Premier récit d Alain Goma ex otage au Yemen

Extrait site du Figaro.fr

Le navigateur biterrois effectuait un périple en mer jusqu'à Calcutta lorsque le 2 juin des avaries sur la mer Rouge le forcent à s'arrêter au port d'al-Hodeïdah. Il y sera retenu en otage quatre mois.
Deux mois après sa libération des geôles houthistes, Alain Goma a perdu son bateau, mais pas le sens de l'humour. «Je vais voyager en voiture, maintenant», répond-il avec son accent du Sud. Il lui en fallut pour affronter quatre mois de détention difficile, marquée par des pressions psychologiques répétées.
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Le navigateur biterrois effectuait un long périple en mer qui devait le conduire jusqu'à Calcutta, en Inde, lorsque le 2 juin, à la nuit tombée, des avaries le forcent à s'arrêter au port d'al-Hodeïda, sur la mer Rouge. Pas de chance: la coalition saoudo-émirienne vient de lancer son offensive contre les insurgés qui tiennent la ville et son port, une emprise stratégique où sont acheminés plus des deux tiers de l'aide humanitaire au Yémen.
Sa vie soudainement bascule. «Dès la première nuit, on m'a questionné sur mon bateau. Pour prouver ma bonne foi, je leur ai donné ma tablette et mon téléphone», raconte-t-il. Il restera une semaine sur son bateau transformé en prison avec un homme en armes pour le surveiller en permanence.
«Je pensais que je serais libéré», dit-il. Manque de chance, le 9 juin, «ils m'ont baladé toute la nuit à travers le pays, c'était ramadan, des gens étaient dehors. Je les entendais. Vers 8 heures, une trentaine d'hommes en armes m'ont menotté, mis un bandeau sur les yeux, et je me suis retrouvé au troisième sous-sol d'une prison à Sanaa. Là, j'ai compris que ça sentait le roussi». Voilà le navigateur de 54 ans, qui ignorait tout des complexités du Moyen-Orient, victime, lui aussi, de cette guerre qui oppose les rebelles aux loyalistes soutenus par l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis… et militairement par la France. Un appui qui aggrave son cas.
«J'ai compris qu'ils voulaient me monnayer»
Ses geôliers multiplient les interrogatoires. Certains lui font le signe de l'égorgement. «Ils me faisaient remplir des questionnaires. Certaines questions étaient sensées, d'autres humiliantes. Ils cherchaient à me déstabiliser, parfois ils me frappaient avec leur tissu, mais je leur répondais que j'étais pacifique que j'étais pour rien dans cette guerre, je leur tenais tête.» Les nuits sont dures. «Ils faisaient beaucoup de bruit mettant le son de leur radio à fond. Je leur répondais qu'ils n'étaient pas des êtres humains mais au fond de moi je me demandais si j'allais résister.»
Le 14 juillet, il fausse compagnie à son gardien qui l'accompagne dehors. Il dévale des escaliers mais ne trouve pas la sortie. À la place, plusieurs individus le rattrapent
Alain Goma est seul dans une minuscule cellule de deux mètres sur trois, avec une fenêtre pour laisser percer la lumière. Il n'a pas de livre, simplement un stylo dont il se sert pour écrire sur les murs. Le temps lui semble long, même si ses geôliers le sortent chaque jour un quart d'heure dans une petite cour de la prison où, dans une odeur nauséabonde d'urine séchée, pourrissent des restes de poulet. En bonne santé, le navigateur pense à s'évader.
Le 14 juillet, il fausse compagnie à son gardien qui l'accompagne dehors. Il dévale des escaliers mais ne trouve pas la sortie. À la place, plusieurs individus le rattrapent. Il est passé à tabac et puni: on l'enchaîne aux pieds pendant une semaine. Mais l'otage réalise que ses geôliers le veulent vivant. Une semaine après, il reçoit la visite de l'ambassadeur de France au Yémen, Christian Testot, relocalisé pour cause de guerre en Arabie. «Je suis là pour vous rassurer, lui dit le diplomate, le Yémen n'a rien contre vous. C'est un problème administratif», minimise-t-il. «J'ai alors compris qu'ils voulaient me monnayer.» Contre quoi? Il l'ignore.
La veille de sa libération, mi-octobre, Alain Goma monte à l'étage de la prison. Puis direction l'aéroport de Sanaa, où l'attend un avion militaire français. En chemin, un gardien lui lance: «“Je t'achète ton bateau 5000 dollars.” Je lui ai répondu qu'il en valait 20.000. Ils m'ont nargué jusqu'au bout», dit l'ex-otage qui avait osé affronter ses geôliers verbalement. «Face à leurs agressions psychiques, je m'en suis sorti en renforçant ma force intérieure par le biais du yoga. Plus ils m'agressaient, plus je me renforçais», conclut-il.

L'équipage
29 nov. 2018
29 nov. 2018

@arafura, c'est pour toi !.......

29 nov. 2018

Bien du courage à lui et qu'il retrouve un voilier si l'envie lui en prends.
Un coin quand même à éviter, il me semble.
Merci jean pour ce retour.

01 déc. 2018

Des bleds à la con...ne pas y mettre sa quille.

02 déc. 2018

Ça dépend. J'ai fait escale il y a vingt ans à Aden, Hodeida, quelques iles du Yemen, un voyage à Saana . Aucun problème et que des gens sympas, que ce soient les pècheurs dans les iles, les gens en ville, ou les douaniers et policiers. Parmi les plus belles escales.
Mais aujourd'hui, c'est sur qu'il vaut mieux éviter le secteur.

03 déc. 2018

Ah !...il y a 20 ans !!

03 déc. 2018

Moi, c'etait en 1984, toute la côte du Golfe d'Aden de Mukallah à Aden, mouillage tous les soirs, à coté de pecheurs locaux, sans problème. Le mouillage de Bir Ali, lieu de construction de bateaux locaux, protection exceptionnelle tout temps est devenu depuis une des bases des pirates. J'ai aussi passé trois semaines à terre dans le pays, c'est un des plus beaux pays du monde, mais on comprend vite que c'est un peuple de guerriers, pas un homme de plus de 12 ans qui n'aient sa Jambiya et souvent une Kalachnikov. Quant aux femmes, moins d'un an après le départ des soviétiques qui les avaient "transformé" en femmes égales à l'homme, elles se retrouvaient voilées totalement dés l'age de 7 ans. Autre peuple, autre culture.

01 déc. 2018

beau caractère le monsieur on sent le battant, tout fini bien c'est l'essentiel mais décidément ce coin...

01 déc. 2018

Bravo et respect pour Alain Goma !
:pouce:
J'espère qu'il pourra continuer sa route tel qu'il l'entend à l'avenir !
:bravo:

02 déc. 2018

Extraordinaire. Merci Jean de transmettre ceci qui me touche tant. Comme le fait remarquer kyle, il y a partout des gens sympa. Mais, la vie leur donne une arme, ou un gilet de couleur [...], et tout bascule. La même personne peut te marcher sur la figure.
C'est beau la force morale. La mer nous la renforce si bien et je l'en remercie !
Bonne "reprise" en mer Alain !

03 déc. 2018

"Plus ils m'agressaient, plus je me renforçais"
Quelle force de caractère !

D'ailleurs la photo D'Alain Goma qu'on peut voir sur le site du Figaro, montre un homme dont il serait bien difficile de croire qu'il sort d'un tel enfer.

Moi qui envisage le passage du canal dans un futur qui reste indéterminé, j'espère que les choses vont se calmer par là bas, mais je reste assez pessimiste. Lorsque des équilibres sont à ce point malmenés par une guerre, ils faut beaucoup de temps pour les retrouver lorsque la paix est revenue.

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