C'était au large de Bastia

--- publié le 21 mars 2014 16:47:23

Vous avez dit  "tempête"

Au large de Bastia

Je n'oublierai jamais ma première, j'espère la dernière tempête, vécue au large de Bastia. C'était il y a 13 ans, en septembre 2001, avec une équipe « d'avaleurs de Milles », candidats au permis mer.

Partant du mouillage de Tamarone près du Cap Corse, nous faisons route au sud, par la côte Est. La météo annonce un vent d'Est dominant force 3, pas de BMS en cours.

Tout à coup, à 2-3 milles devant nous, une barre blanche! Le vent d'Ouest - venant de la montagne - se lève. Nous prenons 3 ris, la voile d'artimon est affalée. L'anémomètre monte en quelques minutes de 10 à 30 nœuds. La barre blanche se rapproche avec un bruit de grondement infernal. La mer se creuse, les vagues de 2-3 mètres sont courtes - nous sommes près de la côte, à environ 2 milles au large de Bastia. Le vent forcit encore. Le moteur mis, je demande à Bernard, le second, de mettre en place le tourmentin, ce qu'il fait en quelques minutes en excellent équipier et navigateur!

L'anémomètre en bout de course

A présent, le vent est établi à 50, puis 65 nœuds. Sous les rafales, l'aiguille de l'anémomètre est bloquée tout en bas du cadran – elle ne peut aller plus loin, soit environ 80 nœuds ! Vent de travers, nous avons de la peine à tenir notre cap. Que faire? Il faut prendre une décision. Se mettre en fuite et arriver sur Elbe qui se trouve à 35 milles, de nuit, avec une mer forte au large? Ou, "tirer des bords" sur 2 milles pour se mettre à l'abri à Bastia ?

Je décide de mettre le cap sur Bastia. Au tourmentin seul et, afin de pouvoir passer à travers les plus grosses rafales et vagues, le moteur est poussée à 3000 tours. Le bateau est stabilisé, nous arrivons à faire route en "tirant des bords". Je suis à la barre, Bernard aux écoutes du tourmentin. Devant nous, la mer est blanche. Nous surveillons les vagues et embruns qui nous arrivent dessus avec une force terrible. Les lames blanches déferlent et passent en nous fouettant méchamment.

Des bottes plus qu'utiles!

Le restant de l'équipage est enfermé dans le carré. De temps en temps, l'un d'eux ouvre le roof, panneau de la descente: "Vous devriez entendre les bruits, grincements et craquements, est-ce que… ça tiendra  le coup?" Je parle au bateau: "Allez, tiens bon! " Je prie "LE Dieu » de service…

Aller au WC ? Exclu! Il  ne faut pas y penser. Donc, il y a les bottes!

Chaque virement de bord est calculé et demande une grande concentration pour passer entre deux déferlantes, suivi d'un "ouf" de soulagement et satisfaction complice avec mon second. On avance lentement, mais on avance!

Deux milles et deux heures plus tard… nous arrivons à l'entrée du port.

Il s’agit maintenant d’effectuer des manœuvres d'amarrage avec plus de 40 nœuds de vent à l'intérieur du port, et - pourvu qu'il y ait une place, si possible face au vent…!

Merci, la Capitainerie!

Non pas sans peine, nous tournons en rond dans le petit avant-port et préparons amarres et pare battages. Puis, surprise: pas une, mais deux annexes viennent à notre rencontre! C'est la capitainerie qui (me dira-t-elle plus tard), nous a aperçus déjà lorsque nous étions au large et qui vient nous proposer leur aide.

Plus tard, toute l'équipe est assise autour d'un "Casa" au bistrot du port. On raconte, les images défilent dans notre esprit… on exprime ce qu'on a ressenti. Des gens qui nous ont suivis depuis la jetée près du phare, posent des questions, nous dévisagent…Nous sourions – même moi, malgré mon visage écarlate et enflé par les embruns!

J’ai parcouru des milliers de Milles entre l’Italie, la Turquie, la Tunisie, la Croatie, la Grèce, en Sardaigne - et en Corse. J’ai navigué en moyenne six mois par an, les hivers passés soit aux Antilles, ou en Méditerranée., en Corse, en Turquie...

Eh oui, la Méditerranée! Aujourd’hui, lorsqu’un candidat au permis mer me dit : « J’ai fait une croisière en Manche ; il y avait 50 nœuds de vent -  et des creux de 10 m ! Je viens pour faire des Milles dans une mer « pour touristes »…

Le vent se lève, 20, 30 nœuds ; la mer se forme,  2-3 mètres de creux. Et, qui vois-je, m’annonçant avec un visage vert : Ah non, j’abandonne ! Ce n’est pas pour moi !

Ou d’autres encore : « Que j’aimerais donc avoir une tempête – juste pour voir ! »

Je ne réponds plus. Car, il n’y a pas vraiment des mots pour décrire et transmettre ce qu’on a vécu !

PS: Le voilier était un Amphora Ketch!

Les derniers commentaires :

Missing
tintindu13

Bonjour à tous, je connais très peu la Corse, et encore moins les phénomènes météo susceptibles de s'y produire : est ce que ce genre de joyeuseté peut arriver sur la côte ouest ? Je dois me rendre du côté de Piana vers le 25 juin, avec mon bateau bien sûr.

4 jours
Fritz_ze_cat
fritz the cat

j'ai eu droit aussi dans le golfe du lion a 20mn de gruissan ,mais là ça venait du NE ,avant qu'il ne me tombe dessus j'avais affalé et ferlé
la gv en plus de l'easy bag .
un glaçon à traversé le cristal de la capote et c'est du 0.5mm .
moi j'étais à l'intérieur dans le tambour .
ça à duré 15/20mn et après calme plat
de gros dégâts dans les vignes de corbière ,frontignan .
la mer ne c'est même pas levée tant c'est passé vite .
alain

4 jours
Image
tycoz77

Je lisais plus haut 40 à 60 noeuds de vent Et des vagues de 3 m ce n'est pas méchant ......Pour 90% des gens qui naviguent c'est enorme !!!

5 jours
Img_2974
JM de Bassa Da India

Effet de foehn, assez puissant. Un nuage orographique sur le plus haut relief ouest est le signe de l'amplification de la force du vent.
Si pas de nuage, adiabatique sèche, le phénomène sera moins marqué.

6 jours
Haig_et_2010_027
AQUILON - 964

Merci pour ce récit que je ressens comme très émouvant... A tout ceux qui projettent d'aller au Portugal, je me permets de les mettre en garde contre l'anticyclone qui se coince sur les Îles Britanniques et qui génère un courant de NE sur La Corogne. J'y suis resté avec un Victorian (Wauquiez) 5 jours sous tourmentin...! en voulant rentrer sur Lorient.

mardi 31 mars 2015 14:29
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