Naufrage du voilier-école belge Comte de Smet de Nayer (7) -mercredi 11.

Quelques « vérités qui dérangent- demi mensonges » qui posent question...

Petit saut en arrière....

Le voilier Dunkerke arrive à Douvres... à son bord les rescapés du navire-école belge Comte de Smet de Naeyer. On suppose que ceux-ci vont être débarqués pour rentrer le plus vite possible en Belgique sur un des paquebots belges qui assurent la traversée quasi journalière entre l’île et le continent, et ainsi rassurer au plus vite les familles. C’est du moins le point de vue des autorités anglaises.
............
... Le remorqueur Granville s'approche du 3 mâts Dunkerke, mouillé en rade de Douvres. A plusieurs reprises le commandant du remorqueur a pris contact avec le commandant Morfouace.
Le commandant Iron, commandant du port, est monté à bord du voilier français.
« Nous vous proposons de débarquer les rescapés » propose-t’il au commandant Morfouace du Dunkerke.
Morfouace. « Je vous remercie mais ils refusent. Ils désirent poursuivre le voyage avec nous jusque Hambourg » répond Morfouace.
Iron. « Ils refusent ? Pour quelle raison ? »
M. « Peut-être craignent-ils les indiscrétions des journalistes » ?
I. « Ils ne sont pas obligés de parler »
M. « Sans doute, mais ils ont les nerfs très éprouvés et redoutent la foule »
I. « Ne pourrais-je au moins voir un des leurs ? » insiste Iron.
Iron attend longtemps, enfin un homme d’une trentaine d’années s’approche, le second officier Wenmaeckers, il paraît embarassé.
I.« Lieutenant, je vous propose de vous rapatrier à Ostende par le premier paquebot belge en partance ».
Wenmaeckers. « Je vous remercie mais nous attendons des ordres du gouvernement belge ».
Iron trouve étrange que des rescapés doivent attendre un ordre pour être rapatriés au plus vite possible dans leur pays.
I.« Puis-je faire quelque chose pour vous, pouvez-vous me communiquer la liste des survivants » ?
W. « Cette liste a déjà été donnée »
Visiblement le second lieutenant Wenmaeckers ne veut pas, ne peut pas, parler. Il réprime même un mouvement d’impatience devant l’insistance de Iron.
W. « Je ne peux rien vous dire avant les conclusions de l’enquête qui doit avoir lieu. Sachez seulement qu’une voie d’eau s’est déclarée pour une cause inconnue. »
Iron, revenu au port se confiera : « Cette attitude est vraiment étrange. On dirait que les rescapés veulent cacher quelque chose ».
Les journaux font rapidement mention de cet étrange mutisme. Il faudra donc patienter jusqu’au retour des rescapés en Belgique.
Quelques jours plus tard, le commandant d’un voilier italien, le Lucia, qui vient d’accoster à Plymouth, déclare avoir vu en mer un canot de sauvetage à 200 miles du port. Il s’agit du canot nº4 qui avait chaviré lorsqu’il fut mis à l’eau. Il était vide.
En Belgique le naufrage prend vite les allures d’une catastrophe nationale et d’un scandale. Le navire aurait été construit au rabais, avec de mauvais matériaux.
Plusieurs jours ont passé et la liste des rescapés n’est toujours pas communiquée. Tout à coup, certains affirment d’ailleurs que le Dunkerke aurait fait naufrage lui aussi en Mer du Nord, entre douvres et Cuxhaven.
Il n’en est rien.
Le 28 avril, 9 long jours après le naufrage, le Dunkerke arrive enfin à destination. Les rescapés refusent à nouveau de voir la presse et sont débarqués, encadrés par des officiers de marine, amenés à la gare, mis dans un train. Pour éviter des manifestations à l’arrivée, on les sépare à la frontière belge et c’est par petits groupes séparés qu’ils rejoignent Anvers.
« Je ne peux comprendre pourquoi les rescapés du Comte de Smet de Naeyer se montrent d’une telle discrétion ? » ... telle est la réflexion d’un journaliste devant leur attitude. Que cache donc cette discrétion ?
Cependant un cadet plus bavard s’est exprimé... il aurait ainsi prétendu que personne à bord ne connaissait le mécanisme de déclenchement permettant la mise à l’eau des canots.
Le capitaine Louis Lacroix, vieux Cap-Hornier et chroniqueur de la marine à voile interrogera plus tard son camarade, le capitaine Morfouace
, commandant du Dunkerke, mais ce dernier ne révélera rien, simplement qu’on lui a fait promettre de garder le silence.
Il est donc des détails que l’on veut dissimuler.
Cette voie d’eau soudaine et d’origine inconnue met en cause la solidité de la coque métallique, dont des rivets furent remplacés entre les 2 voyages.
Le bruit a aussi couru que des matelots ont pris de force la place des cadets dans le seul canot mis à l’eau.
« Chacun s’affairait au petit bonheur, on ne ressentait pas un commandement ferme » dit encore notre bavard de cadet... et surtout, personne n’obéissait aux ordres donnés !
Autre révélation : lorsque le navire fut englouti, plusieurs survivants refusèrent d’embarquer dans le canot surchargé les 4 derniers naufragés qui nageaient vers eux : les lieutenant Wenmaeckers, Célis, un cadet et un matelot. C’est en reconnaissant parmi les 4 personnes à l’eau deux des officiers qu’ils ont pensé utile de les repêcher ! Et plusieurs autres marins auraient été abandonnés à leur sort. Un autre cadet dira que pendant de longues minutes on pouvait encore entendre les cris de ceux qui se noyaient.
Voici ce que Wenmaekers dira bien plus tard :
« Nous nagions en direction du canot, nous étions exténués. Nous appellions au secours» Ils s’attendent à ce que les occupants du canot rament vers eux, or, à bord personne ne bouge. Ils paraissent pétrifiés, sans réactions.
« On est déjà trop comme cela » aurait dit l’un d’eux.
Un autre aurait ajouté : « On va chavirer ».
Quelqu’un proteste :
« Vous n’avez pas honte, on est tous solidaires... en plus nous avons besoin d’officiers pour nous conduire à terre ».
Wenmaeckers reprendra finalement les hommes en main :
« Je vous sauverai mais il faut de la discipline.Il organise des équipes qui vont ramer à tour de rôle. »
Il leur dit qu’ils sont à 24 heures de la terre, il sait cependant qu’il faudra 5 jours pour l’atteindre, mais il faut insuffler du courage à ces hommes en panique, et il sait aussi que la chance est grande de croiser un navire, dans ce golfe de Gascogne très fréquenté. Il rationne le peu de nourriture: à midi il distribue une demi-tablette de chocolat et une cuillère de peptone*** par personne... le « peptone est très nourrissant assurait le médecin de bord.
Du peptone ? « Wat is dat » ? C’était un « vin » de Chapoteaut, qui contenait de la viande de boeuf, et qui était notamment recommandé par l’Institut Pasteur pour les personnes fragiles.(voir les illustrations et ci-dessous le texte de l’étiquette) :
« le vin de Peptone contient de la pepsine. Il est recommandé pour les maladies d’estomac, les digestions difficiles et les insuffisances de l’alimentation.On nourrit avec lui les anémiques, les convalescents, les phtisiques, les vieillards et tous ceux privés d’appétit, dégoutés des aliments ou ne pouvant les supporter »(Pharmacie Vial, rue Bourdaloue, Paris... elle n’existe plus, j’ai vérifié !)
....................

Non, tous ne furent pas des héros ce jour là : faiblesses momentanées d’hommes frappés par le malheur.
En revanche, l’héroïsme de Fourcault, de son second, de l’aumônier, sont dignes des grandes traditions de la mer !
... Et il y a une suite, bien sûr. Car nos députés belges vont prendre la parole et se livrer à un duel gauche-droite parfois peu reluisant ! Les élections sont proches : les cadavres ne voteront plus, mais les familles et la population en colère si !! La droite catholique , conservatrice et nobiliaire au pouvoir risque bien d’y perdre des plumes.

*Augustin Morfouace était capitaine au long cours, commandant à bord des grands voiliers Bordes puis capitaine d'armement de la compagnie HDB Bordes jusqu'à sa fermeture.Son fils devait décéder en 1944, lorsque son avion s’écrasa en Afrique du Nord, il fut décoré de la Légion d’Honneur.
Photo 1: les gilets de sauvetage de l'époque.
Photos 2 et 3: le fameux Peptone.
Photo 4: le voilier et vue sur les 4 canots.
Photo 5: le départ d'Anvers du navire-école(les cadets saluent)

L'équipage
11 nov. 2021
11 nov. 2021

En raboutant tes textes tu te rapproches d.un petit livre plus les illustrations

Quel travail !

11 nov. 2021

c'est un travail-plaisir... je crois que le bonheur d'un vieux (avec ou sans majuscule) est de parler du passé. L'"avenir" (qui avec une majuscule était aussi le nom du voilier-école belge qui suivit le CdSdN en 1908 et navigua jusqu'en 1932) est plus qu'incertain lorsqu'on commence à en apercevoir l'horizon sans jumelles de marine. C'est dans le passé qu'est plantée notre ancre-encre, seul le mauvais vent maintient la proue au futur. Dans le passé il y a des vieux navires, des mâts de charge, les ports du Brésil et d'Afrique de l'Est, les carnavals de Bahia Blanca ou de New Orleans, et les couchers de soleil. Je l'ai dit, il y a 3 sortes d'hommes: "les vivants, les morts et ceux qui vont en mer"... il n'y a pas à en sortir!
Et sur ce?
Un Johnny Walker, Red Label, bien tassé!... le whisky des navires belges des seventies.

12 nov. 2021

Je suis comme toi nostalgique de la mar mar des annees 70

Mais il faut pas dire c etait mieux avant c est mal vu
Pourtant je reste persuade qu une escale de 10 jours permettant d aller a terre visiter les marches et boien sur bien d autre choses le soir
Quand au whisky j ai des collegues qui m ont dit que maintenant les bateaux etaient dit sec quand de mon temps un navire ne pouvait pas pas legalement partir sans sa quantite de vin dit cambusard a bord
Enfin nous on a eu la chance de bien se marrer avec nos eleves officiers ou les officiers leur payaient leur bon de saillie pour se taper une pute maintenant meme ca ca serait interdit

12 nov. 2021

Bonjour tatihou ... j'ai publié ce matin une suite ce matin nº8, mais impossible d'ajouter les photos, toutes sont refusées avec un code500 (???), et personnellement je ne vois même pas cette site alors que H&O me confirme sa publication (par deux fois)?? En attendant j'abandonne pour aujourd'hui, ça fait 2 heures que je m'évertue en vain!

12 nov. 2021

tatihou... Hé oui... le bon temps de la Kilindini Road de Mombasa,de la General Camara de Santos ou du French Quarter de New Orleans, c'est du passé... avant Me Too!!! et les navires secs, peu pour moi! ... tiens et problème récurrent: je voulais ajouter une photo à ma réponse et même message: server code500????

Votre réponse

Merci de contribuer aux réponses sur HISSE ET OH !

Merci de vérifier de bien répondre au sujet. Fournisser des détails sur votre réponse et partager votre expérience et vos recherches !

Mais éviter de …

  • Demander de l'aide ou de répondre à une autre question (utiliser les commentaires dans ce cas).
  • Porter un jugement et manquer de respect dans votre réponse.
  • Pour plus d'information, consulter la FAQ et la Charte de HISSE ET OH !

Déposer un fichier ici ou Cliquer pour envoyer

LAGON aux eaux turquoises et au sable rose de GRAMVOUSA en CRETE

Souvenir d'été

  • 4.5 (198)

LAGON aux eaux turquoises et au sable rose de GRAMVOUSA en CRETE

novembre 2021