Pantelleria, fille du vent

ATLAS. le 2008-02-17

Une île que les envahisseurs ont joliment nommé "Fille du vent" ne peut être banale.
Située à mi-chemin entre la Sicile et la Tunisie, cette île très volcanique ( 24 cratères pour 83 km2 ) mérite plus qu'une courte visite...



Pantelleria, fille du vent...
pantelleria fille du vent

Nous avons fait escale à Pantelleria à trois reprises, et par deux fois le vent, forcissant soudainement, nous a empêché de repartir trop vite, nous laissant même le temps de découvrir les charmes d’une île qui en définitive nous a fasciné.
Nous le devons au vent, personnage incontournable à Pantelleria. Les statistiques sont formelles : il souffle ici en moyenne 337 jours par an ! Et s’il retient parfois le visiteur, aplatit l’olivier, érode la pierre, il a également influencé l’architecture, et c’est encore lui qui est à l’origine du mot Pantelleria. En effet ce sont les arabes qui, en occupant l’île au neuvième siècle, lui donnèrent son nom : « Bent El Riha », c'est-à-dire « fille du vent », ce qui donnera « Pantelleria » quand l’île devint italienne.

Mais pour les voiliers de passage, Pantelleria reste surtout une halte intéressante entre la Sicile et la Tunisie. Soixante miles la sépare de Marsala et quarante de Kellibiah ( 85 de Monastir ).
Seuls deux ports peuvent y accueillir nos bateaux :
- Pantelleria, capitale de l’île, située près de sa pointe NW.
L’entrée n’y est pas très évidente : une tempête hivernale a partiellement détruit la jetée ouest, et un petit pylone marque ce qui reste de son extrémité. Une bouée rouge, entre deux eaux déborde quelques roches à babord ; mieux vaut donc passer assez près du mole.
Et si tout cela ne pose pas vraiment de problème dans de bonnes conditions de navigation, je conseillerais une très grande prudence lors par exemple d’une première entrée de nuit.
Une fois à l’intérieur, deux possibilités : soit le Porto Nuovo , où quelques pontons offrent une excellente protection des vents dominants ( NW ). Attention à ne pas gêner la vedette de la douane, ils n’apprécient vraiment pas ! Soit l’ancien port, le Porto Vecchio, moins bien protégé et où la tenue de l’ancre laisse à désirer.
- Et puis pour les amateurs de tranquillité, le charmant petit port de Scauri, situé au sud de l’île. Le cadre est superbe avec les maisons du village surplombant l’eau du port où se balancent de nombreuses barques colorées. Il n’y a que peu de place et le mieux est de s’amarrer le long du mole, côté intérieur. Attention à la météo : je doute très fort que l’abri ne reste tenable si le vent tourne au sud en se renforçant ( rare en été ).

pantelleria fille du vent

Mais si le vent empêche tout départ, pourquoi ne pas partir à la découverte de l’île ? Autant en effet ne pas s’attarder dans la ville de Pantelleria. Bombardée et presque entièrement détruite en juin 43 par les forces alliées qui partaient à la conquête de l’Italie, elle fut reconstruite sans inspiration.
Par contre de nombreux sentiers de randonnée sillonnent l’île ( plans disponibles à l’office du tourisme ) et l’on peut facilement trouver à louer un scooter ou une voiture à un prix raisonnable ( nous avons trouvé une petite fiat à 30 EUR/ jour. Nous étions trois et cela ne nous a pas ruiné ), pour effectuer par exemple le tour de l’île. Un trajet de 53km qui permet de nombreuses haltes.
En quittant Pantelleria, une route panoramique longe la côte nord. Belle vue sur la mer qui si elle est forte vient du large s’écraser sur la roche. Et peut-être là plus qu’ailleurs on comprend l’omniprésence du vent sur l’île : en effet le moindre flux du NW dans le bassin ouest de la méditerranée se renforce entre les reliefs de la Sicile et ceux de la côte nord de la Tunisie ( effet Venturi ) , et déboule sur Pantelleria, située en plein dans la trajectoire.
Un autre fait devient très vite évident : c’est l’origine volcanique de l’île. La roche ici est sombre, souvent noire, la pierre parfois tordue par la chaleur, parfois luisante ( c’est alors l’obsidienne, très recherchée dans les temps anciens ). On devine de nombreuses coulées de lave finissant dans la mer et maintenant recouvertes de végétation basse.
Malgré sa taille réduite ( l’île fait 14 km de long et 8 de large ) Pantelleria compte 24 cratères, quelques fumerolles, des rejets de souffre, de nombreuses sources d’eau chaude se dispersant dans l’eau de la mer, et quelques grottes où l’on peut prendre de brefs bains de vapeur.
En continuant la route circulaire, on arrive d’ailleurs rapidement au plus vaste des cratères : Lago di Venero ( environ 900m de diamètre ). Au centre trône un lac où l’eau se mélange à la boue et aux émanations de souffre ( bon pour la peau ).
Ce volcan est située près du village de Bugheber, un nom d’origine arabe, comme le sont les hamaux de Bukkuram, Khamma, Siba. Car si l’île est résolument italienne, la longue présence ( 5 siècles ) des envahisseurs venus d’Afrique du Nord a laissé des traces. Ainsi les nombreuses maisons traditionnelles de l’île : les dammusi. Construites en pierres volcaniques, elles sont cubiques et noires, avec une petite coupole blanche en guise de toit et qui servait à recueillir l’eau de pluie. Ainsi les tours circulaires en pierres sèches , à ciel ouvert ( les pantesco, ou potagers arabes ) , et qui servaient à cultiver à l’abri des vents marins légumes et fruits délicats.

pantelleria fille du vent

pantelleria fille du vent
Après le cratère Lago di Venero, la route circulaire longe la côte est de l’île et ses falaises noires parfois impressionnantes ( la plus haute fait 300m ). La route est belle et une première bifurcation permet de descendre vers la Cala Gadir, un minuscule port accessible aux seules barques de pêche. Véritable havre de paix, c’est le genre d’endroit où l’on se surprend à chercher une maison à louer à l’ombre des bougainvilliers, pour revenir plus tard, avec trois caisses de bouquins.
Plus loin une autre bifurcation descend vers la Cala Lavante, un très bon endroit pour piquer une tête dans l’eau. Quelques maisons, un bar resto, et une école de plongée. Les fonds alentours sont parait-il superbes.

Mais partout le long de la route des petites parcelles en terrasse cernées de murets en pierres de lave rappellent qu’un sol volcanique est très fertile. La culture principale y est la vigne, et l’on trouve assez de parcelles abandonnées pour soustraire et déguster en bonne conscience quelques grappes de raisin : c’est le célèbre muscat d’Alexandrie, appelé ici zibibbo, un délice. Les vignerons en font un vin parfumé et puissant ( ex : le moscato passito de Pantelleria ).



pantelleria fille du vent
Autour des plans de vigne, on peut remarquer la présence régulière d’une plante abondante sur l’île : le câprier. Plante remarquable qui, à même le sol pousse en s’étalant, mais qui sur un muret ou une paroi verticale se présente sous la forme d’une élégante cascade de feuilles vert tendre. De-ci de-là une majestueuse et magnifique fleur attire le regard avec ses longues étamines violacées. La présence du câprier près des plans de vigne n’est pas due au hasard : les larges fleurs du câprier attirent toutes sortes d’insectes qui en venant la féconder, vont également féconder les fleurs insignifiantes de la vigne. Et ce sont les boutons du câprier qui, récoltés de fin mai à début août, puis mélangés à sec à du sel marin donneront la câpre, réputée dans toue l’Italie puisque Pantelleria est parfois surnommée l’île aux câpres.
Une autre valeur sûre de l’île est son huile d’olive. L’olivier ici a l’étonnante particularité de pousser en s’étalant plutôt que de monter vers les cieux, cherchant ainsi la protection du relief et des murets de pierres. Il fournit une huile très réputée, et sa délicatesse lui a même ouvert les portes du Vatican ( c’est alors « l’huile des papes » ).
Mais revenons à la route circulaire qui longe maintenant la côte sud de l’île ( attention à son état à cet endroit ), puis remonte vers Scauri, une toute belle étape.
Du petit port de Scauri, une route non asphaltée longe la mer vers l’est sur environ 300m et mène au bar restaurant La Vella. Un de nos endroits préférés sur l’île, où avant de rentrer à Pantelleria, on peut se baigner, déguster un verre de vin blanc et pourquoi pas casser la croûte en assistant au somptueux spectacle du déclin du jour.
Derrière le restaurant, des bungalows très discrets sont à louer, mais ceux qui viennent là aiment assurément la tranquillité. Comme ces personnalités ou vedettes qui ont acheté une maison dans l’île et viennent y passer des vacances calmes et surtout… discrètes. Tel Giorgio Armani, Madonna, Sting.
Depardieu,lui, a préféré acheter des parcelles de vigne.

Il reste à découvrir le centre de Pantelleria, tout aussi intéressant. Un petit aéroport y occupe un des seuls terrains plats de l’île et ne propose que quelques liaisons avec des villes italiennes ( Pantelleria reste vraiment peu connu, et notamment introuvable dans le guide du routard).
Etrangeté de l’histoire, à quelques pas de là on peut découvrir d’imposants tumulus en pierres ( les Sèsi ), vieux de 3000 ans.
De nombreux sentiers de randonnée sillonnent le centre de l’île et permettent d’en visiter les endroits les plus escarpés, les plus reculés.
L’un d’eux mène au sommet de l’île, la Montagna Grande, 836m, après avoir traversé un espace étonnamment boisé, classé réserve naturelle.
D’autres permettent d’accéder à des grottes-sauna, d’où l’on sort avec une surprenante sensation de fraîcheur, même sous le soleil brulant de juillet.
D’autres encore mènent à des lieux au charme certain, et qui ne semblent pas avoir changé depuis de nombreuses décennies. Ultimes témoins d’un temps pas trop ancien, mais déjà si lointain..
Quant aux 8000 habitants de Pantelleria, ils forment un véritable microcosme rural, et semblent au premier abord peu intéressés par les quelques gens de passage. Parler italien reste certainement un grand atout pour aller à leur rencontre ; une rencontre qu’il faut aller chercher, à l’image des charmes d’une île que l’on ne peut apprécier que si l’on se donne le temps. Mais c’est certainement pour ces raisons que Pantelleria a su garder toute son authenticité.

Les derniers commentaires :

 
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Pantelleria fille du vent
Très bonne description ! j'y suis passé trois fois dont une fois une semaine bloqué par un coup de vent.
L'ile vaut le détour, il faut prendre un bain dans l'eau boueuse et souffrée du lac : le lendemain on a une peau douce superbe ! A ne surtout pas rater l'apéro le soir sur le port : spectacle garantie.
Dans la même veine il y a aussi Linosa (une des trois iles Pélagie) elle est beaucoup plus petite que Pantelleria mais elle est superbe. Il faut y aller vite ...
mardi 12 mai 2009 17:41
 
Fullview
60nora
j'y ai ete en 1990
on peut y rencontrer Carole Bouquet qui y a des vignes ,j'ai fait les deux ports a pantaleria
c'est des ruines romaines qu'il y a au milieu du port ,j'espére y retourner un jour ,nous avions eu le coup de foudre
alain :-)
samedi 28 février 2009 10:32
 
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Pantelleria: guide du routard Sicile page 177
Pour info...
Pierre-Louis
samedi 25 octobre 2008 16:11
 
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Du coup...
... j'y suis passé cette année !

Le récit est fidèle, mais un petit regret, la "gestion" des ordures qui enlaidit ce (presque) petit paradis.

Bien à vous
samedi 25 octobre 2008 15:38
 
Pict0010
Blabla63
Joli article
Merci pour cette belle description.
samedi 23 février 2008 21:18
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