on s'est tous fait peur

"on s'est tous fait peur "

Cela semble évident à beaucoup d'entre vous que, en mer,l'on se fait peur et que c'est comme cela qu'on apprend.

Au risque d'apparaitre prétentieux, et même lors de mes jeunes années, j'ai eu souvent de l'appréhension, le sentiment d'avoir été "limite" mais je n'ai jamais eu peur en mer.

C'est un sujet qu nous avons abordé récemment avec des amis expérimentés et la seule fois ou certains ont rencontré la peur c'est dans une course bien connue ou les conditions étaient réellement dantesques.

Mais il est vrai que l'on n'aurait jamais pris la responsabilité d'un voilier sans avoir effectué un cursus complet de plusieurs stages de croisière, sans moteur, et à l'estime ou plusieurs années de navigation avec un chef de bord expérimenté.

Dans l'école de voile ou j'ai fait mes classes, qui avait de 1966 à 1985, une escadre de 4 à 8 voiliers de croisières qui naviguaient toute l'année dans une région plutôt compliquée, aucun talonnage ou échouement n'a été enregistré. Le seul accident s'est produit la dernière année , une collision avec un pécheur à 95% en tort.

L'équipage
28 juin 2011
28 juin 201128 juin 2011

Ola !.. les cinq voiles sur ton "gros corsaire" (?) ça fait pas peur, mais ça fait sourire ! même pas peur :-D

28 juin 2011

Euh... Je crois que j'ai pas compris la question...

28 juin 201128 juin 2011

J'ai oublié la question...
En effet, j'aurais du demander : " dans quelles circonstances avez vous eu peur en mer?"

28 juin 2011

Citation Wiki:

"Nombres de sociétés ont considéré comme un devoir pour un homme d'être capable de surmonter sa peur. Il existe en effet chez de nombreux peuples des rites d'initiation ou de passage à l'âge adulte, au cours desquels un adolescent doit accomplir un acte à priori effrayant afin de pouvoir revendiquer son statut d'homme ou son appartenance à la communauté. Certaines sociétés ont poussé ce principe à l'extrême [b]et ont fait de la peur, y compris celle de la mort, un objet de honte. La peur était alors simplement niée, considérée comme une faiblesse. Ce fut notamment le cas des Vikings[/b]"

Un psy dirait probablement que cette absence de ressenti est simplement un déni qui rend la honte (mal placée) supportable :-)

28 juin 2011

Pour appuyer la démonstration de Popsea….
Jamais eu peur, jamais… Juste l’estomac qui se tord attrocement…
Michel

ah !!!! :oups:

28 juin 201128 juin 2011

sémantique quand tu nous tiens,
apréhension ou peur, ... faiblesse ou force d' accepter et réaliser ses limites, et de réagir en conséquence ?
je dirais plutot force de vivre (ou survivre), un instinct,

se former est essentiel en effet,

mais 5 and d'école de nav et 25 ans de pratique plus tard (et quelques dangereux profs ou instructeurs qd mm), je veux rester humble, et ouvert à mes ressentis (!!) pour progresser encore, une approche qui me semble saine en mer,

la mer ou la terre nous rappellent souvent que la pratique et la difficulté vécue nous font progresser dans la vie réelle, du premier au dernier jour,
mais ce n'est qu'un avis ...

meme pas honte
et vive les viking sans peur, vive le nord

28 juin 2011

en mer, j'ai peur de ma femme....

28 juin 2011

J'ai réellement eu peur des baleines en arrivant aux Açores...

28 juin 2011

Motus : MDRRRR !!!!
on est 2 !!!

28 juin 2011

bonjour, je n'ai pas peur en mer , mais quand le temps est vraiement mauvais et que ça dure ,j'ai une boule d'angoisse ,j'ai peur que quelque chose casse.Ca nous est arrivé en decembre 2004 entre madere et graciosa ,sur un coup de S.E non prévu ou l'anemo c'est bloqué à 60nds avec la mer en consequence ,après 7 heures à la cape nous avons fait demi tour ,quand nous sommes arrivés à madere des bato le long de la digue avaient coulé dans le port et la patinoire montée sur la plage pour noel avait disparue. quand nous sommes arrivés les équipages des autres voiliers sont venus nous embrasser ils pensaient qu'on etait morts...
sur 45ans de navigation professionnelle et de plaisance je n'ai jamais vu une mer comme ça meme en hiver en mediterrranée ou c'est souvent plus mauvais qu'en atlantique .
alain

28 juin 2011

La peur est un sentiment humain ou animal d'ailleur et qui a pour but d'éviter de mettre sa vie en danger d'ailleur même les plus gros animaux de la planète on peur ça s'appelle l'instinc de survie.
Pour moi la mer et la montagne on les mêmes effets et c'est en restant humble devant de telles forces naturelles que je les affrontes avec beaucoup de recul et d'humilité ainsi qu'une grande réflexion sur ma sécurité et surtout celle des autres.
Les téméraires qui ont débranché leurs cerveaux et qui ont fait la une des journeaux sont très peu à s'en être sorti sans concéquences pour eux ou pour leurs entourages.
Pour preuve les nombreuses interventions des secours pour sauver des gens qui n'ont rien calculé ou qui ont passé outre les recommandations en disant (je n'ai pas peur et je vais montrer au monde entier que je suis un homme séverement Bur...é) et on connait la suite.
Donc la peur ne doit pas être une honte mais au contraire, de la sagèsse et de l'intelligence.
Bébin

28 juin 2011

Jamais eu peur en mer... En revanche, j'ai souvent une trouille irraisonnée avant de quitter le port!!

28 juin 2011

pour moteus et thomas c'est souvent la meme chose
:mdr:
alain

28 juin 2011

Boaf... même pas peur!
Hormis quand on s'est retrouvés au coeur d'un orage très violent, il y a quelques années. Et je remarque, quand je relis le journal de bord relatant l'épisode, que l'écriture n'est pas aussi assurée que sur les autres pages.

28 juin 2011

la peur est-elle un régulateur nous empêchant de prendre des risques inconsidérés ?
oui dans une certaine mesure lorsqu'on a une certaine expérience/conscience de la situation dans laquelle on se trouve ; si on ignore que le ciel peut nous tomber sur la tête, on n'a pas peur que celà arrive ! toutefois et à contrario on peut avoir peur de l'inconnu sans imaginer à quoi on s'expose ; le même mot pour une chose et son contraire en quelque sorte !!!
l'orage en mer me terrifie encore plus qu'à terre et l'explication du psy qui rapporte cette peur aux souvenirs des bombardements auxquels j'ai été exposé dans le ventre maternel et dans ma prime enfance à la fin de la guerre ne suffit pas à me rassurer.
viking ton sujet ne déparerait pas au bac !

28 juin 2011

un fil de qualité philosophique en effet, merci

28 juin 2011

Peur généralement non ! Mais toujours une sourde angoisse en début de croisière en me posant des questions sur: les différents bruits du bord, les risques d’avaries du bateau, un choc avec une épave (ma grande crainte), les conditions météo, l’option de route, l’état de santé des équipiers etc.

Lors de notre incident au cap Creus, j'ai eu une belle peur, mais plutôt rétrospective.
www.hisse-et-oh.com[...]e-peche

Et on appelle cela navigation de plaisance! C'est d'ailleurs pour cela, que nous, les capitaines, sommes mieux payés que les autres membres de l'équipage !

28 juin 2011

la peur peut être ressentie rétrospectivement.Quant étant de veille tu vois un équipier( débutant et encore endormi)se lever en teesheart et slip pour aller pisser sur le pont avec une mer pas calme du tout,sur le coup ça fait pousser une gueulante pour qu'il enfile au moins son gilet et s'attache à la sangle de vie. Qd on en a parlé une fois à quai,et relevé le niveau d'inconscience,la peur partagée était encore vive, car l'homme à la mer cette nuit là , était un homme mort.
la mer on ne la provoque pas,il faut toujours anticiper.

28 juin 2011

Sur le plan physiologique nous ne pouvons échapper aux émotions obligatoires de notre cerveau reptilien qui nous permet de survivre en déclenchant au besoin une décharge d'adrénaline (qui va nous donner environ 10mn de surpuissance avec énorme fatigue après) et en permettant de mémoriser fortement et dans le temps (action sur la mémoire à long terme) une situation de danger. L'information remonte ensuite vers le cerveau dit supérieur pour ètre interprètée en fonction de la génétique,du sexe,du caractère, de la fatigue,de l'humeur, de l'apprentissage, du vécu, de l'entrainement,de l'éducation, de la civilisation,etc.. et l'on passe d'un ressenti purement automatique et neurochimique inné obligatoire commun à tous les animaux, au moins supérieurs, à un ressenti maitrisé ou non de notre cerveau supérieur, ce qui permet à l'homme depuis que l'homme existe de disserter ou de délirer sur ce phénomène. Comme nous sommes des animaux grégaires au mème titre que chaque cellule de notre corps ressent le phénomène par voie hormonale, le groupe humain va pouvoir ressentir cette réponse individuelle et la transformer en réponse collective très amplificatrice et très souvent desastreuse.

28 juin 2011

Il m'est arrivé et il m'arrive toujours d'avoir très peur sur un bateau, pas dans les mêmes circonstances qu'au début.
Je pourrais écrire un livre...
Juste un souvenir d'une angoisse horrible qui a duré quelques secondes mais dont je ressens encore l'intensité : lors d'une de mes premières navs de nuit avec mon cap'tain actuel, je me suis réveillée au milieu de mon quart de repos et j'ai jeté un oeil depuis la couchette en contrebas du carré (Endurance 35) pour constater qu'il n'y avait personne à la TAC ni à la cuisine ni dans le cockpit. Beau temps, petite allure, j'ai guetté un bruit, rien. Je me suis levée comme un ressort, j'ai cru qqs secondes qu'il était passé par dessus bord et que je n'avais rien entendu. Mais non il était debout à côté du mât à contempler je ne sais quoi... et il a été très étonné de la tête que je faisais !

28 juin 2011

Moustic, ton anecdote m’en rappelle une autre.

En traversée. Au petit matin, je me réveille d’un somme dans la couchette arrière. Un début de belle journée pépère.
Nous avons deux hublots dans cette couchette.
Un qui donne dans le cockpit et l’autre sur la coque, côté babord.
Je regarde en premier dans le cockpit et je vois mon équipière préférée, jumelles sur les yeux, entrain de regarder sur babord.
Je me dis qu’elle a peut-être vu un bateau au loin, ou un animal.
Je me tourne pour regarder par le hublot de coque et je vois un cargo, énorme, qui nous croise à une centaine de mètre. Tout juste si je ne peux pas lire ce qui est écrit sur le tee shirt du gars qui nous fait coucou à la passerelle !

Je bondis dans le cockpit, tout tremblant et l’écoute me raconter comment elle a modifié notre route pour le laisser passer.
Il n’y avait pas de danger mais la vision de ce bateau, si prêt, au lieu de l’océan vide qu’on avait depuis des jours a été un choc !

En naviguant, j’ai eu le loisir de faire la différence entre la peur et l’angoisse.
La peur, qu’on éprouve devant un danger bien réel, imminent, je ne l’ai ressenti que quelques fois.
Un orage dans le golfe de Gascogne, et 3 jours à slalomer entre les baleines en revenant des Açores.
L’angoisse, qu’on éprouve en imaginant le danger qui pourrait éventuellement venir, est pour moi une compagne de voyage habituelle. Généralement discrète, mais sournoise, elle s’invite quelque fois à des moments où on ne l’attend pas pour gâcher mon plaisir.

Généralement, je suis plus mal à l’aise quand le temps commence juste à se dégrader et que je gamberge sur ce qui va nous tomber dessus, que quand le vent a effectivement monté et que je dois me concentrer sur les manoeuvres.

28 juin 2011

"Ceux qui n'ont jamais eu peur en mer sont des menteurs ou des inconcients" ...

Qui a écrit cela ? Tabarly ? :heu:

28 juin 2011

Dimanche 9 septembre 1492.
Ce jour-là, ils perdirent complètement de vue la terre. Craignant de ne pas la revoir de longtemps, beaucoup soupiraient et pleuraient. L’Amiral les réconforta tous avec de grandes promesses de maintes terres et richesses, afin qu’ils conservassent espoir et perdissent la peur qu’ils avaient d’un si long chemin. Il fit ce jour-là dix-neuf lieues et décida d’en compter moins qu’il n’en faisait, afin que ses gens n’en fussent ni effrayés, ni découragés… »
D’après le Journal de bord de Christophe Colomb...
Fallait quand même une sacré dose d'inconscience pour partir sans savoir combien de temps il allait falloir pour traverser et ce qu'il allait trouver de l'autre côté!

28 juin 2011

Savait-il ou non, cela se discute !

Christophe Colomb aurait su qu'il y avait des îles à l'Ouest. Ceci d'après le journal d'un Portugais, qui au retour du cap de Bonne Espérance, aurait été entraîné par les alizés et aurait atterri aux Antilles, avant de revenir vers les Açores, où Colomb l'aurait rencontré.
Mais il faisait une grosse erreur sur la distance.

Comme pour aller de l'autre côté, poussé par ces fameux alizés de NE, il savait qu'il devrait passer dans la zone portugaise (Traité de Tordesillas), il aurait établi deux journaux de bord.
Un officiel (faux) disant qu'il était resté dans la zone espagnole et un réel sur lequel il reportait sa vraie route. En cas de contrôle par les portugais il n'aurait montré que le journal officiel en précisant que le mauvais temps l'avait fait dévier de sa route.
Donc il savait où il allait et quelque temps avant l'atterrissage, alors que les capitaines de la Niña et de la Pinta, voulaient faire demi-tour, une réunion a eu lieu sur la Santa Maria, au cours de laquelle l'Amiral aurait montré une carte secrète,
qu'il avait, et qui donnait une description assez précise de quelques îles.

Ce qui bien sûr ne change rien au journal de bord cité par Domde.

28 juin 2011

J'ai eu deux fois peur sur un bateau… une fois de nuit, entre Guernesey et Jersey en redescendant d'Aurigny… grand largue avec 30 nœuds de vent NW, vent et houle contre courant de vives eaux, ce qui levait de belles phosphorescences et de belles vagues (4 heures de sur-place à la voile… le moteur étant de nouveau en panne)… tous les équipiers étaient malades et HS… et moi de la fièvre (super rinçade et temps pourri 48h plus tôt pour passer le cotentin, j'avais la crève)… eh bien j'avais la trouille !… je n'étais pas en danger, non, mais j'avais la trouille… entendu à la radio qu'un porte-conteneur avait perdu une partie de sa cargaison peu de temps avant… et du coup, fièvre et fatigue aidant, j'ai passé la nuit à voir et à éviter des containers imaginaires dans les vagues !!!!… ce souvenir restera gravé… un vrai moment métaphysique…

Seconde fois, récemment… petite crique tranquille de Martinique, mauvaise communication avec la personne qui devait laisser filer la chaine pour mouiller, et du coup, pas assez de chaine… un gros grain blanc qui se pointe… et on décroche, enfants barbotant autour du bateau… on est venu percuter des bateaux mouillés à couple, pas très fort… j'ai amorti en jouant du moteur, peu de dégâts, mais une très grosse peur, pour les enfants (5 à jouer dans l'eau), qu'il fallait remonter très vite, que je puisse embrayer le moteur… on a frôlé l'accident.

28 juin 2011

Jamais eu peur pour ma vie (de casser du matos oui mais ça c'est autre chose), pas par excès de confiance mais par pure lâcheté.

Je ne sors jamais dés que plus de 25 kts de vent établi sont annoncés (question de bateau) et tant pis pour les railleries de ceux qui prétendent sur les pontons naviguer tous les 4 matins par 40 ou 50 kts de vent (et qui souvent ne savent pas de quoi ils parlent).

J'aménage mes croisières en fonction du temps que j'ai devant moi pour ne pas avoir à faire de trop long parcourt en catastrophe quelque soit la météo.

Je n'ai aucune confiance en mon hors-bord qui marche pourtant fort bien et me sais capable de rentrer à la voile dans les conditions de vent et de mer mentionné ci-dessus (ça m'est arrivé).

Jusqu'ici ça me réussi, jamais fait appel à quiconque en navigation.
Si un jour j'éprouvais une telle peur, pour ma vie et celle de mon équipage j'entends, ça serait un vrai sentiment d'échec pour moi.
Je ne compte que prendre du plaisir sur l'eau, pas me faire peur (question de caractère ?)

28 juin 2011

Peur, oui mais jamais pendant !!! Peut être parce que je n'ai jamais été inactif pendant les moments ou ça fait peur. Mais après en y repensant, c'est pas la même...

Par contre, comme Jm13, j'ai une angoisse systématique qui me prends sur les départs (que quand je suis capitaine, que je sois seul ou pas, sur le bateau des autres cela ne me le fait pas), elle peut être assez forte, mais se dissipe une fois que les voiles sont dehors et le moteur éteint.

28 juin 2011

J'aime bien ce fil où on se déboutonne un peu...Merci Viking :bravo:

28 juin 2011

Bizarre quand même,ce besoin de se déboutonner comme le dit jm13, de raconter à la terre entière ses peurs et ses petites angoisses...

28 juin 2011

on appelle ça du partage !..:pouce:
(..pas à la terre entière : juste un fil parmi les milliers, sur un des milliers de forums...)
Ce n'est pas un besoin, juste une envie ;
ça ressoude, ça crée des liens et nos différences affichées ne sont pas des contradictions. Juste des manières différentes de vivre la mer. Sans souci de jugement ou de vantardise : j'aime assez, pour ma part, mesurer les témoignages de Moluva et d'Erendil ; ça m'aide de voir les différences.
Il ne s'agit pas de juger, mais de se rendre compte : la peur fait partie de l'intime, de ce qui nous concerne vraiment.
Tous, quoiqu'on dise.
Que l'on fasse tout pour l'éviter ou que l'on accepte de la vivre quand elle est là. :reflechi:

Pierre

28 juin 2011

Une frousse bleue d'un instant devant la grande passe entre la cote sarde et les iles Mal di ventre.

Cela faisait un moment que je surveillais, en pleine nuit, genre 2h du mat, un feu de bateau devant moi. Il avait une allure trés erratique. On s'approche, j'étais à la voile dans du tout petit temps.

A quelques centaines de m de lui, j'entend son moteur accélerer à fond. Je ne vois pas le feu bouger. On est quatre à bord, les trois autres dorment à poing fermé. Il fait nuit noire. Toujours ce bruit de moteur à fond.

Je comprend qu'il me fonce droit dessus. C'est pour ça que le feu ne bouge pas. J'ai vraiment eu la frousse. Barre à fond, virement de bord. Il m'est passé à quelques mètres, probablement à plus de 20 nd. Va savoir ce que c'était, ce qu'il foutait, s'il m'avait vu.

Autre fois. Mouillé à Porquerolles, dans la crique juste à l'ouest de la plage d'argent. Après midi tranquille. Pas de vent, eau plate comme une flaque. On est mouillé sur fond de blocs de rochers, trés près de la cote. Il doit y avoir 1,50 m d'eau au dessus des blocs.

Une série de grosses vagues, probablement due au passage d'un gros bateau à moteur. Et la situation devient hyper tendue d'un coup. Dans ces vagues, nous montons et descendons d'un bon mètre, et je vois, juste là, à coté, une tête de roche qui émerge et se fait couvrir. Rien à faire. Cela dure juste une ou deux minutes, durant lesquelles j'attend le moment où on va s'exploser dessus.

Et un million de fois en naviguant, parce que je suis au moteur en train de rentrer au gapeau et que je longe la jetée par mistral de travers et que j'attends le moment où mon moteur va caler. Parce que je suis au mouillage et qu'un méga orage se lève en instant et que je me retrouve collé au hublot en surveillant la pluie qui tombe à l'horizontale en attendant le moment où mon mouillage lachera. Parce que je suis avec les gamins dans un autre méga orage qui m'est tombé dessus alors que je galérais en passant Ecita, un ilot au milieu d'un champ de pierre devant Senetose et que l'on ne voit plus rien. Parce que j'arrive de Corse derrière Porquerolles en pleine nuit sans lune, que le vent d'est ne fait que monter, que les surfs s'enchainent mais que j'ai la flemme de changer quelque chose parce que, à ce train là, on sera arrivé dans une demi heure, que l'on passe d'ailleurs déja les Sarraniers et à ce moment un choc et le bruit de la perche d'un casier qui frotte sous le bateau pendant que j'attend, tétanisé, qu'il se prenne dans la chaise du moteur pour tout arracher avant de le voir, soulagé, disparaitre dans le sillage.

Jacques

28 juin 2011

Appréhension, anxiété, oui j'ai déjà ressenti ces sentiments dans des situations durables où l'on se dit "Pour l'instant ça va, mais que va-t-il se passer si le temps continue de se détériorer...???".
Inquiétude lors d'un échouement sur un platin rocheux, avec l'anxiété consécutive à l'incertitude de l'opération immédiate de dé-échouement.
Mais, et je crois que c'est là le plus important, j'ai la chance d'avoir un fonctionnement mental tel que je n'ai encore jamais connu la panique, l'affolement ou la paralysie de l'action.
Apprendre et réussir à gérer son stress, savoir évacuer le mauvais et s'appuyer sur le bon, sont -me semble-t-il - des clés importantes qui, associées à l'action, facilitent grandement l'approche de situations à risques. Mais cela ne garantit pas l'absence d'appréhension, ce qui est finalement peut-être un bien.

28 juin 201116 juin 2020

En illustration de mes propos précédents, voici en PJ, le récit d'une traversée de la Manche en 1985 par gros temps.


28 juin 2011

Très interessant ce fil!
@steredenn : on croirait lire du Adlard Coles ! bravo.

01 juil. 2011

Merci Juno, je suis flatté ! Il va quand même falloir que j'achète enfin "Navigation par gros temps" d'Adlar Coles...!

01 juil. 2011

bah oui ça s'impose ! ;-)

28 juin 2011

Extrait de mon journal (pas de bord) du dimanche 8 Janvier 1995. 21H40

La lune joue les feux de mât, juste au dessus du bateau.
Ce matin, ciel couvert, visi réduite aux aguets, Est F 5 à 6.
Ce soir F 7. J'ai affalé la GV et rapetissé le génoa. 6 nds,
4 m de creux minimum et je suis obligé de fermer la descente sinon je risque un demi verre d'eau sur la TAC.

23H20. Il y a 20 minutes, je ne sais si c'est la Bonne Mère qui veille sur moi,l'athée, mais ma traversée a failli se terminer là!
Je me lave les dents quand j'entends un grondement-ronflement, comme celui d'un avion à hélice. Je me précipite, ouvre le capot de descente et avant de passer la tête, je sens tout de suite la fumée. Le bruit, les lumières: un cargo croise ma route à moins de 50 mètres de mes fesses. Je suis obligé de lever fort la tête pour voir défiler le pont du navire.
C'est incroyable! Hallucinant! Il continue sa route tout droit. Je n'ai vu personne, entendu aucun signal. Je suis sûr qu'il ne m'a pas vu. Il n'a pas manoeuvré et moi, je n'ai rien eu à faire. Son étrave a dû passer à 10 mètres de mon arrière!

J'avais fait mon tour d'horizon 20 minutes avant: le désert. Mais aujourd'hui la visi est faible et la houle s'est encore accentuée. En 10 minutes je ne l'ai plus vu.
Vraiment je suis très secoué par cet évènement et je vais faire une crise d'herpès en quelques instants. Depuis 3 jours, après mon départ du Cap Vert, je n'avais vu aucun bateau. Je ne vais pas pouvoir dormir cette nuit...

01 juil. 2011

Bonjour à tous

Felicitation Viking pour le sujet.
Angoise de depart quand je suis capitaine oui
Peur par rapport à la mer je ne sais pas peut etre un manque de Vecu .
Peur par rapport à l' orage en mer Oui c'est le coté aleatoire et peu d'action possible, alors que'adore les observer . Bon ok petit sous un arbre la foudre est tombé dessus c'etait un petit puisque je vous ecri mais tres bon au 100m ce jour là.

Lecture trés interessante.

Le Moko

01 juil. 2011

A vrai dire, peu de vraies angoisses pour ma part : une expérience assez limitée et un naturel plutôt prudent..
Le souvenir d'un orage il y a une trentaine d'années déjà :
La pétole en été vers la pointe des chats à Groix sur un bateau de 7m50.
D'un coup, les pennons virent à 180°, et le vent se lève. Je jète un oeil derrière et un énorme grain noir comme de l'encre nous ratrappe. Vite un point par relèvements : pas de gps à l'époque.
Le temps de prendre un ris, il faut abattre la grand voile. Puis c'est un combat contre le vent pour affaler le génois et hisser un foc pour faire route. En 20 minutes, le vent est monté à 8 ou 9 beaufort (selon les relevés météo). La pluie cingle la mer et l'applatit. La visi est d'environ 50 mètres. Parfois on croise à courte distance un bateau fugitif en fuite sous la pluie...Le vent nous pousse droit sur Lorient et ses hauts fonds.
Vite, je trace une route à l'estime entre Groix et la terre permettant d'avoir le plus d'eau à courir au grand largue. Avec le foc, le bateau est encore bien trop toilé, mais plus le temps de changer maintenant... Pourvu que le mat tienne!
Après 45mn de surf, le soleil réapparait et le vent retombe: Nous sommes juste devant Groix !
Ouf...

01 juil. 2011

Comme MrChriscool et Lemoko, j'ai souvent peur avant le départ quand je sais que ca va etre chaud. Une fois en nav, je suis trop occupé à gérer pour avoir peur mais je me suis jamais retrouvé dans une situation limite fort heureusement.
L'angoisse est la même que celle qui m'étreignait avant de me lancer dans une voie alors que je faisait de l'escalade. Une fois dans la voie, c'est terminé.

Ma dernière "chaleur" : 5 heures du mat au moteur nuit noire on est dans un champ de mine de flotteurs de filets de pêche. Impossible de gérer, on les voit passer de part et d'autre jusqu'à ce qu'on en accroche finalement une!!!! point mort...elle se décroche, uniquement prise dans le safran (ça a du passer à qq cm).
Mon angoisse : déraper dans les rochers (c'est idiot non??)!!

04 juil. 2011

Au risque de me contredire, je ne peux que citer ce qu'écrit l'écrivain/ministre/navigateur/aventurier/académicien, Jean Francois Deniaux, dans son livre HISTOIRES DE COURAGE que je viens de terminer:
"Ceux qui disent qu'ils n'ont jamais eu peur, je ne les crois pas. Ou alors il s'agit de cas médicaux. Dans une vie d'aventures de toutes sortes, je n'ai pas cessé d'avoir peur. La seule question qui se pose est: comment la faire attendre?...

Les plus grands marins ont toujours eu peur en mer par très gros temps, spectacle le plus épouvantable que je connaisse, le bruit et la fureur..."

Il n'en demeure pas moins que je ne partage pas son opinion sur le plan maritime...

04 juil. 2011

avoir peur c'est normal, c'est un réflexe de survie mais c'est après, dans l'action on n'a pas peur.
Mais je n'ai jamais vraiment eu peur comme par exemple quand un soldat sri lankais après que j'ai forcé un barrage sans le voir m 'a mis en joue à 2 mètres avec une kalachnikov et a armé le truc. la oui peur, oui.

04 juil. 201104 juil. 2011

pour la compréhension géo politique, il s'agit bien sur d'un soldat cingalais, les Tamils étant eux des rebelles.

04 juil. 2011

ou autre chose, en avion j'ai connu la peur, le truc affreux qui noue les tripes et on pense qu'on va mourir. je n'ai jamais connu cela en bateau. Il faudrait un autre mot. parlons plutôt d'angoisse sourde

04 juil. 2011

cf mon message au dessus:
Quand j'ai écrit "je n'ai rien eu à faire", je dois ajouter : heureusement ! car le spectacle qui défilait devant moi m'avait totalement sidéré au sens littéral du terme, figé, et je pense qu'il m'aurait fallu quelques secondes pour réagir si cela avait été nécessaire.
Le 1° janvier 2009, j'ai connu une assez grande angoisse lorsque j'ai vu le volcan de Montserrat (mon avatar) monter en puissance, mais je me suis activé sans cesse pour faire avancer ma barque le plus vite possible. L'éruption progressive n'avait rien à voir avec le vrai choc
du frôlement du cargo.
Pendant mon "séjour" en AFN, la vraie peur arrivait APRES l'accrochage.

04 juil. 2011

J'ai peur :
- de la foudre,
- de manquer de pain,
- des pêcheurs,
et de tous ceux qui "oublient" de mettre leurs pare-battages.

Je n'ai pas les mêmes souvenirs d'escalade qu'eurus : je me suis souvent juré de ne plus jamais me mettre dans des stress pareils, alors qu'en bateau, ça ne m'est encore pas arrivé. C'est sans doute parce que mon programme reste très modeste.

04 juil. 2011

Tous vos témoignages sont forts intéressant pour le novice que je suis. Pour le moment, ayant des enfants en bas âge, j'ai plus peur lors des autres que du temps.
Malgré tout, on peut tout prévoir, mais on ne peut gérer les autres.
Retour au port tranquillement, et là, deux bateaux qui se tirent la bourre dans la rade, avec des changements brutaux de cap, passent l'un devant et l'autre derrière. Ce qui m'a fait peur, c'est surtout quand j'ai vu le dessous de la coque du bateau en train de virer de bord et nous passer entre 5 et 10 m. Toute la petite famille étant à l'avant assise, j'ai cru qu'il allait nous rentrer dedans.
Désormais, dès que l'on s'approche des côtes j'ai un gros stress. la moindre embarcation qui approche m'inquiète. Je fais une allergie aux scooters des mers, aux bateaux moteurs de location, et autres hors bord dont on sent souvent que l'équipage, lorsque le vent de l'intelligence a soufflé s'est jeté à plat ventre pour l'éviter.

04 juil. 2011

J'ai peur des côtes au vent en général, surtout la nuit, où je les crois toujours plus proches qu'elles sont. Vraiment peur, même par temps calme si la nuit est un peu noire.

Souvenir d'un grain "blanc" (la mer est devenue blanche d'écume et plate) qui nous a touchés dans le chenal ouest de Lorient, dans le sens de l'entrée, équipage de jeunes, croisant les doigts que ça se calme avant le virage vers la citadelle.

Une arrivée très chaude au port de La Guardia un jour de grande houle trois quart arrière. mes jambes ont flageolé quelques minutes après ça, et je demande au pécho heurté dans mon élan de bien vouloir me pardonner l'écaille faite à son bordé par notre ancre.

la peur aiguise les sens et décuple la force en cas de besoin. c'est un peu une amie.

merci pour ce fil introspectif !

05 juil. 2011

Une grosse frayeur il y a 3 ans sur le Bianca 111 d'un copain. Nous avions quitté Plymouth pour Falmouth, j'étais à la barre (à roue) et je constate que le bateau ne répond plus à la barre. Diagnostic immédiat (car déjà arrivé 2 fois) : c'est la clavette qui solidarise la roue avec la poulie des drosses qui a foutu le camp. Qu'à cela ne tienne, on sort la barre franche de secours et on fait demi-tour pour revenir sur Plymouth (car plus près et plus de ressources pour réparer). Oui mais, il y a un bon vent et pas mal de mer, et la barre franche de secours, c'est un peu comme les roues de secours - galette sur les voitures, ce n'est pas fait pour aller vite ni loin !
En arrivant juste devant la passe de la digue brise-lame qui ferme la rade de Plymouth, le barreur crie "je n'ai plus rien à la barre" et le bateau fonce tout droit sur la digue à 8 nœuds... On choque tout en catastrophe, le skipper se
précipite sur la barre... et en 30 secondes : constate que la barre franche est "enfourchée" sur une clavette horizontale qui transperce la mèche de safran en dépassant de chaque côté ; que ladite (et maudite) clavette a elle aussi glissé et s'est barrée ; qu'elle est heureusement tombée à l'intérieur du cockpit ; la ramasse et la remet en place ; repose la barre franche dessus ; vire à quelques dizaines de mètres de la digue tout en maintenant la clavette en place avec l'autre
main ; et pousse un gros Ouf (et le reste de l'équipage aussi) !

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