Comment j'ai volé mon bateau

J’ai volé mon bateau enfin presque je l'avais quand même payer

L’histoire débute par un drame. C’est Luis, champion des cyclones toutes catégories. J’ai acheté en Martinique un Voyage 11,20 et je me fais la main dans les Antilles. Je suis remonté du Venezuela à Saint-Martin, où Luis est annoncé. Le lagon de Saint-Martin est donné comme un bon trou à cyclones. Je suis tranquille : je suis au bon endroit. Luis arrive et se renforce. Je mets mon bateau sur un corps mort de cinq cents kilos avec cinquante mètres de chaîne. Plus deux fois cinquante mètres de chaîne avec deux bonnes ancres sur un fond de deux mètres. Saint-Martin est réputé. C’est tout juste si on se souvient du dernier cyclone, et il y a dans le lagon un bon millier de navires, notamment des gros yachts, et même des petits cargos. Luis arrive et reste une bonne douzaine d’heures à hacher tout menu-menu, très très menu. Les vents ont atteint les deux cent cinquante kilomètres à l’heure et peu être les trois cent car a un certain moment aucun instruments ne résistes pour mesure C’est apocalyptique et le raconter serait trop long. Voir histoire précédente
.
Je vais au bout des pontons de la marina de Simpson Bay. Mon bateau a disparu. Le lagon est vide. Seuls une quarantaine de voiliers flottent. Je m’en retourne chez mes amis et là, juste à la sortie, je vois mon bateau contre un quai. Quelqu’un me l’a amarré parce qu’il jouait aux quilles dans la marina. Il est dans un état pitoyable : tout le côté arrière tribord est arraché ; le coffre a disparu ; la cabine est à ciel ouvert ; le coin navigation de même (pratique pour faire le point sur les étoiles) ; et la brèche se termine à la moitié du bateau. Les barres de flèche sont parties, ainsi que le davier d’étrave, les rails de fargue, les filières, les chandeliers, les balcons. Le pont est nu de chez nu. A l’intérieur, il y a quatre-vingts centimètres de vase nauséabonde. On remet le bateau vivable avec des amis et je dispose de deux cabines et une toilette. Je recueille à bord deux équipiers, car on ne peut pas vivre sans entraide. Tout décrire serait encore trop long et occupera une bonne place dans l’histoire du cyclone. Je dirai simplement : j’ai appris.
Tout manque. Tout le monde est à cent au-dessous de zéro. Il est impossible de réparer tous ces bateaux, et l’on ne compte même pas ceux qui ont carrément disparu. Les bateaux sont à vendre à la pelle et ne valent rien.
Pour moi, le Voyage 11,20 est irréparable. Fini le rêve ! Fini les voyages ! Mais j’ai repéré un Océanis 390 de chez Sunsail. Il est peu abîmé. Il a le cul sur un quai, le safran planté dedans. Je me renseigne. Oui, le bateau est à vendre (trop heureux de trouver un acheteur). Je l’achète pour vingt mille dollars. Ils doivent me le remettre à l’eau et, un mois et demi plus tard, le mettre à couple du mien. Je ne parle pas anglais mais le gars me dit de me mettre plutôt du côté français, sans autre explication.
Moi, j’emménage dans le bateau et je le nettoie. Il est plus grand, plus confortable : trois cabines et deux toilettes. On est heureux comme des poux avec mes petits équipiers enfin plus locataire que équipier. Quinze jours, trois semaines passent. Ils ont trouvé du boulot sur d’autres bateaux (c’est pas ce qui manque). Un jour, je vais à la marina de Simpson Bay pour leur donner un coup de main ou pour un truc quelconque. Je sors de la marina pour une course et là, je vois mon bateau, l’Océanis, au quai. Il est attaché au quai avec une chaîne, un cadenas au taquet du ponton. Je vais voir le capitaine de la marina, qui me dit que le bateau a été saisi par décision de justice et que je ne peux pas y toucher. Je retourne au bateau. Sur le mât est apposé tout le truc de justice (en hollandais en plus !). Je retourne côté français, au bureau de Sunsail. Ils sont au courant : il y avait eu une plainte d’un autre bateau comme quoi l’Océanis lui était rentré dedans pendant le cyclone.
Je suis sur le cul. Il le savaient, ne m’ont rien dit, m’ont vendu le bateau, ont empoché l’argent. Je comprends la petite phrase : tu devrais te mettre côté français, et puis aussi pourquoi les papiers n’arrivent pas. Maudits chiens d’Anglais ! Bâtards vils et fourbes ! Le gars de Sunsail me dit quand même que cela va se régler en deux ou trois semaines. J’ai convaincu le capitaine de la marina de me laisser récupérer mes affaires. Et retour, si je puis dire, à la case d'épave : le Voyage 11,20. Ça a duré presque cinq mois ! Tous les jours sans exception, à 9 heures, j’étais dans le bureau de Sunsail, et toujours pas de solution. J’en ai eu marre et un jour, avec des potes, on met au point une opération récupération du bateau. On a un ami sur un cata dans la marina et là, on observe les vigiles et leurs tours de garde, la relève, les rondes. Le meilleur moment, c’est le dimanche matin à 9 heures. Il nous faut deux annexes car l’Océanis n’a plus de batterie et surtout plus de safran.
Le dimanche matin de bonne heure, on rend visite à notre copain et on attend la relève. Neuf heures, ça y est, le remplaçant se tape le cul sur sa chaise. Vite on fait le tour des pontons, on attache les annexes de chaque côté. Vite vite !le gardien s’est levé. On coupe la chaîne, les aussières. Vite vite !le gardien est en train de téléphoner.On va tout de travers. Je suis obligé de me mettre au pied du mât et de dire à droite ou à gauche, plus vite ou moins vite, pour arriver à un semblant de ligne droite. Il nous faut contourner les pontons pour sortir et éviter les amarres avant des bateaux qui sont cul à quai. Que c’est long ! On n’avance pas vite… Ça y est, la marina est derrière nous, on file droit sur la frontière, encore cinq ou six cents mètres ! Je me retourne. Une annexe arrive à fond la caisse. Je sais que c’est pour nous. Je crie aux copains : vite !vite !ils arrivent !
Trop tard, l’annexe est au cul du bateau et le capitaine de la marina saute à bord. Il s’appelle Bill. Et Bill, c’est un Noir bâti à la Schwarzenegger, et il n’est pas content, mais alors pas content du tout ! M’attrape d’une brassée et me jette à la baille (j’ai quand même essayé de l’agripper). Quand je ressors la tête de l’eau, le bateau est déjà à une vingtaine de mètres. Les copains ont coupé les moteurs et je nage comme un dératé. Je remonte à bord. Le Bill est en train d’essayer de défaire les nœuds des annexes, mais comme les potes, pour aller vite, ont fait des gros nœuds de vache, c’est serré à mort. J’essaie de l’amadouer, je lui dis que c’est mon bateau. Il est sourd. Pendant ce temps, l’autre est en train de prendre des photos, et là, ça me fout en rogne. Je prends un morceau de rail de fargue d’un bon mètre qui traîne sur le pont et m’apprête à le lui balancer dans la gueule. Pas le temps ! Le gros Bill m’a empoigné la main et me fait lâcher mon arme. Il me tient par le cou et je vois son autre main, son bras et son avant-bras qui reculent, qui reculent… Le bras s’est transformé en une énorme bielle et son poing en un énorme piston. Ça y est je me dis, ma tête va éclater ! Je me retrouve sur le cul les quatre fers en l’air et, oh miracle ! ma tête est toujours là. Je suis bien content qu’il ait changé d’idée. Du coup, je lui dis que je ne recommencerai pas. Je suis cuit ! On est foutus. Et gros Bill, il n’arrive toujours pas à défaire les nœuds.
J’ai une idée. Je prends un bout’, le tourne autour de la bôme et autour de mes mains. J’agrippe le tout et me mets à hurler help !au secours ! Je dis aux copains d’en faire autant. On appelle, on gueule, on crie, et ça marche ! Sur les bateaux au mouillage on s’agite, on gueule, on souffle dans des cornes de brume, des annexes se mettent à l’eau. C’est gagné ! Bill se replie, saute dans l’annexe et disparaît vers la marina. Vite les gars ! Direction la France. J’attache avec plein de chaînes les deux bateaux (ça ne manque pas, les chaînes, y en a plein le lagon). Je file à la gendarmerie. « Bonjour monsieur, je viens de voler mon bateau, côté hollandais. Nous avons été agressés. On m’a jeté dans l’eau. C’est mon bateau, voilà la facture. Il a été saisi pendant mon absence, etc. — C’est bon, on va voir. — Non, non, monsieur le Gendarme ! Je veux que ce soit écrit et je veux signer. » Sitôt dit, sitôt fait. Ça y est, nous sommes dans un État de droit, y a plus qu’à attendre.. Sauf le lendemain matin le gros zodiac de la marina est venu roder autour de nous en nous traitant de voleurs . Rien d’autre ne se passera
Comme quoi j’aurais dû commencer par là.
Deux jours après, chez Sunsail, ils me disent qu’ils ont reçu les papiers. Maudits chiens, maudits bâtards !Ils les avaient les papiers maintenant ils sont content je leur est fais économiser 130.000 dollars plus l’avocat .Je fais immatriculer le bateau a Névis par l’intermédiaire d’un copain qui connait une avocat là bas . En quinze jours tout est réglé sans avoir eu a bouger ,le tout pour 1.500 dollars .
Je me suis fais avoir et j’ai la rogne contre le type de l’annexe qui est venu avec le gros Bill ,car j’ai appris que c’est lui qui est venu séquestrer mon bateau il y a six mois .C’est lui le gérant de la marina et il avait des vu sur mon bateau pour le saisir quand les frais de marina auraient été justifiés .Je ne m’en serais jamais tirer ,cela aurait été sans fin . Il y en avait trois dans la marina dont le mien a être saisi . Bon il faut le dire je lui est gardé un chien de ma chienne .

Je suis descendu avec mon petit équipier à Trinidad pour réparer le Coyote premier du nom. Je l’ai gardé cinq ans, mené avec Danièle jusqu’en Nouvelle-Calédonie et vendu
Danièle et Raymond sur Coyote

L'équipage
21 déc. 2014
21 déc. 2014

C'est bien une bande d'enfoirés, je ne sais pas trop comment j'aurai réagis, mal surement ... Je trouve que vous avez bien mené l'affaire avec pas mal de sang froid. Bravo
Thierry ;-)

21 déc. 2014

:bravo: :bravo: :bravo:

21 déc. 2014

Ben bon dieu ! Quelle histoire que voilà. Je pense que je vais continuer à naviguer en méditerranée, ça me parait plus calme, mer et gens.
Jean-Bernard

21 déc. 2014

J'ai passé du temps là-bas en 2010 avant une transat retour. On a le sentiment que c'est encore l'aventure dans ces coins...Les formes ont changées depuis la flibuste mais le fond est le même...Bravo pour l'opération en tout cas.

21 déc. 2014

bravo

21 déc. 2014

ne pas faire justice soi même qu'ils disent...
bravo, faut avoir ce qu'il faut là où il faut :pouce: :pouce: :bravo:
méfiance en med, i ly a des gens du même acabit... :jelaferme:
JL.C

21 déc. 201421 déc. 2014

Coyotte, BRAVO !!
"Je retourne côté français, au bureau de Sunsail. Ils sont au courant : il y avait eu une plainte d’un autre bateau comme quoi l’Océanis lui était rentré dedans pendant le cyclone. "
précises moi ceci (j aime bien comprendre)
1/ au niveau de Sunsail, ce ne pouvait être qu un problème d assurance en fait, rien de plus, non ? qui allait se regelr en qqs semaines ?
2/ la meme histoire peut arriver ici : tu achetés ton bateau et il se retrouve hypothéqué avant que la vente soit conclue
3/ juste une idée : pas possible de "freiner" l'annexe du gros Bill avec un bout? extrait de :
"Rainbow warrior, trop c'est trop"
En tout cas bravo, ou en est l'affaire actuellement ? terminée j'espere

21 déc. 2014

Salut Coyotte
"1 /1400 bateau ce rentre dedans qui a commencé le premier ???"
merdier d assurance qui ne justifie pas une saisie : le vendeur aurait du te dire ce qu'il savait. Quel rôle joue un ports dans un séquestre, je ne pige pas, tu as bien fait d'agir ainsi.
"2/ Ou encore saisi comme le coyote N* 3 voir histoire de son achat en 2010 en Croatie"
Je regarderais, c'est dans les historiques ?
Bonne soirée

21 déc. 2014

Ulysse a Coyotte Extraordinaire aventure, épopée même dans ces iles , que j ai bien connu en 98- 99- 2000 , rien ne se fait d une façon normale, toujours se méfier hélas quand au " trou" a cyclones ,...... j ai connu aussi des " gros bill " ( ou plutôt 1 en version réduite mais venimeux) assez fréquents dans ces coins , qui pensent que les " métros " sont des proies faciles , mais parfois il y a des retours de manivelle......

21 déc. 2014

Bravo pour ton ecriture toujours aussi prenante !

22 déc. 2014

:pouce:

22 déc. 2014

:pouce:

22 déc. 2014

Beau récit bien que pas très moral.
Par contre rester à saint martin à la saison des cyclones est d'une inconscience totale.
La preuve....
Quand à prendre cette baie pour un refuge sain....avec tous les bateaux qui y trainent c'est illusoire.
O

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