Baltique : Mouillage arrière et amarrage sur rocher

On m'a demandé de faire ce fil, mais franchement, ne me laissez pas tout seul ici ! Certes je l'ai fait souvent, mais je continue à avoir l'impression de me débrouiller comme un manche.

L'objectif est de pouvoir mettre la pointe du bateau amarré sur une roche, avec un mouillage arrière pour éviter que le bateau ne fasse trop de bisous au rocher.
Exemple : (en espérant que ca marche)

Pré-requis :
Il faut trouver un endroit où le rocher plonge suffisamment fort pour que le bateau puisse s'approcher.
Il faut que le bateau puisse s'approcher suffisamment pour que vous puissiez descendre à l'étrave sur le rocher sans prendre un bain. Donc les bateau avec des étraves très inclinées (ou une très grande delphinière ??) sont largement avantagés.
Il faut que l'équipage soit suffisamment athlétique et dégourdi pour réussir à descendre et remonter à l'étrave. Et il en faut un de très dégourdi/casse-cou pour réussir à le faire la première fois. (dans mon cas, ca sera moi)
Il faut trouver un moyen de fixer un mouillage à l'arrière (normalement, c'est pas le plus compliqué)

Les petits bateaux légers ont tendances à être bien avantagés à ce petit jeu : le mouillage arrière est plus simple, a besoin d'être moins tendu, le franc-bord est plus faible, on peut s'approcher plus, etc.

Quand on s'approche du rocher de nos rêves, on regarde déjà à la jumelle pour trouver des petits pitons scellés dans le rocher.
Ces pitons ne vont pas seulement vous aider à vous accrocher, il faut aussi vous indiquer les endroits sympa connus des locaux. Plus il y a de pitons, mieux est l'endroit :)
A moins d'avoir le plus petit bateau de la mare, regardez quand même la carto et le sondeur, parce que ces endroits sont parfois prévus uniquement pour des petites annexes à moteur qui passent partout. (bon, en vrai, elles vont plutôt sur des plages elles)

Ensuite, le mouillage arrière :
la blague, c'est que comme on veut des falaises franches, on se retrouve vite à mouiller dans plus de 20m de fond... Va falloir de la longueur.
Alors, je mouille à plus de 80m du rocher : 20m x3 + 15m de bateau, ca fait 75m.
Perso, j'avais un mouillage secondaire, une ancre secondaire, un câblot secondaire ... Sauf que mon mouillage principal est de bien meilleure qualité. Donc, maintenant, j'utilise le mouillage principal. Ya plus de manipulations, mais toutes les manipulations sont plus simples, plus robustes, plus sûres, etc.
De mon mouillage principal, j'en balance à l'eau une immense longueur (genre 100m), donc évidemment pas tendu, sinon, je suis dans le rocher.
Après, je récupère à l'étrave mon câblot, que je fais courir le long du bordé (je le pose dans les filières pour pas qu'il aille jouer avec l'hélice), et je le fais passer à l'arrière, puis dans un winch d'écoute, puis il repart à l'arrière dans un machin qui fera office de chaumard. (là encore, j'ai un winch de mouillage arrière, mais sans déconner, le winch d'écoute est bien mieux).

Là, on prépare des aussières sur l'avant. Si possible au moins 1 cordage temporaire, très long (au moins 20m), et léger. Quand on se lance à faire saute caillou, on n'a pas envie de porter 30kg de cordage, ni de finir à la flotte parce que le cordage est trop court. (parfois, il faut aller jusqu'à 10m dans le rocher pour trouver un endroit où on pourra tirer dessus sans se jeter à la flotte, et souvent, il faut aller tirer en biais.)
Maintenant qu'on est prêt, on se prépare à viser juste, on tient compte du vent et du courant qui va fatalement nous déporter d'un coté ou de l'autre, et on fonce à l'assaut du rocher : un guignol à l'étrave qui va sauter sur le rocher, et un pilote aux manettes pour préparer la marche arrière.

Il est possible que le mouillage arrière se tende avant d'avoir eu le rocher, c'est pas grave, on en met juste un peu plus.
Et sinon, ben dès que le guignol à sauté sur le rocher, un coup de marche arrière pour éviter de manger le caillou. Le guignol a éventuellement le droit de pousser l'étrave, mais bon, ca suppose qu'il ne va pas finir à l'eau quand l'étrave aura reculé.
Option B : vous aurez trouvé un ponton temporaire pour déposer gentiment votre guignol, et vous lui lancez le premier cordage. Mais c'est plus compliqué, et ca demande un lanceur doué qui sache lancer un cordage à plus de 2m... Spa gagné.

Attention au guignol : il faut considérer que toute surface mouillé du rocher est en verglas. On peut littéralement se retrouver comme un couillon incapable de remonter le rocher malgré une pente ridicule. D'ailleurs, pour éviter un accident très bête, mettez toujours un cordage qui permet de remonter à la rive si vous prévoyez de vous baigner. Sinon, vous ne remonterez pas. Bref, le guignol n'a pas le droit de mettre un pied dans l'eau.

Voilà, une fois le guignol à terre, avec le cordage dans les mains, et le bateau qui s'est éloigné un peu, c'est plus que du réglage : Il faudra qu'il tire surtout pour remettre le bateau dans l'axe (vu qu'il est fatalement déporté d'un coté ou de l'autre), bien plus que pour rapprocher le bateau. Et comme au port, il s'aidera des pitons au sol pour tirer. On a peut-être confiance dans ses gros bras, mais pas dans son équilibre sur le rocher pentu :D

Pendant que le guignol à terre tire, il faut aussi reprendre le mouillage arrière pour qu'il soit juste un peu tendu, et à ce
Ensuite, on commence à accrocher la première aussière à terre, et on tire tout jusqu'à ce que le bateau soit là où il doit être. A noter qu'il est possible de commencer à un endroit et finir 20m plus à gauche ou plus à droite parce que c'est mieux.
Voilà, à ce stade, on peut couper le moteur, le pilote peut venir aider. (souvent, je lui demande de se mettre à l'avant et de tenir l'étrave), et on mets plein plein d'aussières, et on tends fortement le mouillage arrière, ne serait-ce que pour que l'ancre morde bien. (et oui, j'ai jamais trouvé moyen de faire mordre l'ancre sérieusement avant cette étape, du coup, ras le cul des ancres qui ne marchent pas du premier coup, d'où l'utilisation du mouillage principal)

Après, il faudra faire attention si vous restez longtemps.
Il n'y a pas de marée celeste en baltique (bah, 10cm max), par contre, comme ailleurs, la pression atmosphérique fait monter et descendre les eaux. Et on a vite fait de descendre de 20cm, et d'entendre "poc-poc-poc" au petit matin. (réveil chagrin)

Attention aussi à l'endroit calme la veille au soir, qui se retrouve au matin agité par des vagues des bateaux qui passent bien vite, sans trop de considérations pour ceux qui se seront un peu trop approché du caillou.

Pour repartir, avec le mouillage arrière, pour moi, c'est l'enfer, mais avec le mouillage avant, c'est tout bête : je démarre le moteur mais sans jamais embrayer, je lâche les aussières, le bateau recule tout seul. Ensuite, on prépare le guindeau, on tire encore un peu sur le mouillage pour se rapprocher, et on balance tout à la flotte, en commençant par le câblot que j'avais laissé dans les filières (ca serait dommage de les arracher)

Ensuite, au guindeau, on remonte tout ca, et c'est parti !

L'équipage
02 fév. 2026
02 fév. 2026

Merci Peuwi pour ce retour... très intéressant.

A deux, c' est pas simple... alors en solo...


02 fév. 202602 fév. 2026

Depuis 20 ans, je recycle mon mouillage avant en mouillage arrière, donc le mouillage avant est en meilleur état, mais surtout, j'ai un guindeau électrique à l'avant, c'est appréciable pour repartir, pas à l'arrière. Donc, je mouille à l'avant assez loin (j'ai 50 m. de chaîne et 50 m. de câblot), et je m'approche du bord en marche arrière. là, selon les circonstances (sable ou roche, anneau ou pas), je porte avec l'annexe un bout ou le mouillage arrière.
Je précise que je suis la plupart du temps en solo.


02 fév. 2026

Les bateaux locaux sont en général bien équipés pour ce genre de manoeuvre:
Une échelle dépliante incorporée au balcon avant pour faciliter la descente à terre et un dérouleur de sangle sur le balcon arrière pour le mouillage arrière. Ils ont souvent aussi, dans cette région, des bateaux bas de franc-bord et dotés de longs élancements ...


02 fév. 2026

Bonjour Peuwi

Pas grand chose à re dire, c'est aussi pour cela que les bateaux nordique sont souvent avec un balcon avant ouvert et comme tu le precise étrave incliné.
Pour le guignol ou le "singe, moi" je jette avant de bondir l'amarre sur les roches j'ai deux mains libre..... j'ai un très gros pare battage pour l'étrave. Le mouillage arrière est léger sur câblot uniquement, J'ai aussi investi dans des pitons "achat locale" comme cela je saute avec piton et marteau si besoins. Si je suis le premier et que le roché le permet je fais une mise à "couple" à la roche, très pratique.
Bon tout cela reste du sport pour moi 😉😉.
J'ai vu un local en solo faire l'amarrage avec guindeau avant et arrière électrique avec télécommande.
Après avoir jeté l'arrière avec beaucoup de moue il monte sur la roche avec l'ancre avant qu'il bloque dans la roche après il joue de la télécommande pour l'ajustage en étant sur la roche, petit détail il était en tongue.. bref sans commentaires...

Le Moko


Merci de ce retour d'expérience complet.

A noter, pour compléter, que bon nombre de mouillages sont référencés - avec un schéma précis indiquant les pitons et photos aériennes - dans les guides locaux qui existent en version application aussi (Havneguiden de mémoire). Assez indispensable.
quelques images d'illustration des guides et du "guignol" ci-dessous ;-)

Je pense, avec ma faible expérience du sujet, que le mouillage AV/AR à la roche est à réserver aux très bonnes conditions, et pas par vent de travers.
Pour l'amarrage à la roche, je me souviens l'avoir fait par F5/rafales 38knts, bien au calme entre les rochers

PS: ce fil mériterait d'être cité dans les autres fils sur la Baltique pour pouvoir être retrouvé dans le futur.


LeMoko:Merci Yannbis belle photo. Peut être que le modérateur Hisse héo créera une rubrique Voyage en Baltique.·le 04 fév. 00:12
yannbis:pourquoi pas ;-) ?? En attendant.... ce que je veux dire, c'est que ça vaut le coup de "cross poster" pour relier les fils sur une même thématique...·le 04 fév. 11:24
LeMoko:Oui Bien d'accord·le 04 fév. 11:31

Pardonnez cette question de néophyte: pourquoi cette volonté de mouiller face à la roche?Est ce plus simple que de se mettre "à cul"? quels avantages cela offre t'il ensuite?


docego:remontée des fonds ...et dans ce cas le safran devient vulnérable !·le 04 fév. 06:59
yannbis:pas mieux ! ;-)·le 04 fév. 11:23
LeMoko:Shari tu risques d' y laisser ton safran.·le 04 fév. 11:25

Mon bateau étant en mer Baltique depuis 3 années j'en vois s'en arrêt des voiliers locaux dans cette configuration mais mon impression à tord ou a raison c'est que vouloir les imiter c'est se faire des noeuds dans le cerveau et pas mal de stress. Quand on parle avec eux la plupart sont dans le coin depuis des décénies si pas plusieurs générations, les "rochers" sur lesquels ils s'amarrent connus par eux ou un proche depuis belle lurette, une destination de WE classique. Pour nous par contre on doit imoroviser c'est beaucoup plus compliqué, ça se termine souvent par des grosses goutes de sueur, souvent dans un souci de mettre à tous prix cette croix dans ce carré de "chose qu'on doit faire ". Un peu comme quand on a dit qu'on a "fait un pays". Je n'ai pas cette liste dans la tête, ni aucune autre d'ailleurs. Si ça se présente de manière évidente par contre, alors pourquoi pas.


@Pierre3, je suis assez d'accord avec toi.
Celà dit ça fait aussi partie du folklore local ;-)

A force de galérer à tenter ce mouillage AV/AR, on a fini par planter la pioche au milieu du mouillage (il n'y personne puisque les autres sont sur le coté) et sortir l'annexe.

un illustration avec cet extrait de journal de Bord à Hirsholm + photos

23:30-00:20 le vent s’est bien levé et a tourné :25-30knt d’ouest. Bien sûr, l’entrée du port est orientée à l’Ouest, le bateau est juste en face : le clapot rentre, nous secoue et nous plaque au quai. Nous quittons les lieux pour nous amarrer juste en face sur un autre petit appontement. un panneau indique qu’il faut s’y amarrer avant à quai et ancre à l’arrière. Nous respectons les coutumes locales….Ce qui va nous causer des soucis!

4:30 Le vent a tourné et nous arrive de coté, le bateau est maintenant orienté de ¾ par rapport au ponton. L’ancre frotte sur le ponton en faisant du boucan. Tentative pour repositionner l’ancre AR, sans succès…. Quelques tours dans le petit port, il y a peu de fond, et des cailloux qui trainent, bien sûr on en tape un sans gravité! Heureusement il y a toujours une bonne luminosité même au milieu de la nuit (photo prise vers 4h30).

Nous optons finalement pour la solution la plus simple : s’amarrer tout simplement le long du quai, a priori on ne devrait pas déranger de futurs arrivants à cette heure là!

Dans la manœuvre, une amarre se prend dans propulseur d’étrave qui se bloque. fusible grillé.

5:30 Dodo bien mérité!

Le lendemain le maitre de port/ garde de la réserve et un des 2 habitants de l'ile nous apprend qu'il n'a pas vu un bateau depuis 1 mois... On aurait vraiment pas du essayer de se conformer aux coutumes locales...

Le gardien nous a vu galérer et nous a offert cette première nuit, ça paiera le fusible du propulseur... ;-)


5j5j

Comme dit Yanbis, les havnguiden répertorient tous les endroits possibles. Même les pitons sur les rochers sont répertoriés.

Par contre, dans les mouillages c'est pratique si on a un vent stable. et si on peut se mettre boute au vent. Généralement, il y a des arbres pas loin pour s'amarrer. Et les arbres abritent du vent.

Je l'ai fait en solo plusieurs fois, sans problème, mais mon bateau est assez bas sur l'eau.
Et s'il y a d'autres bateaux, on peut compter sur les voisins pour prendre les haussières


Les bateaux suédois sont souvent aménagés pour mouiller par l’étrave sur leur cailloux arrondis et avec une ancre à poste à la poupe comme on voit sur ces deux D34.
Sans ces accessoires c’est nettement moins facile surtout sur ce bateau avec davier complètement en surplomb.