouest pour passer entre les deux îlots. Après un moment, on fait un check sur le traceur du bateau, qui nous indique que l'on fonce droit sur le récif de Canard. Bizarre... Double check sur Navionics qui confirme. La bouée verte de Canard est plus au vent. Pourtant, on cape au vent de la bouée! On cherche et il n'y a pas d'autres bouée. Il y a bien des lumières devant, mais ça doit être les lumières de l'hôpital de Nouville (un presqu'île qu'il y a plus loin, après l'entré vers les marinas de Nouméa). De toutes façon, il doit pas y avoir de lumières sur l'îlot...
Pendant cette réflexion, le bateau est toujours à 7kt et les GPS sont catégoriques: on est bien parti pour beacher le bateau sur le corail. OK, c'est un dériveur, mais quand même!
On finit par lofer et viser au dessus de l'emplacement GPS de la bouée. On se rapproche, et toujours rien. On arrive à quelques longueurs de ce qui est censé être une bouée, et finalement on la voit. Oui, il y a une bouée, mais elle est éteinte! On se rend aussi compte que les lumières que l'on voyait ne venaient pas de l'hôpital, mais bien de l'îlot!

Après cette petite frayeur, on contourne l'îlot gentillement en je descend dans le bateau pour prévenir le MRCC (équivalent du CROSS) que la bouée est éteinte, mais la VHF s'éteint et se rallume dès que je commence à parler. Les batteries étaient apparemment trop abîmées et vu qu'elles n'étaient pas à 100%, on n'avait pas assez de courant pour émettre...

Finalement, on arrive à la marina. On roule, affale et on longe la digue vers l'entrée. C'est seulement maintenant qu'on s'est rappelé qu'on avait pas remis d'essence dans la nourrice du moteur parce que le vent ne nous en avait pas laissé le temps, et elle était quasiment vide.
Et c'est seulement maintenant que l'on s'est rendu compte que si le moteur cale, on finit sur les rochers... Le temps de préparer l'autre jerrican, on était passés.

Au final, on a eu de la chance. Tout s'est bien passé. Le week-end suivant on a changé les batteries et depuis on a toujours fait attention à cette histoire d'essence...

Voilà! Ce n'est probablement pas l'histoire la plus incroyable de ce fil, mais ça m'a marqué!

22 avr. 2021

Sympa de nos faire penser à la NC "fermée" en ce moment. (Pour y rentrer, quarantaine en hôtel obligatoire).

23 avr. 2021

Ce super fil est en train de s'éteindre... :-(
Plus personne n'as d'histoires à raconter?

23 avr. 2021

Bon, une petite en stock, alors :
Des OVNIs :

On avait quitté Suez la veille au matin en direction de Chypre. Il faisait un temps superbe en cette fin de printemps. Une brise d'une quinzaine de nœuds d'ouest nous faisait bien marcher, travers, sur une mer plate, sans houle.
La nuit était tombée et nous avions tous pris notre repas à table en bas. Je rêvassais dans le cockpit, mais comme nous faisions de plein nord, nous étions hors de la route des cargos se dirigeant vers l'entrée de Suez et aucune lumière ne troublait la nuit douce.
Je me préparais donc à passer une nuit tranquille, aidé de Tom le chien qui veillerait sur le pont, prêt à lancer l'alarme au cas ou une lumière de cargo ou de chalutier apparaitrait à l'horizon.
Ce ne fut pas sur l'horizon qu'apparut la première lumière, mais haut dans le ciel, pile devant nous. Une forte lumière orange dont le reflet illuminait la mer dans l'axe du bateau.
Mais elle ne resta pas, elle s'éloignait à vive allure vers l'horizon. Juste avant de disparaître , deux autres réapparurent au même endroit, haut dans le ciel, et comme la précédente, prirent un cap plein Nord, vers l'horizon.
Chaque fois qu'une lumière disparaissait, une ou plusieurs autre se rallumaient. Il y en eu jusqu'à 10 . Toutes oranges, sans aucun bruit.
Ce manège dura près de deux heures.
On envisageait une invasion. Tous ces météores arrivant du ciel se dirigeaient vers le nord avec célérité, en silence.
J'avais modifié le cap, partant NW, au près serré, pour m'éloigner de ce phénomène inquiétant et inexplicable.
Le chien, qui avait aboyé au début, semblait aussi surpris que nous devant ces apparitions étranges et silencieuses.
Puis, peu à peu le nombre de météores diminua. Lorsque deux ou trois lumières disparaissaient à l'horizon une seule arrivait, presque au zenith, puis plus aucune. Le ciel redevint étoilé, on reprit notre route vers Larnaca, étonnés de ces apparitions que nous n'avions jamais vu auparavant.

Nous eûmes l'explication en arrivant à Chypre. Celle nuit là, un bombardement israélien et américain avait eu lieu sur Beyrouth. A ce qu'on nous expliqua, les bombardiers se ravitaillaient en vol avant ou après leurs attaques et larguaient des fusées éclairantes oranges lors de ces opérations. Nous étions à plus de 100 miles au large et le son ne nous parvenait pas, mais dans le ciel, ces illuminations non identifiées nous avaient bien inquiété.

23 avr. 2021

Wow!C'est sûr que ça doit faire bizarre!

23 avr. 2021

On sent bien qu'il y a des gènes de conteur chez toi Ed, ils ne viennent pas de nulle part ;)

23 avr. 2021

Bon, j'y vais donc de ma petite histoire, pas purement "maritime", mais qui s'est passée lors d'une croisière en Zélande. Je parle passablement néerlandais, mais l'accent hollandais complique diablement les choses...
Or donc, lors d'une escale à Sint Annaland, je vais manger au resto du port, plutôt chic (et délicieux). 25°, chemise et pantalon léger. La serveuse me place vers le fond de la salle, face à un mur et tournant donc le dos à la plus grande partie des clients. Je savourais le menu lorsque la patronne s'approche de moi et me tient gentiment tout un discours où je discerne vaguement qu'elle me proposait de m'asseoir de l'autre côté de la table. Il est vrai que placer quelqu'un pas loin d'un mur n'est pas trop courtois... Mais, soucieux d'être aimable, je la remerciai et l'assurai que "tout était très bien comme ça, merci beaucoup !". Elle me quitta un peu perplexe. J'achève mon festin, je rentre au bateau et me plonge dans la lecture de notre forum favori. Au moment de me coucher, j'enlève ma chemise... pour constater qu'elle était fendue dans le dos du haut jusques en bas !!! J'avais imposé aux pauvres clients la vision peu ragoûtante de mon dos impudiquement dénudé...

Je suis reparti le lendemain matin, et ne revins dans ce restaurant que 2 ans après. La patronne m'a accueilli avec un grand sourire et un regard amusé : elle ne m'avait pas oublié ! Inutile de dire que je n'avais pas oublié non plus, et que j'avais soigné mes arrières, cette fois !

Les croisières, ça laisse des tas d'aventures à raconter, non ?

Michel de Nieuport.

23 avr. 2021

Pas mal aussi! "Les croisières, ça laisse des tas d'aventures à raconter, non ?" Oui, ça c'est sûr! Ce fil en est la preuve!

23 avr. 2021

la croisière ca déchire , même les chemises

23 avr. 2021

Oui! 😂😂

23 avr. 202123 avr. 2021

J'en ai une autre petite.
Une grosse frustration en régate.

C'était en Nouvelle-Calédonie, encore une fois, pendant le premier week-end des championnats de NC de catamaran 2018. Je naviguais alors comme équipier en Twincat 13. Il n'y avait vraiment pas beaucoup de vent. A peine une dizaine de noeuds.
On était second, à quelques points des premiers. On enroule la bouée au vent quelques longueurs derrière eux, et on part sur le dernier bord de portant de la journée, tendus. Il n'y avait qu'au portant où on pouvait vraiment les rattraper. On est à l'avant du bateau, faisant attention au moindre mouvement et on grapille doucement, mètres après mètres.
Et là on entend un bruit de moteur. Je tourne la tête et je vois un gros bateau à moteur arriver gaz à fonds, en plein milieu de parcours. Pas cool... En plus il vient vers nous. Je me dis qu'il va nous éviter. Effectivement, il tourne, mais passe pile entre nous et les premiers. Notre bateau s'est juste arrêté, pendant que les autres filaient devant, portés par les vagues. Là, je peux vous promettre que ça à été très, (très) dur de rester calme et de continuer...
Evidemment, ils ont gagnés la manche, mais aussi les championnats parce qu'on a pas réussi à les rattraper le deuxième week-end. A la fin, mon barreur (avec qui je ne m'entendais pas super bien) m'a crié dessus en me disant que je faisais des bords carrés... Je sais pas comment ça aurait été possible vu qu'il avait la barre et l'écoute de GV...

Après ça, j'ai arrêté de naviguer avec lui et il à quitté le club. En 2019, j'ai été barreur avec un autre, avec qui je m'entendais beaucoup mieux et j'ai pris ma revanche!

23 avr. 202123 avr. 2021

Je ne sais plus si je l ai déjà raconté, été 76 entre Morlaix et Lisbonne avec notre requin transformé Excalibur, voile pure, sextant en plastique etc

Pendant les quarts de nuit on faisait quelques écarts avec notre stock d’hydromel, 🙈😬🍾🤓j étais de quart avec mon cousin Paul, guitariste et philosophe, puis j entends un bruit de brisants, nuit noire, de plus en plus de brisants, on est au moins a 20 milles de la côte je prends du sw puis de l West et j ai encore la carte, au changement de quart les copains nous prennent pour des brêles avinées ..

Au lever du soleil les copains nous éveillent, venez voir les baleines !!
Plusieurs baleines plus longues que le bateau qui avaient joué avec le bateau toute la nuit !,,

23 avr. 2021

Une tite photo du bateau

25 avr. 2021

C'est drôle, chaque fois que tu mets une photo d'Exalibur, j'ai l'impression de l'avoir déjà vu. En même temps, en 76, on a quitté la France en passant pas la Galice et le Portugal. Mais j'ai plus l'idée de l'avoir vu en photo. Dans un bouquin de JY Terlain?, Dans une vieille revue "Bateau"? Je cherche.

26 avr. 2021

Ce n'était pas le requin qui vous à donner un merveilleux souvenir en voyant le regard ahuri de celui qui vous avait vendu le bateau en entendant votre réponse à sa question s'il ne faisait pas d'eau ?

27 avr. 2021

Ce qui est arrivé la veille de la première étape de l édhec on était assez énervé surtout le technicien du bord en train de régler de multiples trucs. Un mec est passé en demandant si le bateau n était pas en train de couler et le copain l a poursuivi avec une grosse clé à molette !

25 avr. 2021

tu as du nous voir car nous n’avons jamais eu les honneurs de la presse, que nous aurions pu avoir !

25 avr. 202125 avr. 2021

Bonsoir,
Une petite lors d'un convoyage en solo Venezuela/Panama il y a bien longtemps.
Parti de Bonaire et j'allais à Carthagène au cours ce voyage.
À cause de la péninsule de Guaira (?)j'avais fait un large détour pour ne pas me retrouver près de la côte de ce lieu de trafic.
Après quelques jours de mer, allongé dans le cockpit en train de bouquiner,un avion américain de l'armée me survole à basse altitude,plusieurs fois... je lui fais coucou de la main,erreur fatale la suite montrera pourquoi.
Dans l'après-midi un navire de guerre toujours américain s'approche assez près et me demande de m'identifier.
Je n'avais pas mis de drapeau,l'éolienne avait son empennage aux couleurs bleu blanc rouge et je pensais naivement que cela suffisait.
Au bout d'un moment ça a quand même fait tilt dans ma petite tête et j'ai fini par dérouler le drapeau en leur donnant le nom du bateau et mon nom sur la vhf,en précisant que j'étais seul.
Ils me laissent tranquille et me souhaitent bon voyage...
Le lendemain rebelote !
Dans l'après-midi un autre bateau de guerre US plus ou moins identique passe juste à côté après avoir surgit de nulle part et me demande de m'identifier,je déroule le pavillon (roulé pour eviter l'usure) et leur redonne mes coordonnées en précisant que la veille leurs collègues m'ont déjà contrôlé ...
"Ok you can go now ,good travel"
Bon j'étais à plus de 200 miles des côtes, pas vraiment l'endroit pour trafiquer mais bon...ça égayait ma journée why not ?
Le surlendemain re rebelote !
Cette fois c'était un gros gros truc avec des canons de partout qui devait faire dans les 100 ou 200 m de long je ne m'en rappelle plus .
Mais ils ne cherchent pas à me contacter,simplement ils me suivent pendant une heure,deux heures...
Étrange étrange...je ne comprends pas pourquoi ils me suivent...
Puis tout à coup ils s'approchent très près,un coup de haut parleur cette fois "stop for identification ! ".
Ça commençait à m'énerver un peu mais j'ai quand même enroulé le génois tangonné et baissé la grand-voile,pas trop le choix...
Je leur dis via la vhf que c'est la troisième fois qu'ils me contrôlent et je leur redonne mes coordonnées.
Au bout d'un moment ils me disent de venir me reposer à leur bord !
Là je comprends que le premier jour quand ils m'ont survolé en avion ils ont dû croire que je devais être malade car j'étais allongé dans le cockpit avec une petite couverture et ont peut-être pris mon coucou pour un appel à l'aide ?
Bizarre...
Je leur dis que je refuse de venir me coller contre leur énorme coque pour ne pas fracasser le mât,il y a bien trois metres de houle en plus ,c'est trop dangereux et que je me sens tres bien.
Ils me disent no problem on arrive !
J'attends toujours,la nuit commence à tomber,vite sous les tropiques et une belle lune se lève...
Branle-bas de combat sur le pont.
Un projecteur est allumé et ils préparent un énorme semi-rigide avec au moins 5 personnes qui montent à bord.
Les mécanos font démarrer le moteur histoire de vérifier que tout aille bien.
Une grue descend le zodiac avec l'équipage le long de l'immense paroi jusqu'à l'eau.
Une fois dans l'eau un des gars de l'équipage essaie de démarrer le moteur...impossible de le mettre en route...il a beau tirer et tirer sur le lanceur le hors bord ne veut rien savoir...
La grue remonte le bateau avec l'équipage et sous la lumière du projecteur je vois les mécanos qui s'affairent,ouvrent le capot moteur et qui le démarrent nickel .
La grue descend le bateau une nouvelle fois avec l'équipage et une fois de plus ils n'arrivent pas à démarrer le hors bord !
Rebelote le scénario se répète avec un peu plus de mécanos autour du zodiac dont le moteur demarre sans soucis sur le pont ...
Un petit mot à la vhf "we have some problem but we are coming"...
Et incroyable le meme problème revient quand le zodiac touche l'eau!
Là je craque ... profitant d'un nuage qui passe devant la lune et qu'ils sont occupés de nouveau à remonter le zodiac je déroule le génois et je me casse .
Pas de bol un coup d'accelerateur et cet énorme navire en quelques minutes me rattrape, se met en travers de ma route "stop your boat we are going to help you !"
Bon je roule le génois de nouveau... la nuit est entièrement tombée maintenant la mer est quand même assez forte même si elle n'est pas dangereuse.
Et là comme dans un film de Tintin je vois qu'ils mettent à l'eau une vieille chaloupe en bois avec un diesel et quatre personnes à bord.
Le moteur marche nickel évidemment et je vois cet étrange équipage arriver vers moi avec des gars visiblement pétrifiés de peur.
Je prépare une amarre lovée pour la leur lancer et en les voyant arriver je leur dis "fuck,what do you want ?"
Ils ne répondent pas, ne disent pas un mot ,me regardent comme si j'étais un fantôme, font le tour du bateau et rentrent à leur énorme navire de guerre sans rien faire.
Du coup je déroule une troisième fois le génois et je me casse.
Ils ne me donnent aucune explication et me laissent partir,leur bateau restant arrêté.
Fin du film...
La seule chose que j'aurais aimé savoir,c'est pourquoi ce foutu zodiac démarrait sur le pont mais jamais quand il était à l'eau ?
Ils ne m'ont plus embêté ni suivi,une semaine après j'arrivais à Carthagène ou j'apprenais que des amis connus aux Roques avaient perdu leur bateau, échoué sur le sable de la côte à l'est de Baranquilla,mais c'est une autre histoire...

25 avr. 2021
26 avr. 2021

Ah c'est sûr là ça c'est moins bien passé...
En lisant le post j'ai vu que d'autres ont eu aussi quelques soucis.
Pour les histoires de rats lues un peu plus en bas de ce post j'en ai une aussi ce sera pour une prochaine.

A mon tour de raconter ma petite histoire:

En 1983, j’étais en Casamance avec mon épouse et nous avons passé plusieurs semaines dans le petit village de Niomoune, près de l’embouchure.
Nous avions sympathisé avec Pascal , l’instituteur du village et pendant une promenade, il nous montre une mare dans le village. Au bord de la mare, une ficelle et au bout de la ficelle, un bébé caïman de 50 cm de long. Pascal nous explique qu’il a été à la chasse au caïman la veille, qu’il a raté la mère, mais qu’il a attrapé le petit. Il nous dit qu’il y retourne le lendemain pour capturer la mère en se servant du petit comme appât. Pour rejoindre le lieu de chasse, il doit pagayer très longtemps, de nuit.

Avec mon épouse, nous commençons à nous faire un petit film : et si on l’accompagnait à la chasse au caïman ? Pour le convaincre, nous lui proposons notre hors bord, un antique Sea Gull.
Il est assez réticent à l’idée d’emmener deux blancs sans résistance toute une nuit de chasse, mais le Sea Gull arrive à le convaincre.

Avant de partir, il faut faire des essais de moteur, nous montons donc dans la pirogue avec le hors bord ; attention, une pirogue c’est très instable ; et nous installons le moteur à l’arrière de la pirogue. Mais celle-ci a un arrière pointu ; il faut donc placer le moteur en biais. Pour les premiers essais, nous n’arrivons à faire de très beaux cercles, ce qui amuse beaucoup les habitants du village, mais nous n’arrivons pas à aller droit… Au bout d’un moment, Pascal arrive à redresser la pirogue avec une pagaie. C’est décidé, nous partons ce soir !

Pour aller sur le lieu de chasse, il faut naviguer longtemps sur un affluent assez large, un bolon, puis prendre des affluents de plus en plus petits pour arriver jusqu’à la maman caïman. Le Sea Gull joue bien son rôle pendant une heure et demie, et vers 10 heures, nous bifurquons dans un petit bolon, là il faut arrêter le moteur et continuer à la pagaie pendant une heure, pour ne pas effrayer la mère.

Pascal est assis à l’arrière de la pirogue, nous devant. Il nous a expliqué qu’à l’approche du lieu où se trouve la mère, il fera piailler le petit, ce qui attirera la mère, puis avec sa torche, il éclairera la surface de l’eau et qu’on verra briller les yeux, comme des tisons. Alors il prendra son fusil et tirera sur la mère. Il n’y aura plus qu’à monter le caïman dans la pirogue et à rentrer au village.

Pendant qu’on s’enfonce dans des affluents de plus en plus étroits, ma femme et moi commençons à gamberger : nous serons entre Pascal et le caïman, donc sur la trajectoire de la balle de fusil… Et puis un caïman blessé dans une pirogue qui fait 50 cm de large, c’est pas un peu gênant ?
Le bolon fait maintenant trois mètres de large, nous sommes entourés de palétuviers, donc on ne peut pas descendre et nous réveillons des oiseaux et des chauves souris qui s’envolent juste au dessus de nous. L’inquiétude monte…

Nous arrivons enfin près du lieu où Pascal a capturé le petit caïman. Il le sort de son panier et commence à l’embêter pour qu’il piaille. Le caïman reste stoïque ! Il le tord dans tous les sens, le chatouille avec un bâton, le plonge dans l’eau. Toujours pas un son ! Donc, on continue à ramer, au milieu des oiseaux de nuit, des bruits aquatiques, mais toujours sans voir de caïman.

Vers trois heures du matin, Pascal renonce. Nous ne sommes pas mécontents : ce sera moins dangereux et je commence à être un peu fatigué !
Avant de partir, nous mangeons un peu et mon épouse me déclare qu’elle a un besoin urgent à satisfaire. Mais comment faire dans une pirogue ? J’ai l’idée d’utiliser une boite plastique qui nous a servi pour le pic-nic, je la passe donc à mon épouse. Tout se passe bien, malgré l’instabilité de la pirogue et le bruitage un peu gênant… Pascal a été parfait, il n’a pas posé de question !

Il reste à pagayer pendant deux heures pour sortir de là, à relancer le Sea Gull, pour arriver au village à cinq heures du matin. Nous sommes transi et épuisé, alors que Pascal qui a fait plus d’effort que moi est en pleine forme. Nous retrouvons le bateau et plongeons dans nos couchettes après cette longue nuit.

Le lendemain, c’est Noël, et nous retrouvons Pascal qui plaisante avec nous en se demandant si la mère caïman n’a pas fui à cause des toubabs.

27 avr. 2021

La Casamance, c'est vraiment un super coin. Et les Diolas sont toujours sympas. En fait, je ne savais pas qu'il y avait des caïmans là bas. Chouette histoire.

01 mai 202101 mai 2021

Cogner un OFI? (Objet flottant identifié)

On avait quitté Curaçao pour Panama depuis deux jours. Cette région, au nord de la Colombie, dans le golfe de Darien est réputée ventée avec une mer parfois forte et c'était ce que nous avions. Un bon alizé de 25/30 kn nous faisait avancer à vive allure. Voiles réduites, GV d'un coté, foc légèrement roulé, tangonné de l'autre, nous avions abattu nos 180' les dernières 24h sur notre évasion 37 chargé de toutes nos provisions pour aborder le Pacifique à 5 plus le chien.
Sur chaque vague, nous partions dans un grand surf, profitant de la grande stabilité de route ce ce bateau. Le régulateur d'allure fonctionnait à merveille, sans un écart, sans un départ au lof. Un Sailomat avec son propre safran.
Je venais de finir la seconde droite de hauteur, une bonne demi heure après la culmination du soleil et j'étais tout content de la vitesse du bateau.
Avant d'aller faire une petite sieste en bas, je vérifiais un peu les différentes manœuvres, choquant quelques centimètres de bras pour que la voile travaille au mieux, reprenant un peu d'écoute de GV pour que le raguage change un peu de place.
J'étais debout dans le cockpit quand une belle vague nous arrivait de l'arrière, le rouleau prêt à briser à notre hauteur. L'arrière bien dans l'axe, nous allions partir dans un beau surf et je le savourais d'avance.
Le bateau se penchait vers l'avant avant de se positionner bien à plat en survitesse et je regardais, par dessus la capote le creux de la vague, quelques metres devant l'étrave.
Et là, juste devant, au bas de la vague, il y avait une baleine. Un beau cetacé immobile, énorme, bien plus grand que le bateau, peut être endormi. Sa peau grise et sa nageoire caudale ressortaient bien dans le bleu de la mer.
Nous allions nous l'emplafonner en plein surf, il était absolument impossible de l'éviter, Je n'avais même pas le temps d'aller jusqu'à la barre avant le choc. Même de crier, ça ne ferait rien.
Et le surf est parti. L'avant s'est soulevé, l'écume blanche a bouillonné tout autour du bateau, les secondes ont passé, nous étions sur la vague filant comme un gros pélican si lourd, et pourtant léger sur notre crête.
Et puis j'ai vu la baleine derrière. Nous étions passé sur elle, sur la vague, peut être à quelques centimètres de son dos, je ne sais pas. En tout cas, on ne l'a pas touchée. Peut être ne l'avons nous même pas réveillée ?
Je n'ai raconté l'histoire à ma femme qu'une fois arrivés à Panama.

12 mai 202112 mai 2021

Après quelques mois de léthargie cérébrale, voila une nouvelle petite histoire.

Le petit Nicholas

Après l’aventure du « Où qui va ? » (voir un des fils précédents), petit voilier fait d’un flotteur de casier en polystyrène lancé des îles Scilly en juillet 2001, j’ai cessé de construire et de livrer aux éléments des bateaux faits de matériaux de récupération. Passion qui ne m’avait pourtant jamais quitté jusqu’alors. D’autres aventures maritimes m’ont accaparé dans l’Océan indien si bien je n’y ai plus pensé pendant presque 10 ans.

De retour en Bretagne pour une tout autre aventure, c’est enrichi d’une moussaillonne âgée de 6 jours, tout juste sortie de la maternité, que nous-nous installons en famille à bord d’Elni, notre fidèle voilier de voyage. Nous restons calmement quelques jours au fond du port de Saint Malo, notre domicile habituel, le temps que le bébé s’adapte puis nous prenons la mer pour une navigation tranquille vers la pointe Bretonne. C’est ce jour là, à peine l’ancre posée aux îles Chausey que la passion réapparait, intacte et aussi vive qu’elle l’était autrefois. Pourquoi ? Parce que j’ai une fille et qu’il est urgent que je lui transmette mes passions !

Je débarque en annexe sur la belle plage de Port Homard, au pied des imposants murs de granit gris du Château Renault et je traverse la maîtresse île au pas de charge afin aller chercher des matériaux dans les poubelles du quai d’embarquement des vedettes de Grandville. Les poubelles, parce que depuis toujours mes voiliers sont faits de matières recyclées, récupérées sur les plages ou dans les poubelles s’il le faut. Je reviens à bord avec une boite en polystyrène et deux bouteilles d’eau. Je me mets à l’ouvrage de suite dans le cockpit d’Elni, alors que la petite boit son quatre heures au sein de sa mère. Un catamaran rustique prend forme. Le fond de la boite sert de plateforme entre les deux coques, constituées des grands cotés de celle-ci et permet d’enficher un gréement de goélette constitué des deux bouteilles fendues dans le sens de la hauteur, afin de reconstituer la forme de voiles. Lesté d’une pierre pour le pas se retourner à la moindre risée, le catamaran évolue autour d’Elni, pour mon plus grand plaisir.

Les années passent, un deuxième moussaillon vient compléter l’équipage, les constructions se multiplient à fur et à mesure que les enfants grandissent. Faire des régates avec nos trois petits voiliers de polystyrène lestés de galets et gréés de bouteilles d’eau coupées est une des activités favorite des enfants, au port comme au mouillage. Bientôt, il faut faire des séries de manches et compter les points ! J’ai le bon goût de perdre à chaque fois, ce qui permet aux deux vainqueurs de manger la glace à la vanille de la victoire, chez le glacer du coin.

Bientôt, les enfants ont l’âge de construire eux même leurs bateaux de A à Z, à leur idée et suivant la bonne fortune des matériaux qu’ils ont récupérés. Car déjà s’entassent dans les équipets de la cabine avant des dizaines de galets plats, morceaux d’ardoises, rondelles d’acier, plumes et autres trésors. Ainsi à Guernesey en juillet 2014, à la faveur d’une perturbation qui dure, nous restons confortablement installés dans la marina de Saint Peter et nous mettons en quête de gros morceaux de polystyrène pour construire ce qui doit devenir les voiliers les plus beaux et les plus rapides que nous auront réalisé jusqu’ici. Cette fois-ci, pas question de bricolage hâtif. Il faut peaufiner les carènes, les quilles et les gréements. Alors, armés de la caisse à outils du bord digne de celle d’un charpentier de marine, nous-nous installons sur le ponton et commençons à découper, former, poncer.

Les voisins de pontons passent. Tantôt amusés, parfois même moqueurs (attitude de nous retrouverons malheureusement souvent chez des plaisanciers français), tantôt admiratifs : « oh, this si so awesome. Sails made with bottles. You are a very clever man ! ». Je remarque un jeune garçon anglais sur le bateau amarré au catway en face du notre. Cela fait des heures qu’il nous observe silencieux, assis derrière le balcon d’étrave. Il ne rate pas une miette de ce que nous faisons. Cependant, lorsque je lui propose de se joindre à nous il déguerpit et rentre à son bord.
Quelques minutes plus tard, c’est tenant la main de son père qu’il revient jusqu’à nous. Il s’appelle Nicholas, il a 13 ans. Son père s’exprimant dans un très bon français me dit que son fils ne parle plus que nous depuis ce matin et ne veut même plus aller se promener avec ses parents. Il est captivé par la construction de nos bateaux. Je lui propose de se joindre à nous pour construire sa propre unité, ce à quoi il me répond par un sourire rayonnant. Il va construire un trimaran. Et ce sera sa toute première construction m’annonce-t-il maintenant, la timidité balayée par l’enthousiasme !

Nous retournons immédiatement tous les quatre à la chasse aux matériaux, mais où allons nous pouvoir trouver à nouveau de gros morceaux de polystyrène ? Déjà ce matin, le patron de la poissonnerie m’a éconduit lorsque je lui ai demandé une ou deux caisses à poissons. Nous avons dû traverser la ville et fouiller les poubelles d’une grande surface pour trouver les matériaux indispensables au formage des coques. Nicholas me suggère alors, sûr de lui : « let me ask the fish shop! ». Les trois enfants rentrent sans moi dans la poissonnerie et en ressortent 1 minute plus tard avec trois caisses à poisson propres et sèches. Le poissonnier a même donné à Nick des pics à brochettes pour qu’il puisse faire les bras de liaison de son trimaran !

Le lendemain, en milieu d’après midi, les bateaux sont prêts et nous sommes maintenant…sept ! Trois autres gamins se sont joints à nous. J’ai l’impression d’être une maman cane suivie de ses canetons lorsque nous déambulons le long des quais, bateaux sous les bras, vers le bassin à maquettes de Castle Pier au bout du quai sud du port de Saint Peter.

Essais, déboires, naufrages, chavirages ou succès relatifs et éphémères, tout y passe. Alors on ressort les outils et on taille, on coupe, on déplace quilles et voiles, jusqu’à ce que ça navigue droit et dans le bon sens. Les parents ont rejoint leurs constructeurs en herbes. Cette longue séance de bonheur collectif restera inoubliable pour les enfants, ce dont je n’ai pas conscience à ce moment là, trop occupé à assurer la sécurité de ce petit monde et à aller chercher les bateaux chavirés au milieu du bassin.

Les années passent et se suivent. Nous ne revoyons pas Nicholas et ses parents, malgré les rendez-vous prévus tous les étés. D’autres bateaux sont construits, toujours plus rapides, plus fiables et sur le même principe : un bloc de polystyrène, rien d’autre. Cependant, les quilles sont maintenant en plomb de pêche, mes mâts dotés de haubans en fil de pêche et les voiles taillées dans celle d’un vieil Optimist. Les fines coques naviguent vite, suivent les risées. Les régates sont serrées, contestées. On envisage d’installer des cerveaux moteurs pour actionner les safrans. Tout ce matériel a maintenant de la valeur et est soigneusement rangé à bord du navire amiral en fin de la saison lorsque que nous reprenons l’avion pour Madagascar, notre pays de résidence.

Un jour de Novembre 2018, alors que nous vivons au cœur des montagnes de Madagascar un quotidien bien différent des navigations estivales, je reçois un mail du père de Nick. Le garçon vient d’avoir son bac à tout juste 17 ans. Passionné par la mer, il veut intégrer une université britannique prestigieuse pour y étudier la biologie marine. Mais avant cela, il faut qu’il fasse un an de volontariat. Et à qui a-t-il pensé ? A nous, à cette aventure vécue quatre ans plus tôt à Guernesey et logiquement à Madagascar qu’il souhaite découvrir. Il a dégoté un stage de 6 mois dans une grande organisation travaillant à la préservation de l’environnement marin.

Ainsi, deux mois plus tard, Nick débarque à l’aéroport international de Tananarive, où je l’attends. Il va passer une semaine à la maison, le temps d’effectuer les dernières démarches nécessaires avant de prendre la route du grand sud du pays. Les retrouvailles avec mes enfants sont très gaies. Les repas joyeux. Nous partageons les souvenirs. C’est seulement à ce moment que j’ai pris pleinement conscience qu’un événement anodin pour un adulte peut marquer fortement un enfant et parfois changer sa vie.

Légendes des photos :
- Le catamaran construit à la naissance de la moussaillonne , naviguant à Port Homard, sous le château Renault.
- Nick mettant à l'eau son trimaran pour les premiers essais
- Le moussaillon et un de ses premiers monocoques, lesté d'un magnifique galet bleu en forme de quille à bulbe.
- La moussaillonne et une de ses créations très personnelles. Un ketch à plumes, lesté d'une grosse rondelle en acier.
- Trois des six gamins qui ont participé à l'aventure.
- Le biquille de la moussaillonne et le dernier catamaran de papa.
- Calme plat sur le bassin à maquettes de Guernesey.
- Nick à la maison à Tana en 2018.

12 mai 2021

Magnifique histoire.
Comme quoi, il en faut peu pour être heureux et rendre des gamins heureux.
Bravo à toi de leur avoir donné du bonheur.

03 juil. 2021

Magnifiques instants de vie en effet.
Les maquettes très élaborées. Super ! La beauté de ces rencontres fortuites qui débouchent sur des relations durables ...
J'ai eu pendant 4 ans un fils adoptif, un ado martiniquais égaré en Guadeloupe grand ami de mon fils, qui ne craignait pas que le Corneel lève une patte.
Depuis les années 2000, plus aucune nouvelle.
Nous fouillons les réseaux sociaux au cas où... Karl, si tu lis ce post ....

12 mai 2021

Magnifique ton histoire! Tu racontes vraiment bien...
Je n'aurais jamais cru qu'on pouvait faire tout ça avec si peu de chose. C'est une super idée ces voiles bouteilles! Tu me donnes envie d'essayer aussi!

12 mai 2021

belle histoire!
Gorlann

12 mai 2021
13 mai 2021

+++++ ! Superbe !

13 mai 2021

Merci pour cette merveilleuse aventure

13 mai 2021

Super, ton histoire. T'as bien fait de mettre des photos. Je m'étais imaginé des maquettes beaucoup plus "sommaires", bouteilles en plastique et bras de liaison en branches. Mais non, ce sont de vrais dessins d'architecte, coques poncées, affinées, en forme ... Du grand art.

13 mai 202113 mai 2021

Merci à tous !

Les voiles "bouteille" fonctionnent effectivement très bien. Il faut garder le tiers du cylindre car sinon, le profil est trop creux.

Les constructions n'ont jamais été du bricolage sommaire, comme tu le dis, ED850 !
Voici quelques photos des constructions qui ont suivi :
- Le petit sloop à quille longue fait par le fiston à la maison, l'a occupé deux étés.
- Puis sont venus les deux sloop de régate (blanc et orange) qui sont les "fines coques" dont je parle dans l'histoire.
- les derniers construits pendant le premier confinement n'ont encore jamais navigué, faute à la covid. Mais ce coup-ci, ils sont radiocommandés (le safran uniquement). Les deux unités ont été dessinées conjointement et mon fils a intégralement construit le sien (CP époxy sur structure). J'en ai détaillé la construction avec photos sur un autre fil, qui parle des maquettes.
- J'ai bien peur que le prochain construit avec mon fils soit à taille... réelle !

13 mai 2021
13 mai 2021

Merci, c'est vraiment de super!
Dis-nous quand tu feras le plus grand!

13 mai 2021

@Sam972 Ahaha !
Il est dans le jardin ! (Photo)
Je n'ai pas de photos plus récentes, mais depuis celles-ci, j'ai refait les trampolines avec des assises et j'ai mis une GV à corne puissante avec bôme.
Mais va y avoir bientôt d'un dériveur de croisière côtière transportable d'environ 7 m. Ce sera probablement une grosse rénovation avec transformations, plutôt qu'une construction intégrale. On y réfléchit.

13 mai 2021

Il est super bon le marmot !
Bravo,c'est très beau aussi...

13 mai 2021

Super! Il a l'air bien sympa! Tu l'as fabriqué avec quoi?
Bon courage pour le 7m! J'ai hâte de voir ce que ça va donner...

13 mai 202113 mai 2021

Sam972, je voulais te répondre en mp car on dérive de l'objet du fil, mais y'a encore un bug avec le site et ça ne marche pas.
Tu trouveras plein d'infos ici. Tu lis à partir du bas
voilesetvoiliers.ouest-france.fr[...]rimaki/
la construction est détaillée dans le tout premier article, avec une ou deux photos.

13 mai 2021

Merci! :-)

15 mai 2021

Quand nous avons acheté « Farquhar », notre Evasion 37, en Martinique, nous n'étions pas vraiment fixés sur un modèle. Nous voulions un bateau robuste, confortable, volumineux pour nous emmener autour du monde, nous 2, les 3 enfants et le chien.
Nous avons visité des Petit Prince acier, généralement fours ambulants au cockpits riquiquis, remplis de rêves des 40èmes de constructeur amateurs férus de lectures de Moitessier, mais invivables sous les tropiques, un vieux bateau allemand de 18m en fer, superbe, avec un escalier en colimaçon pour passer du cockpit au carré, mais au lest en béton qui ne permettait pas d'évaluer l'épaisseur des tôles à cet endroit (le propriétaire a même fini par vouloir nous le donner tellement il voulait l'oublier), 2 sun fizz dont les fonds plats et la quille rapportée ne m'inspiraient pas (un litre d'eau dans les fonds et l'eau remonte sur le coté des planchers), un beau Sortilège Dufour, mais ses 2,20m de TE m'ont rebuté et donc cet évasion 37, à la forme trapue, qui a fait notre bonheur.
Néanmoins, pour tous, je faisais une offre.
Facile, je proposais 50 % du prix demandé (payable le jour même, en espèce si nécessaire).
Tous, sans exception m'ont répondu OK.
On prit donc l'évasion.
Il appartenait à des Allemands, mais immatriculé à Fort de France, il avait la TVA et l'octroi de mer payés, ce qui fait que les papiers furent vite expédiés . On rendit la maison que nous louions à l'anse à l'Ane et déménageâmes à bord peu de temps après, au petit port de Trois Ilets, à 100m de l'école ou enseignait ma femme et ou étaient les filles, pour être prêts à partir dès la fin de l'année scolaire.
Quand on s'installa, je m’aperçus que le beau spi neuf manquait. J'allais donc voir Manfred, le vendeur, qui m'expliqua qu'au prix ou il m'avait vendu le bateau, il gardait ce spi pour équiper sa nouvelle monture (un gros Gulfstar de 50') qui en était dépourvu.
Après discussion, quelques ti-ponch, j’eus ma voile avec comme « prix de vente » une photo du spi avec tout l'équipage au pied, au milieu du Pacifique. C'était pas trop cher, pour un spi neuf.
Photo prise entre les Galapagos et Les Marquises.

15 mai 202115 mai 2021

Les relations vraies, devant un verre (ou non), rendent la vie plus simple et plus belle que derrière un écran d'ordinateur.
Ce qui a fini par "allez, prends-le, ce spi !" après un verre et un sourire partagé, aurait sans doute fini par des insultes par claviers interposés aujourd'hui.

15 mai 202115 mai 2021

Je me permets de remettre un vieux texte, car je l'ai amélioré de détails que j'ignorais à sa première écriture.
J'ai surtout retrouvé des photos d'époques qui illustrent bien cette histoire.
Ceux qui l'ont déjà lu dans sa première version m'en excuseront !

Le fort canot

Mon Pépé Guston, né au Minihic en 1907 sur les Bords de Rance, a embarqué pour la première fois à la pêche à la morue sur les bancs de Terre Neuve à l'âge de 12 ans. De gré ou de force, il n'avait pas le choix, le jeune garçon nommé Auguste. Tous les hommes de la famille étaient saisonniers à la grande pêche l'été... et buvaient toute la solde de plusieurs mois d'embarquement sur la longue route du retour à pieds, du port de débarquement jusqu'à la ferme familiale.

Mon grand père m'a raconté que, enfant, il voyait sa mère, la "grosse mémé" que j'ai connue tout petit, piquer des crises de colère quand son bon à rien de marin rentrait les poches vides, et lui tapait des deux poings sur la poitrine, autant de désespoir que de colère. Cette dernière ne durait manifestement pas longtemps, car elle était enceinte quand son mari repartait la saison suivante...

Le brave homme travaillait néanmoins dur dans la carrière de granit du Minihic pendant l'hiver, pour nourrir une bouche de plus tous les ans. Des années de labeur, forçat dans le doris où la carrière, devenue aujourd'hui le chantier naval du Grand Val. Mais l'histoire s’arrêta net, lorsque l'homme fût écrasé sous un bloc de pierre tombé de la falaise.

C'est pour cela qu'Auguste, un des ainés de la fratrie, dût s'embarquer. Le gamin, taiseux et rebelle, fît deux saisons comme mousse sur une goélette morutière, après quoi il déclara que plus jamais il n'embarquerait à la pêche. Pourquoi ? Il ne voulu jamais le dire à sa mère qui, catastrophée par la perte de revenu que cela impliquait, l'envoya chez le curé pour en causer. Auguste ressortit de l'église les sabots à la main, après avoir proprement cassé le nez du curé d'un coup de talon rageur de son sabot de bois.

Il me raconta, quelques mois avant sa mort, acceptant enfin de raconter les périodes "blanches" de sa vie, celles dont personne n'avait connaissance, que les sévices infligées aux mousses sur les goélettes par les marins en mal de femmes, allait au delà des corvées... Et Auguste détestait autant les curés que les sévices corporelles.

Plusieurs décennies d'aventures maritimes suivirent, puis mon pépé cessa de naviguer dans les années 60, devenant le gardien et jardinier du parc de Port Breton à Dinard, à quelques kilomètres de son lieu de naissance. C'est là que j'ai passé de nombreux week-ends de mon enfance. La grande maison en pierre aujourd'hui inhabitée, était juste devant la plage du même nom face à la ville fortifiée de Saint Malo, dont j’apercevais le majestueux clocher de la fenêtre de ma chambre. Mon grand père ne remis jamais les pieds sur un bateau, préférant s'adonner à ses deux passions : le jardinage et la cuisine, bien qu'il fût maitre nageur diplômé depuis longtemps, ce qui était rare pour un matelot à cette époque.

Il était impossible de traîner Pépé à bord du petit voilier de croisière familial. Mes parents étaient passionnés de régate et de voile loisir, activité que méprisait la génération précédente. La mer était un métier, dur et dangereux. Pas un loisir. On grimpait dans les gréements pour souquer les voiles par des temps à ne pas mettre une mouette dehors, pas par plaisir mais parce que la voile était le mode de propulsion des navires. A chaque nouveau voilier acquis par mes parents, un peu plus gros que le précédent, Auguste avant la même réaction. Regardant une photo fièrement brandie par sa fille, ma mère, il ne manquait pas de s'exclamer dédaigneux : " Pfff... c'est un mouille cul, j’irai pas voir ça !". Et il retournait à son jardin ou à sa cuisine, lui qui avait pourtant navigué 40 ans sur tous les océans du globe et survécu au naufrage du navire de guerre où il était le chef cuistot, coulé par un sous-marin allemand pendant la seconde guerre mondiale. Survie qu’il due à ses grandes qualités de nageur.

Mais un beau jour d’été de 1980, maman insista. Il n’était pas question que son père refusa d’aller voir le nouveau bateau. Car c’était la mise à l’eau du navire amiral de la famille. Le fruit d’un an de travail acharné avec mon père pour aménager la magnifique coque de Chablis achetée nue au célère Chantier Aubin de Nantes. Pépé n’avait jamais daigné venir visiter l'unité en construction pourtant distante de seulement 20 kilomètres, d'un coup d'accélérateur de sa superbe Austin 1300 GT.

A la mise à l’eau du bateau il ne put donc y couper, acceptant un piquenique dans le cockpit du voilier amarré au ponton du bassin Vauban, à Saint Malo. J’avais 10 ans. Je me rappelle parfaitement de cette journée inaugurale et de la fierté de ma mère, qui allait enfin pouvoir présenter le voilier à son père. La première hésitation à monter sur le pont passée, il sembla surpris par la stabilité du bateau en se dirigeant vers le cockpit. Une fois assis et déclinant fermement l’invitation de sa fille à visiter l’intérieur, il resta un long moment silencieux observant, assis près de la barre le bateau vers l’avant. Puis son visage s’éclaira et il déclara visiblement satisfait : « Humm… c’est un fort canot ».

Son jugement laconique et définitif fut reçu par mes parents comme le plus grand des compliments, de la part de cet homme à la riche et aventureuse carrière maritime. Même Philippe Harlé, le célèbre architecte français, fut mis au courant par mon père et apprécia la remarque. En effet, dans la lignée des dessins précédents pour le Chantier Aubin, le Chablis avait des formes pleines à l’étrave et un pont qui remontait vers la proue, avec un très joli pavois qui défendait les larges passavants, lui donnant sous certains angles une allure de bateau de pêche.

Légende des photos :
- Mon grand père Auguste à la fin de sa carrière de marin.
- Page d'un de ses livrets maritimes (pendant la seconde guerre mondiale).
- Je porte fièrement la casquette de marin que mon pépé ne quittait jamais. Me l'ayant offerte avant la mort, je l'ai toujours et la conserve précieusement.
- Auguste à ses fleurs devant la maison de Port Breton, la casquette rivée sur le crâne.
- Le Chablis peu après sa mise à l'eau à Jersey, dans la toute première marina en construction.

16 mai 202116 mai 2021

FVLS: Pour avoir habité St Suliac dans les années 80, j'ai connu trois anciens terre-neuvas avec qui j'avais plaisir à échanger.

Je confirme tout à fait tes propos . Je savais que cela existait mais j'ai compris que la sodomie était la règle pour les mousses. Pas par tous les marins,bien sûr. Mais dans un équipage, il y avait souvent un marin plus pervers que les autres, l'alcool aidant.

C'est ainsi que j'appris la raison du surnom de l'un de mes voisins, Pierrot la vache, charmant vieux monsieur toujours plaisant avec mes enfants jeunes.

Quant à l'aversion des locaux pour la mer, elle était encore présente pour les locaux dans les années 80 . C'st pour cette raison qu'ils étaient globalement contre la construction d'une école de voile et ne fréquentaient pas la grève.

16 mai 202116 mai 2021

Viking : je confirme les tiens.

Tu as donc entendu parler de René Leux, qui avait fait l'objet de reportages, dont on trouve des extraits sur youtube.
Il y avait eu une cassette VHS de ce reportage, que mon père a prêté et que nous n'avons jamais récupéré.
Un premier extrait ici. Les autres suivent.
Il était un beau-frère de mon grand père, Auguste Sécardin (Marié à sa Soeur, Emilie Sécardin).

24 mai 202124 mai 2021

Je vous livre un texte que je viens de recevoir. C'est un souvenir vieux de 40 ans écrit par mon père, ancien voileux et constructeur amateur. Il a aujourd'hui 80 ans.

Dieu existe-t-il ?

Nous avons fait il y a un peu plus de 40 ans à Saint Malo, la connaissance d’un jeune couple navigant à bord d’un Corsaire, mini croiseur de camping côtier, alors que vous avions un Cognac. Le patron – capitaine – skipper était un grand gaillard, Pierre de son prénom, architecte en bâtiment de métier.
Nous nous sommes liés d'amitié. Et comme nous avions en vue la construction d’une maison pour abriter notre petite famille, nous avons naturellement fait appel à Pierre.

J’ai alors appris à découvrir le personnage. Excellent architecte, 30 ans plus tard je me félicite toujours de ses choix, de ses propositions et de ses décisions.
Mais personnage curieux cependant... Lorsque je trouve le terrain pour construire la maison, j’invite Pierre à venir me donner son avis. Il vient... avec une baguette de sourcier dans les mains, fait soigneusement le tour du terrain, et ne trouve rien. Au cours de nos discussions, je découvre que Pierre croit dur comme fer à l’aura enveloppant chaque corps, aux effets (bénéfiques ou maléfiques) des ondes qui se diffusent un peu partout, et surtout qu’il est profondément croyant. Pas question de dessiner une maison pour ses amis, sans que les ondes y soient bénéfiques.

Mais revenons au bateau.
L’un des amis de Pierre, monsieur fortuné mais n’ayant jamais navigué, décida un jour de posséder un bateau de croisière. Excellente idée. Mais au lieu de choisir l’objet de ses rêves parmi la multitude de croiseurs existant sur le marché, ce monsieur décida :
- de faire dessiner un prototype ;
- de faire construire ce voilier d’une dizaine de mètres en aluminium avec une quille pivotante (deux éléments importants pour la suite...) ;
- de le faire construire dans un chantier du sud ouest spécialisé dans les citernes, mais n’ayant jamais construit de bateau !...

Je vous fais grâce de quelques péripéties, dont la faillite du chantier, pour en arriver au corps de cette histoire. Début des vacances de Pâques, Pierre me propose d’aller chercher le bateau à Saint Jean de Luz et de le convoyer jusqu’à Saint Malo. D’un Saint à l’autre... J’accepte (que pouvais-je faire d’autre ?)

Nous descendons jusqu’au chantier avec Pierre et l’épouse de l’acheteur. Nous découvrons un objet métallique non fini, non accastillé, enfin, absolument pas prêt pour une remontée du Golfe de Gascogne et un passage de la pointe bretonne au mois d’avril. Une semaine d’un travail intense, aidés du patron du chantier en liquidation, nous permettent d’obtenir un navire semblant en état de naviguer. Au cours de ces travaux il m’est arrivé, quand tout ne se passait pas exactement selon mon idée, de lâcher parfois un “Nom de Dieu !” agacé. Et à chaque fois Jacques me reprenait : “Yves, ne jure pas !”

Vint le jour du départ. Météo prise : dépression arrivant par le sud-ouest avec vents forts. Je décide que l’on peut filer au moins jusqu’à La Rochelle, et que si le vent forcit, on l’aura dans les fesses. On hisse les voiles, et je fais cap carrément à l’ouest, afin de m’écarter au plus vite de la dangereuse côte landaise. Au bout d’une heure environ, la têtière de la grand-voile nous lâche. J’affale, et je me mets au matelotage (je ne me sépare jamais de ma trousse de bosco ; la preuve, elle est sur l’étagère, juste derrière moi, dans mon bureau ; on ne sait jamais !). Grand-voile réparée, on file. Le vent forcit, comme prévu. La mer se creuse, méchamment. La nuit tombe. Je reste toujours bâbord amure, filant maintenant vers le nord-ouest, bateau bien appuyé, me disant qu’il serait fort désagréable de tirer des bords dans une mer très formée. Et c’est là que les ennuis ont commencés.

Le patron du chantier, curieux de savoir si son premier bateau flottait, avait tenu à nous accompagner. Il ne s’était pas écoulé deux heures qu’il était malade comme un chien, répétant à tout bout de champ : “Je vais mourir, débarquez-moi !” Installé dans la couchette haute bâbord, un suppositoire de calmant dans le derrière toutes les deux heures pour ne plus l’entendre...

Au large de la Gironde, j’ai quand même passé un appel radio aux pilotes qui stationnent dans l’attente des cargos. Pour deux motifs : 1. qu’ils me confirment que l’entrée de nuit vu l’état de la mer était impossible pour un voilier. 2. qu’ils me donnent un relèvement pour m’aider à préciser ma position.

Car le chantier soi-disant naval qui avait construit le bateau, ignorait totalement les règles les plus basiques de l’isolation électrique et de la conductivité du métal ! Ce qui fait qu’en moins d’une heure, les batteries étaient vides et le capitaine privé de tous ses instruments de navigation, hors son précieux pifomètre.

Donc plongée dans le compartiment moteur, révision totale des circuits électriques des batteries et du moteur, isolation des circuits dédiés à la navigation. Ouf ! ça marche... Tout ça tête en bas, dans le compartiment moteur, par environ 3 à 4 mètres de creux...
J’avais l’estomac solide... mais il m’arrivait de jurer des Nom de D... quand la clé à molette filait dans les fonds... Et à chaque fois, Pierre me reprenait : “Yves, ne jure pas !”

La nuit est tombée, juste la petite loupiotte de mât et les feux de position qui donnent un petit rai de lumière permettant de juger de la hauteur impressionnante des vagues qui commencent à déferler. L’anémomètre indique 35, puis 40, puis 45 nœuds de vent dans les rafales. C’était prévu. (anémo calé sur une temporisation de 3 minutes pour avoir une idée du vent moyen).

On se prend quand même quelques beaux coups de gîte : le pot de fromage blanc d’un kilogramme qui se trouvait dans l’équipet de cuisine bâbord s’éclate sur le plancher après avoir maculé le plafond et le bordé tribord... Il avait fait le tour complet sur sa lancée. Alors j’ai pris une cuillère et j’ai ramassé.
Avec sans doute un juron qui m’échappe... et Pierre qui me reprend : “Yves, ne jure pas !...”

Le mécanisme sophistiqué et non vérifié de la quille pivotante de 1,5 tonne se met à fuir : huile + eau de mer... Vivement La Rochelle !

Je continue ma montée vers le nord-ouest, sachant que derrière le front chaud va arriver la saute au noroît. Exact, tout se passe comme prévu. Le cap du bateau s’oriente progressivement vers le nord, puis vers le nord-est, et au lever du jour, on aperçoit Chassiron, la pointe ouest de l’île d’Oléron.
On rentre dans le port des Minimes sans avoir eu une seule fois de la nuit à manœuvrer. Tout sur le même bord depuis Saint Jean de Luz.

Un petit coup de radio à la capitainerie. “Venez vous amarrer au ponton d’accueil sous la capitainerie !”

Je manœuvre au moteur et accoste sur tribord. Avec Pierre, nous nous préparons à poser le pied sur le ponton en enjambant les filières. Je m’accroche au hauban tribord... et celui-ci me vient dans la main.
Instant bref, au cours duquel ton cœur s’arrête de battre.
Si nous avions viré de bord au cours de la nuit, le mât nous tombait dessus... Par force 8 au milieu du Golfe de Gascogne... Vision d’horreur...

Et là Pierre, devant moi, me dit calmement : “Yves, tu vois que Dieu existe.”

C’est moi qui écris la suite, mon père ayant arrêté l’histoire ici.
L’embout Norseman neuf du hauban tribord a battu pendant toute la traversée du Golf. Mon père avait pourtant vérifié et serré convenablement tous les embouts. Mais celui-ci était mal monté et le câble a glissé.

Dès le lendemain, le bateau a été sorti de l’eau pour dégager la quille de son puits. C’est à ce moment que Philippe Harlé, qui connaissait mon père, est venu voir ce prototype et lui a fait la remarque suivante, en marmonnant dans sa pipe :
« Une quille relevable ? Même les bretons n’en veulent pas ! »

29 mai 202129 mai 2021

Puisqu'on est dans les souvenirs lointains :

Quand j'étais gamin et que nous naviguions autour du monde, dans les années 70, je n'avais pas conscience que pour les adultes que nous croisions, la seconde guerre mondiale était encore si proche. Pourtant, on rencontrait des familles allemandes arrivées depuis une vingtaine d'années aux Galapagos , des Belges ou des Français qui ne parlaient pas du passé, mais qui au hasard d'une conversation racontaient leur départ précipité d'Europe à la libération et leur installation sur place dans le plus grand dénuement. Parfois on comprenait qu'ils avaient échappé de peu au lynchage ou au rasoir…
La guerre n'était finie que depuis 25 ans, comme si actuellement, elle avait eu lieu entre 1990 et 1996, soit hier pour un grand nombre d'entre nous.
A Trois Ilets, en Martinique, vivait Hans. Il habitait sur une sorte d'house boat, maison flottante qu'il s'était construite sur un radeau fait de bidons drums réunis et de madriers de bois. Arrimé à des plots en béton par de grosses chaînes de cargo, son nid ne bougeait pas, même au plus fort des cyclones. Hans avait amarré à son ponton un canot en ferraille, sans doute récupéré à un cargo en escale, avec lequel il sillonnait les côtes et les mouillages en proposant ses services. Il était mécanicien.
Alsacien, il avait été enrôlé dans les panzer et avait crapahuté comme « malgré nous » dans toute l'Europe, mais n'était pas très disert sur cette période. Il avait appris la mécanique en réparant les chars d'assaut, les Mercedes et les Wolkswagen . Nous l'avions connu, car nous avions à bord, à l'époque, un gros moteur Mercedes dont il aimait vanter la fiabilité et la qualité.
Un soir qu'il prenait le ti-ponch à bord, la douce soirée tropicale se prolongeait et avec l’enchaînement des verres de rhum, il commença à raconter des épisodes de « sa » guerre. Comme « le loup dans la bergerie », il nous emmena dans les plaines russes, au siège de Stalingrad, il disait les morts, le froid, les orgues de Staline, la boue, la peur, la désolation ….
Mais plus la soirée passait, plus il décrivait cette période avec une certaine nostalgie : la puissance, la camaraderie, les bordels, les victoires… Peu à peu, il parlait comme « radio Paris » et peu à peu, je voyais que mes parents se sentaient mal.
C'est quand il cita sa division, le groupe Furher de la division « Das Reich », que ma maman, qui habitait pendant la guerre à Bellac, à quelques kilométres d'Oradour sur Glane lui demanda de partir.
fr.wikipedia.org[...]r-Glane

29 mai 2021

Un souvenir connexe.
Mes soeurs qui faisaient allemand première langue ont été en séjour en linguistique en Allemagne au début des années 1960.
Ce qui les a vraiment surpris c'était le nombre de "gueules cassées" et estropiés (de guerre) qui vivaient au milieu de la population sans se cacher.
Pas la même chose en France.

30 mai 2021

Ma petite histoire... je ne sais pas si un jour je ne l'ai pas racontée sur le forum.
Avant tout je tiens á préciser que je suis très cartésien et totalement imperméable aux phénomènes dits paranormaux. Mais la mer c'est le domaine de nos rêves, nos craintes, nos phantasmes.
Je ne suis pas un "grand" navigateur. Je n'ai pas de traversées océaniques á mon actif, juste un petit carré de Méditerranée limité par la France, la côte est Espagne, l'Italie Sicile et l'Afrique du nord, juste une petite incurtion Bretagne/Fastnet, et aussi les Canaries.
Bon, mon truc ça a été longtemps la régate, en solitaire ou á deux, en Med donc. Celle ci comporte une étape entre Mahon et La Sabina (=Formentera). Le matin á Mahon avant le départ nous sommes amarrés avec un bateau participant,très accueillant, et nous prenons le petit dej ensemble. À bord il y a le docteur X.
Nous sommes en route, au sud de Cabrera, il fait nuit, la mer est "gélatineuse", toute en ondulations qui nous oblige á retenir la bôme et fait balancer le spi. Je viens de couper la vhf, tellement les bavardages interminables des pêcheurs monopolisaient le canal de la régate.
L'ambiance, le balancement régulier du bato, les claquements réguliers du spi me plongent dans une semi torpeur. Toni dort dans sa couchette, j'ai du mal á ne pas m'assoupir pendant mon quart..
Soudain je pousse un cri. Un forme humaine vient de se lever á l'avant du bato et marche vers moi. Elle semble plus désespérée qu'inquiétante. Quand elle se trouve juste á deux pas de moi, tremblant de peur, elle se dissipe. Oui, je crois bien que j'ai crié, et Toni sort en vitesse de sa couchette.
Non, il n'y a rien, j'ai dut m'assoupir et rêver, je lui raconte mon "rêve".
Á ce moment nous voyons les lumières d'un voilier, manifestement au moteur qui évolue près de nous...
Et le lendemain nous arrivons á Formentera, je reçois un message sur le portable qui nous informe que la régate est annulée, notre "cher ami le docteur X est décédé au sud de Cabrera, d'une chute á la mer suite á un violent empannage" .
Plus jamais je n'ai coupé la vhf en mer.

01 juin 2021

Ouuuf

30 mai 2021

Fascinant ces fils succèssifs... trés belles histoires. Merci bcp.

01 juin 2021

Puisqu’on fête aujourd’hui les 100 ans de la radio, je suppose que nous sommes nombreux à avoir des souvenirs d’ondes moyennes ou courtes à essayer de saisir quelque chose d’audible dans les crachotements de la radio.
Je traversais l’Atlantique tout seul en 88 en début de saison , alizé faible et j’avais pas mal de temps pour rêvasser, lire, et tenter d’écouter la radio. C’était une fin d’après-midi, j’essayais de trouver quelque chose sur le petit Sony . Je devais être pas loin du milieu de la route et je ne captais pas grand chose . En désespoir de cause, je passe en grandes ondes , et quasiment comme à la maison, je tombe sur le pop club de josé Arthur . Pendant une heure j’ai écouté Higelin complètement cuit déclarer a je ne sais pas quelle fille qu’il l’aimait. Puis lentement , les crachouillis ont pris le dessus et France Inter a disparu . Une propagation bizarre avait permis de réceptionner les GO pendant cette heure incroyable.
Maintenant , quand on fait une traversée, on a un iridium et de l’internet à la demande, il est possible qu’on ne se représente pas ce bonheur d’avoir un contact , même passif , avec la terre. En tout cas inoubliable pour moi .

01 juin 2021

Cette journée de la radio me rappelle une anecdote pas tellement agréable:

Mi-octobre 90, je redescendait des Féroée vers l' Écosse sur un Loisir 7.30, en tentant autant que faire se peut d' éviter le trop mauvais temps.

J' avais appareillé de Suduroy avec une météo théoriquement pas trop mal pour les 48 h que devaient durer cette traversée (çà faisait un moment que je guettais une fenêtre satisfaisante).

Mais après un peu plus de 24 h de mer, le temps s' est rapidement dégradé.

Le dernier bulletin de la BBC annonçait "gale warning" avec possibilité de "sever gale".

Ayant déjà 3 ris dans la GV et le foc 2 sur l' étai largable, j' attendais avec impatience ce qu' allait m' annoncer Marie-Pierre Planchon "vers" 20h sur France Inter.

Quelle ne fut pas ma surprise, une fois l' heure théorique (généralement 20h + ou moins 5 mn) largement dépassée, de l' entendre dire, en étant morte de rire:
"nous sommes désolés pour nos amis plaisanciers et pêcheurs, mais nous sommes aujourd'hui très en retard, et, comme il y a un match de foot de coupe d' Europe qui commence, il n' y a exceptionnellement pas de météo marine ce soir"!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Je vous garantie que ce soir-là, aussi déjantée et rigolote quelle était, j' ai eu des envies de meurtre!

Gorlann

01 juin 2021

T’étais quand même gonflé : quitter les Féroé mi octobre avec un petit loisirs 7.3, c'est chaud même maintenant, mais en 90, la météo était bien moins précise qu'aujourd'hui...
Sans s'en rendre compte, on a évolué vers un monde ou la sécurité dicte nos comportements.

02 juin 2021

Salut Ed,

quand on est jeune et très motivé, qu' on habite sur le bateau avec forcément un tout petit budget, et qu' on ne veut pas attendre une hypothétique retraite pour partir "sur les traces de Damien", on se retrouve inévitablement dans des situations qui ne sont pas sûres de tourner à son avantage.

D' un point de vue logistique et financier, un hivernage en Islande n' était pas envisageable, même si j' étais convaincu que c' était la voie de la raison.

Je suis tout-à-fait conscient d' avoir eu beaucoup de chance sur ce voyage, et ai pu regagner mon port d' attache de Bretagne sud le 15 novembre, avec un bateau qui avait quand-même beaucoup souffert au niveau du gréement et des appendices (aileron et safran).

Le bateau s' appelait Noz Gwen (nuit blanche en Breton) et avait visiblemen t une très bonne étoile au dessus de lui.

Je déconseille tout le temps un tel voyage dans le nord en une seule saison, qui nécessite de prendre des risques avec la météo.

Gorlann

02 juin 2021

Bravo Gorlann pareil mais moins risqué à 4 copains sur un requin marinisé Morlaix Calvi en 76 , par Tangerine 😇

01 juin 2021

@Gorlann: tu devrais envoyer cette anecdote édifiante à France Inter !

01 juin 202101 juin 2021

Directement à Marie-Pierre Planchon !

Vive la radio !

www.franceculture.fr[...]lanchon

01 juin 2021

Et vive "Par Jupiter" !

01 juin 2021

Dans les années 80 je me souviens d'Arlette Chabeau á la météo, c'était important le bulletin de 8h5 (effectivement moi aussi j'ai pesté contre le foot prioritaire...)
Et puis il y avait aussi la BLU, St Lys et Monaco Radio, la petite musique á l'accordéon et lá j'ai plusieurs anecdotes. Deux fois j'ai entendu des concurrents du Vendée Globe, pas eux directement mais les réponses de leurs correspondants. (Ex: "arrête de chialer, tu passes le Horn, ça ira mieux et tu pourras monter au mat", celui lá je crois savoir qui c'est. Et aussi VDH (je crois) une fois. La meilleure ce fut une conversation entre un gars embarqué et sa copine, on n'entendait que les réponses de la fille. La conversation s'est terminé ainsi: ..."ça te coute combien de m'appeler?......(réponse inintelligible)......RACCROCHE!!!!

01 juin 2021

Arlette Chabot est une journaliste politique...

01 juin 2021

Quelle me pardonne...(ot, pas eau, si c'est le cas elle devait intervenir seulement qques minutes avant la météo, j'ai des circonstances atténuantes).

02 juin 202102 juin 2021

Ah, moi, j'aimais bien la voix envoutante d'Arielle Cassim, sur RFI : www.ouest-france.fr[...]5930645

Une femme dans chaque port

Au début des années 80 pour téléphoner depuis le bateau on utilisait la VHF (canal 27 pour Cherbourg)
On appelait l'opérateur qui mettait en communication avec le numéro demandé.
Les équipages des cargos entrant en Manche appellaient souvent en passant devant Cherbourg.

Un dialogue :
- vous avez votre numéro, parlez
- bonjour chérie, tu m'as beaucoup manqué etc. (Censuré)...
- terminé ?

Non, je voudrais le ...
- vous avez votre numéro
- bonjour chérie, tu m'as beaucoup manqué (censuré) etc. ..
- terminé ?

Non je voudrais le ...
- vous avez votre numéro
- bonjour chérie j'arrive demain peux tu venir me chercher, les enfants vont bien ? Pas de etc. ...

Je sais que l'on ne doit pas répéter les conversations entendues à la VHF mais cela fait quarante ans et cela reste anonyme.

07 juin 2021

Bonjour,
Après avoir lu tant de belles histoires ici, il était temps pour moi de donner un peu à mon tour, voici une première histoire que j’essaye de raconter de mémoire comme je l’ai vécue :

Ma femme et moi avions rallié l'île d'Aurigny depuis Cherbourg. Le pittoresque festival local s’était joyeusement passé, tout se passait bien, sûrement trop...

Nous avions longtemps rêvé de cet été 2014 ou nous comptions vagabonder en manche : Jersey Guernesey, Sark, Cartertet, les Ecrehou (merci à Jaoul pour son beau récit) …
Mira, le bateau, était un yacht classique de 1932, classé BIP, entièrement en acajou vernis, ramené du Danemark, préparé et vernis amoureusement depuis depuis 1 an, (nous n'aimons que les bateaux en bois d’avant 1975)

30 pieds et 60 cm de franc bord, un habitacle de club Anglais avec son minibar fournis en Rhum Martiniquais et Aquavit « Linie »: Idéal pour trinquer avec certains maitres de port forts sympathiques (Ils se reconnaitront), et passer des vacances en vrais gentlemans. Mais le navire semblait plus tenir de la planche de surf que du navire tout temps...

Tous les préparatifs s'était bien passés, pourtant un premier événement aurait du me rappeler que la merditude est immense et que mon bateau bien petit.
Nous étions sur le point de Partir de Cherbourg quand dans un excès de poésie, je laissais s’échapper la drisse de GV qui bien sur, ne désirait que s'élever vers la stratosphère des hauteurs du mat...
Stupeur, le départ dépendant de la marée, nous devons agir vite, hors de question de monter au mat, nous n'avons pas le matériel adéquat, et son aspect brochette de bambou et mes années de rugby (3L) me le défendent.
La marée est basse, nous mettons le bateau contre le quai, tirons le mat avec la balancine pour le faire giter il reste 4/5 mètres. Nous devons aller vite ! Il n'y a plus qu'une solution : réquisition de tout les balais du ports !
Comme d'habitude les adorables membres du personnel du port de Chantereyne viennent encore une fois à notre rescousse. (J'ai honte, que les dieux de la mer me pardonnent.)
Bref nous scotchons tous les balais ensemble et je recrute un passant pour m'aider à contrôler la courbure de la gaule grâce à un autre Balais et... Victoire je réussi à attraper le mousquetons de la drisse .. (voir photo en dessous)
On remercie chaleureusement, et on part... les vacances commencent !

Mais nous sommes en retard et le courant du Raz Blanchard est déjà très fort. Pour arriver au port nous devons appuyer au moteur pour ne pas se faire aspirer dans le Singe (swingue) sound entre les Casquets et Aurigny à la très mauvaise réputation.
Nous sentons toute la puissance de la nature, mais ça passe et nous arrivons dans le petit port. Accueil charmant, nous obtenons même 50 % de réduction grâce à la carte vermeille du bateau. (Les vieux gréements confèrent certains avantages)

Les festivités annuelles locales ont commencées, nous avons malheureusement loupé la célèbre course de canard, et je suis invité chaleureusement à participer a un concours qu’on me présente comme très amusant : Ces gros gourmands d’Anglo-normands, se font servir dans un un verre avec un immense col se terminant comme une trompette 3 litres de bière. L’objectif est de boire ça le plus rapidement possible, la technique étant de faire tourner son verre de manière à accélérer le liquide, le résultat : bien sur, on s’en met partout devant la foule hilare.
Nous commençons à nous faire pas mal d’amis en partageant les deux bouteilles de Vouvray que nous avions prévus pour varier de l’amertume du houblon. On finira tard oscillant entre deux free-party (Rave) dans les bunkers du coin.

Le lendemain nous avons le sentiment, que tout commence bien ! Il est temps de continuer notre périple dans les Anglos, direction Guernesey. Pour cela en sortant du port il faut embouquer entièrement le Singe, on nous parle d’un gentil tapis roulant où on se laisse porter par un gentil courant sauf si par malheur le vent s’oppose au courant lors de forts coefficients, où la il ne faut absolument pas y aller, car il se lève alors les fameuses vagues pyramidales tant redoutées dans la région. Les coefficients sont un peu élevés, mais on vérifie 3 fois la météo, on demande à nos voisins de mouillages etc.. Le coin est aussi mal pavé nous devront passé non loin d’un caillou fort peu sympathique : la « Pierre au vraic » non loin lui même de la fameuse roche au nom sinistre : la « Noire pute ».

Finalement tout est au vert, Soleil, vent de travers de 10 nœuds, 4 bateaux partent en même temps que nous. Nous sommes en deuxième position derrière le premier qui doit être à 1 mile de nous.
10 minutes après avoir commencé à embouquer le Singe, je vois soudain une grande barre d’écume barrer entièrement le Singe, le bateau nous précédant se cabre violemment et se met alors à l’escalader, et alors qu’il replonge je vois son hélice battre dans l’air, et ça recommence immédiatement, son mat fouette le ciel au milieux des gerbes d’écumes. Nous n’avons que quelques minutes pour réagir il faut s’assurer que tout est fermé. Impossible de faire demi tour, le courant doit être à 7/8 nœuds. On accroche nos harnais à un point d’ancrage solide, ma femme me jette un regard mélancolique, la barre se rapproche de nous. Je ne veux pas y aller …
Et soudain c’est l'uppercut et la machine à laver commence.

Les vagues font 3/4 mètres mais sont surtout très raides et ressemblent à un torrent en furie. Je me promets de ne plus jamais essayer de faire du rafting avec un bateau classique de 1932, voir plus jamais de bateau tout court. Dans le chaos je comprends rapidement qu’il faut que je maintienne la direction du bateau entre 30 et 45 degré de la perpendiculaire aux vagues de manière à avoir suffisamment de vitesse et de puissance pour les passer, et ainsi ne pas me retrouver poussé de travers et rapidement chaviré par la vagues suivantes. Je regarde ma femme elle est cramponnée au début de la descente, les dents serrées, résolue comme une figure de proue, c’est beau mais intérieurement je sais que c'est la panique. Mais le courant accélère encore et les vagues commencent à déferler et soudain un gros bouillons passe sur le bateau. j’ai le réflexe de me cacher derrière ma femme qui me sert avantageusement de parapluie, ou brise lame, et sous le capot, je vois l’attache du hublot, à l’avant du roof, sauter. Un jet d’eau de 10 centimètre de diamètre s’engouffre à l’intérieur. les fonds sont remplis d’eau. Ma femme me jette alors un regards désapprobateur, mais il n’y a rien a faire. Il faut passer ! Je reconnais alors au relief qu’on ne devrait plus être loin de la « Pierre au Vraic », mais l’écran de mon iphone est trempé impossible de me positionner, mes doigts ne le font plus réagir. Bien sur inimaginable de faire un relèvement dans ces montagnes russes, j’essaye alors de me décaler tant bien que mal vers le coté du chenal à l’opposé du danger.
Finalement, on passe. Ca se calme comme si rien ne s’était jamais passé. Le soleil brille, ma femme ne dit rien, je sens que la tempête continue a l’intérieur d’elle, mieux vaut ne rien dire aussi. 1 heure après on entendra un Mayday dans le secteur.

Il y a eu jusqu’a 10 cm d’eau dans le bateau, mais la très grosse pompe automatique supplémentaire que j’avais installé à bien fait sont job.
Après un bon restau, une bonne nuit, et après avoir tout fait sécher, on finit, ma femme et moi, par « pardonner » à la mer, mais jamais plus je remettrais ma coque là bas, dans le Singe.

J’en retire l’assurance absolue d’avoir choisit une femme formidable et que mon bateau malgré son age, est bien solide et maniable dans les moments les plus scabreux.

On apprendra plus tard qu’il faut aussi se méfier dans le Singe de la houle contre courant ce qui était le cas ce jour là, ce qui a levé les vagues Pyramidales.
Mais ça, personne ne nous l’avait dit et ce n’est que très rarement indiqué.

Après d’autres aventures dans le coin avec Mira, je m’en suis séparé pour aller naviguer ailleurs avec un nouveau bateau classique un peu plus gros. Je crois savoir que maintenant, Mira coule des jours heureux en Bretagne.
Merci à ce beau bateau de nous avoir porté.

07 juin 2021

Super, le bricolage des balais assemblés pour rattraper la drisse de GV😀.

07 juin 2021

Magnifique histoire, magnifique voilier !

07 juin 2021

Belle histoire, bien relatée. Mais il faut pas avoir cherché beaucoup sur les Instrucions ou guides nautiques pour ne pas avoir lu que le Singe occasionne des remous importants.

Evidemment par vent contre-courant, cela déferle mais il ne s'agit pas de vagues pyramidales. Plutôt quelques rouleaux successifs, peu élevés mais trés courts dans lequel le voilier plonge entièrement.

07 juin 2021

Merci pour ce beau récit. Un peu de nostalgie aussi d'avoir vendu mon jezequel tout en acajou vernis pour un plastique...

07 juin 2021

Une belle aventure superbement écrite et avec humour !

18 juin 2021

ce soir je me lâche ! juin 2003 canicule sur les pontons à Bandol ; très bon loueur de bateau ,pendant qu on fait l inventaire avec le gars de l'agence une "parisienne " qui louait le boat d'à coté lui demande :"et quel est le canal de la météo? : canal 69 madame , merci monsieur !"

29 juin 2021

Concernant les intrusions et les vols à bord, il y a quelques années, au club de voile, nous avions conclu un marché avec un Centre Éducatif Fermé pour emmener des jeunes en croisière.
Les gamins qui sont placés dans ces centres sont des lourds. Les actes de certains pourraient faire passer Hannibal Lecter pour un agneau.
La croisière se déroulait généralement sur trois jours, 2 à 4 jeunes encadrés par deux matons gentiment appelés « éducateurs » et le skipper du club.
Nous avons développé cette action, bien rémunératrice pour l'association, mais nous avons du arrêter avant de se faire blacklister de tous les ports du coin.
Le skipper m'a raconté cette histoire.
Ils venaient d'arriver à Port Joinville quand le moniteur s'aperçut que le compas à pointes sèches de la table à carte manquait. Un compas dans de mauvaises mains peut devenir une arme redoutable. Il y eut donc réunion avec ultimatum : «  On ne veut pas savoir qui l'a pris, mais le compas est sur la table à carte avant la nuit, sinon, fouille complète et retour par le bateau de ligne ». « Hé, m'sieur, c'est pas nous, on sait même pas c'que c'est, vot compas ». Explications, ça dure un peu et pour ne pas « donner la honte », les deux matons et le skipper vont à terre une bonne demi heure.
A leur retour, le compas était sur la table à carte.
Mais en voulant le ranger, le skipper s'aperçoit qu'il avait fait une erreur. Le compas du bateau était bien là, sous une carte. Il avait toujours été là.
Le bateau avait maintenant deux compas à pointes sèches.
Ils n'ont jamais pu savoir de quel voilier voisin venait le second compas.

29 juin 2021

excellente celle là !!

29 juin 2021

Très bonne !
Merci !

30 juin 2021

Idem, la Marine a arrêté les cassoces embarqués.
Pas de place à bord pour des membres d'équipage pouvant mettre en danger la totalité du bord.

04 juil. 2021

J aurais adoré t entendre utiliser cette expression de faf devant le pere Jaouen (bon repos grand mec!). On aurait vu un type a tete de dispensé de sport soulevé par le fond de la culotte par un vieux mais tonique bonhomme de 85 berges. Le tout une seconde avant de passer par dessus le garde-con du Bel Espoir :)

03 juil. 2021

Au siècle dernier, en 1962, j'ai tenté de rejoindre l'Amérique à la voile. J'étais en colonie de vacances sur l'île des Chevaliers (Pont l'Abbé). Avec mes petits camarades, nous étions initiés à la voile sur des canots genre Optimist. Après moins de 5 mn de nav, nous fûmes rattrapés par le moniteur qui nous passa une charge.
La veille, un grand nous avait dit que la terre au loin, c'était l'Amérique. Nous y avions cru, pour nous l'île Garo y ressemblait ... au moins dans notre envie.

03 juil. 2021

Quand on est rentrés en France,on habitait sur le bateau dans le port de Vannes. A la fin de la première semaine de classe, nos 2 petites jumelles ont invité leur maîtresse à passer le WE à Moorea.

03 juil. 202103 juil. 2021

Suffit pas d'être très jeune, ma fille (32ANS), vivant à CARO( secteur de martigues), moi à arzal m'a dit la semaine dernière, descend nous voir, pour mon anniversaire , dans 8 j, avec ton bateau, facile, pas long!!!elle m'avait tenu les mêmes propos, l'année dernière alors qu'elle était à tahiti.

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Bien fini ?

Après la pluie...

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mars 2021