Echouage Banc du Grand Vey le Dimanche de la Saint Valentin

J'espère qu'il n'y a pas eu trop de casse sur ce bateau "saisi" par hasard lors d'une balade en Cotentin
@+
Breizhou

L'équipage
23 fév. 2010
23 fév. 2010
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Au même endroit
Il y a une trente-cinquaine d'années j'habitais à côté d'Isigny, dont le chenal donne dans la baie des Veys. Un beau matin d'ctobre, je pars à la pêche dans la brume (super pour le lieu et la plie) à mi-marée. Juste après la ferme à Bricard, j'entends des voix. Chasseurs que je me dis...Environ 100m plus loin, la brume se déchire et laisse passer un rayon de soleil. Là un bateau british échoué, couché. Je passe juste à côté, et 2 anglais dont l'un me regarde passer et dit "Have a nice day"....Ceci dit, j'ai appris plus tard à rater une marée, même plusieurs. D'ailleurs j'y suis toute la semaine prochaine.

23 fév. 2010
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Probablement échouement!
Je ne pense pas que ce skipper se soit échoué volontairement.

ans ce coin, il faut faire attention et surveiller le sondeur. Et surtout ne pas chercher à tricher avec la marée ni sortir du chenal.
Pour entrer à Carentan, il faut être à la PM à la bouée d'atterrissage de Carentan et ne pas traîner pour rejoindre l'écluse du Haut Dyck.

C'est aussi un coin où se prélassent quelques phoques.

23 fév. 2010
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Je ne suis donc pas le seul...
...à m'être échoué au sortir d'Isigny. Je venais d'acquérir Jaoul et j'avais invité ma famille pour faire un tour inaugural en mer. Voici ce récit peu glorieux.

Jaoul est plein. Salomé et sa mère sont assises devant le mat pour jouir de la balade, ma mère est assise dans le cockpit, Michèle est debout, inquiète. Je largue les amarres et Jaoul se met en travers. Merde, j’ai encore oublié de descendre la dérive centrale. Je cours à l’intérieur et l’abaisse. Puis je reviens à la barre. Un homme qui a vu la manœuvre rater vient pousser le nez de Jaoul vers le milieu de la rivière. J’accélère. Ouf ! On est parti. Je remonte vers le pont pour faire admirer le lieu à mes invités. Puis, je redescends la rivière.
Dans le chenal, cap au 352. C’est la direction de St Marcouf. Le vent de nordet est vif. Il faut défaire les pare battages et ranger les amarres. Je donne des ordres. J’abaisse la dérive arrière et je vais chercher le pilote. On est plutôt sur la gauche du chenal. La barre est dure. Je trouve que Jaoul est sensible au vent et dérive beaucoup. Je regarde Michèle lover les amarres. Elle s’embête pour rien. Elle fait de trop courtes glènes. Et c’est plus difficile et plus long à lover… Tout à coup, je ne reconnais plus le paysage. Sentiment de ne plus savoir où je suis. Je panique un peu. Les perches vertes à… voyons bâbord en sortant… enfin je crois. Là bas des bouées. C’est bon il faut passer au milieu mais là les perches… je ne sais plus. Jaoul freine d’un coup. Moteur au point mort. Vite, il faut remonter les dérives, on est planté. La dérive arrière surtout. Faut pas que le bateau pèse sur elle. Elle est fragile et risque d’endommager la coque en faisant ouvre-boîte. Elle passe au milieu du réservoir à fuel et c’est comme ça que Jean-Louis a perdu son moteur quand de l’eau a pénétré dans le réservoir coupé par la dérive qui faisait levier. Je ne pense qu’à ça en tirant comme un sourd sur le bout de relevage. Merde, elle ne remonte pas. Marche avant. Marche arrière. Je tire. Marche avant, marche arrière. Elle vient un peu. Je tire de toute mes force. Elle est prisonnière de la vase. Elle se relève enfin. En un éclair, j’imagine le bateau trop couché à cause des dérives. Je saute à l’intérieur et remonte frénétiquement, à grands coups de manivelle, la dérive centrale qui ne fait pas de difficulté. Je gicle dehors. Moteur avant toute. Puis arrière toute. Rien à faire. Jaoul ne bouge pas. On est plantés. Bien plantés.
Suit une grosse crise de découragement. Se planter au sortir du port, c’est lamentable. Au plain, par-dessus le marché. Mais ce n’est pas tout : on va vers la morte eau et les marées ne monteront pas aussi haut. On peut s’échouer de toutes les façons mais au plain (c'est-à-dire à marée haute) et en coefficient décroissant, ce n’est pas permis. Je suis nul. Ca ne fait pas trois jours que j’ai pris Jaoul en mains que j’accumule les conneries. La balade est terminée. Je réfléchis. Des bateaux à moteur viennent voir. Je demande de me porter une ancre vers le milieu du chenal. Les gars refusent. « T’as qu’à appeler la SNSM, il viendront avec la vedette ! ». La SNSM ? Solution de facilité. On va quand même pas les appeler pour si peu !
La marée descend et peu à peu, se dévoile le paysage. Nous sommes juste sur la limite des perches vertes, Jaoul est couché sur le platin en travers d’une falaise de vase avec l’hélice et le gouvernail suspendus au dessus des eaux. Tant que la marée n’est pas descendue complètement, on ne peut rien faire. Je réfléchis et chacun me donne son avis. Je suis obligé de hausser la voix pour les faire taire. Je ne connais pas le bateau et j’ai besoin qu’on ne me sollicite pas pour réfléchir à comment sortir de cette situation. Pourvu que je ne me sois pas mis complètement au plain. Non, je ne crois pas. Nous sommes partis un peu après pleine mer. Il y a un faible espoir de voir Jaoul flotter librement à la marée suivante. Soit dimanche vers une heure et demie du matin. A marée basse, je descends porter l’ancre dans le ravin de glaise. Mes bottes sont aspirées par la vase et font ventouses. J’ai du mal à avancer. Je risque à chaque pas de m’étaler. Je balance l’ancre et je reviens en faisant attention de ne pas trop saloper le bateau. Vient l’heure de manger. J’explique comment allumer le feu tandis que je prépare une deuxième ancre à jeter plus loin, car j’ai peur que la première n’accroche pas assez et que la prochaine marée nous pousse plus haut encore sur le platin. Les femmes n’arrivent pas allumer le réchaud et laisse le pétrole s’écouler. D’un coup la flaque de pétrole s’enflamme et un nuage noir envahit la cabine. Impossible d’éteindre le feu. Il faut ouvrir les capots pour laisser s’échapper la fumée. Michèle veut prendre l’extincteur. C’est un truc à poudre et pour finir de saloper tout l’intérieur, il n’y a rien de mieux. Non, il faut laisser brûler la flaque jusqu’à épuisement. Ca marche. Le feu s’éteint tout seul. La fumée n’a rien sali, c’est une chance. Par contre il faut nettoyer la cuisinière qui est noire de suie. On reprendra calmement l’allumage et le repas cuira très bien.
La nuit ne va pas tarder. Il faut porter une autre ancre le plus loin possible du bord du chenal. On gonfle l’annexe. Il faudra pagayer dur contre le courant. Je réfléchis à la manœuvre qui ne doit en aucun aggraver la situation. On ne peut pas remonter le courant à la pagaie, il faudra se déhaler sur la ligne de mouillage. J’assure tous les mouvements de l’annexe et de la mise dans l’annexe du mouillage en prenant soin d’amarrer chaque bout avant de le manipuler. Il faut absolument ne rien perdre. Je descend le premier et fais glisser l’annexe sur le talus de vase. On me passe le mouillage qu’il me faut retourner pour pouvoir jeter l’ancre en premier et larguer la chaîne ensuite avant de se déhaler sur le câblot. Fanny grimpe dans l’annexe et c’est parti. On pagaie comme des fous pour s’éloigner du rivage, c’est dur. J’ai plus de force que Fanny et l’annexe à tendance à vouloir tourner. A un moment, c’est trop dur et le courant nous rapproche trop de la rive. Je jette l’ancre. Puis on remonte le courant en se déhalant sur le câblot. La chaîne file à l’eau comme prévu. Ca coince parfois, l’annexe est étroite. Une deux place avec tout le mouillage dedans et les pagaies. Je suis concentré sur le câblot qui nous relie à Jaoul. Il ne faut absolument pas que nous lâchions cette ligne sinon, c’est foutu. Le courant nous emportera en mer. Et adieu Jaoul et ses habitants qui ne savent pas comment s’en sortir. Je suis tellement concentré que j’en oublie les pagaies. La mienne passe à l’eau. Je la vois filer à toute allure vers le large. Adieu la pagaie. Encore une erreur d’attention de ma part. C’est grave de perdre une pagaie, une rame. Ca peut être fatal. La traction est pénible. Nous l’assurons à quatre mains. Parfois, il faut aider la chaîne à passer à l’eau. Pourvu que nous n’ayons pas l’idée de lâcher le câblot ensemble pour nous occuper de la chaîne. C’est la peur qui me saisit, la peur de partir en mer à la dérive. Je cramponne le câblot et soulage la chaîne. Fanny a compris la manœuvre et me laisse faire sans lever les mains du câblot. Puis nous reprenons notre remontée mains à mains. Nous attachons enfin l’annexe au câblot avant de remonter à bord de Jaoul. Faire attention de ne pas tout saloper avec nos kilos de vase qui engluent nos bottes et l’annexe.
Tout le monde est couché. Mal couché. On a du sortir les toiles anti-roulis pour aider à rester sur la couchette du bord qui lève. Fanny et moi sommes réfugiés dehors. On parle en attendant la remontée des eaux. Pourvu que ça marche. Qu’on se libère de cette glu. On ira mouiller dans la Vire pour dormir un bon coup.
Il est une heure du matin et Jaoul se redresse. A une heure trente, il flotte. C’est le moment de remonter les ancres. D’abord le mouillage principal avec le guindeau électrique. Il est bien croché. Je m’aperçois que ce n’était pas la peine de mettre le second mouillage. Celui-ci est plus long à remonter. Je cours mettre le moteur en marche et j’embraye pour aider à la remontée. Ca marche mal. Nous ne remontons pas assez vite et le bateau passe sur son ancre et le câblot se retrouve tendu vers l’arrière. J’avale vite. Pas le temps d’aller débrayer le moteur. La chaîne apparaît. Ouf, le câblot ne s’est pas pris dans l’hélice ! Puis l’ancre. Jaoul est libre. Je saute sur la manette des gaz et en avant toute. En avant toute, où ça ? Je ne trouve plus mes repères. Où se trouve les feux qu’il faut tenir en alignement pour entrer? Je n’ai pas le temps de répondre à cette question, que Jaoul freine et s’immobilise… Oh, merde !... un immense découragement m’envahit. J’ai merdé encore une nouvelle fois. Je n’ai pas pris mes repères avant de relever complètement l’ancre et de lancer le moteur. J’essaie comme un fou de faire virer Jaoul et l’orienter vers les feux. A grands coups de barre et de marche avant marche arrière, j’y parviens un peu mais… c’est trop tard. Jaoul est de nouveau planté et bien mieux planté que la fois précédente. Découragé ? Le mot est faible. Il n’y a plus qu’un seul recours : la SNSM. Je téléphone au CROSS Jobourg, il est presque trois heures du matin. La SNSM est prévenue, ils viendront vers une heure de l’après-midi à l’heure de la pleine mer. Ils me promettent de faire venir la vedette de St Vaast la Hougue pour tirer le bateau avec une élingue. Je n’y crois pas beaucoup. Il y aura 20 cm d’eau en moins à la marée suivante. A trois heures et demie, il n’y a plus rien à faire sinon attendre. Je me couche et parviens quand m^me à dormir..
Dimanche à une heure de l’après midi le Zodiac de la SNSM d’Isigny est sur place. Quatre gars sont dans le canot. Ils parviennent à accoster dans quarante cms d’eau et font évacuer mes passagers. Je reste seul à bord. Ils reviennent et attendent la vedette de St Vaast. Quand elle arrive, c’est trop tard. Il n’y a plus que 20 cm d’eau sur le platin. On ancre le bateau avant et arrière, je ferme Jaoul puis je grimpe dans le Zodiac. Il va rester couché là pendant huit ou neuf jours en attendant la remontée des coefficients de marée (en attendant les marées de vive eaux). En principe, lundi 16 avril, je remonte à bord.

Voilà, je suis remonté à bord avec le zodiac de la SNSM commandé par le chef de station Mr Miquelot et je ne suis pas retourné à Isigny depuis. Une petite honte, sans doute!
Régis

23 fév. 2010
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Quand ça arrive au matin
on peut chercher des coques. C'est toujours ça de pris. Pis on n'entend pas les commentaires des gens sur la plage de Géfosses...

23 fév. 2010
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petite honte peut-être
mais pas de pertes ni d'avarie, ce qui est le principal tout de même.

Récit merveilleusement raconté.... on s'y croirait.

François

23 fév. 2010
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Ah, Isigny
J'encadrais un stage de débutants sur un Armagnac au départ de Grancamp. Petit tour vers Saint Vaast et pourquoi pas remonter à pleine mer le chanal d'Isigny, nouveau pour moi.
Le moteur étant en panne avait été laissé chez le mécano et on avait plein de pinoches partout dans le derrière.

Grand beau temps, comme souvent dans le coin, un équipage qui en voulait, petite brise de 4/5, on envoie le spi.

L'Armagnac filait comme un zèbre et on est arrivé un peu plus tôt que prévu dans l'entrée du chenal.

Brutalement, ça a fait schruit, et le bateau s'est gentiment arrêté, GV haute et spi bien gonflé.

D'un coup, l'équipage qui pépiait gentiment s'est brutalement tu, j'ai vu certains visages devenir blêmes.

Dans ces cas-là, il est vital pour le skipper de rester zen, ce que j'ai fait.

J'ai tranquillement demandé à ce qu'on affale le spi, puis la GV. On a gentiment mouillé, on s'est fait un goûter d'enfer et, une heure après, on flottait.

Mais je ne suis jamais retourné à Isigny.

RV

23 fév. 2010
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allez, avec le temps ....
cela fait un souvenir plein de nostalgie...

Et en plus, très bien raconté..

:pouce:

PS: de toute manière, dans not' coin, que celui qui ne s'est jamais planté jette la première pierre !

23 fév. 2010
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En Hollande
Puisque on en est aux confessions voici la mienne.
J'avais loué un Delphia 28 pieds je crois. En Zeelande au port de Yerseke soumis à marée, sortie par un petit chenal étroit qui longe le port. Bien balisé. Je suis avec mes 2 filles alors âgées de 9 et 12 ans et une copine de l'ainée (12ans). A peine passés les moles du port, je donne la barre à ma fille : tu suis le chenal. Et je m'occupe pendant une bonne minute du sondeur qui n'affiche pas ce que je veux... Je lève la tête. Angoisse, toutes les rouges a bâbord! Vite je prend la barre, manette des gaz à 0 et foup! Plantés, marée descendante (je ne sais plus quel 12eme mais +/- 2 ou 3h avant marée basse...). On est devenu la curiosité du coin, plaisanciers, pêcheurs, promeneurs (on est devant le port), tout le monde vient voir les clowns... Il n'y avait pas de danger mais quel vexation... Bateau vite couché comme sur ta photo (cardan de la cuisine non débloqué et donc le Tiramisu a tapissé l'intérieur, ce qui a eu l'avantage de nous occuper...).
On est repartis 5 ou 6 heures plus tard. Ça fait 5 ans mais je ne suis pas prêt d'oublier la leçon.

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