Vol (du voilier) de nuit...
les vols, ça n'arrive pas qu'aux autres... Jamais plaisant de se faire piquer quelque chose !
Mais quand c'est le bateau lui-même, et que c'est votre maison !!
petit récit d'un vol de nuit...
1982. Cela fait maintenant plusieurs mois que je vis à bord de mon bateau. C'est devenu ma maison, ce que je souhaitais depuis longtemps... Après préparation et petite croisière d'essai, je fais tremper ma quille pour la première fois dans l'archipel des Baléares.
Je suis seul à bord...
Après la visite de Minorque et de Majorque, les vents m'ont poussé vers Ibiza. Une visite à la "capitale" de l'île, histoire d'aller au zoo voir la faune humaine, et me voici sur l'autre versant.
San Antonio Abad est un abri presque parfait. La rade en arc de cercle est protégée de l'Ouest par une longue jetée. Le club nautique se résume à de petits pontons de bois, et la plupart des bateaux restent au mouillage devant la ville.

Il y a là une trentaine d'unités de toutes tailles et de tous types, voiliers surtout, quelques bateaux à moteur... je me suis mouillé non loin d'un bateau-restaurant.
Cela fait maintenant une bonne semaine que je suis arrivé. La ville moderne n'est guère attrayante, mais l'environnement de collines boisées n'est pas déplaisant.
J'ai fait la connaissance d'un jeune couple de français. A bord de leur "sing sing", ils arrivent d'Afrique du Nord. Nous avons si bien sympathisé qu'un petit rite s'est établi : ils viennent déjeuner à bord de "Kobaïa", et le soir je vais diner sur leur bateau...
Cela fait donc trois soirs de suite que je m'absente. J'ai nettoyé dans l'après-midi le filtre à G.O. qui n'est d'ailleurs pas remonté. Je ferme le capot de descente à clef, et monte dans mon annexe Metzeler, poussé par un Suzuki 4 cv assez caractériel.
Il fait chaud. Très chaud... souffle une petite brise de terre. je n'ai en tout et pour tout que mon maillot de bain ! Et la soirée se passe gaiement.
Trois heures du matin : il serait peut-être temps de rentrer... je dis au revoir aux copains, remonte dans l'annexe et moteur crachotant tant bien que mal je retourne vers mon mouillage.
Evidemment, la soirée a été un peu arrosée, mais dans les limites de la normale. Aussi ai-je la tête assez claire pour constater que MON BATEAU A DISPARU !!! 
Le bateau-restaurant me servait de repère. Pas de doute : il n'est plus à sa place...
Je commence à tenter quelques tours, moteur toujours rétif. Je me dirige doucement vers la sortie, et passé le phare je ne vois que la nuit noire, profonde.
Retour au bateau des copains, qui n'en croient pas leurs oreilles. Jean-Louis me passe un pull, car il commence à ne pas faire trop chaud. Et nous filons vers le quai pour tenter de trouver quelque garde-civil.
Explications en mauvais espagnol. Mais ils comprennent à peu près la situation, et nous les suivons en courant vers le bout de la jetée ! Les gardes-civils du port n'ont pas de bateau !!
Réquisition d'une petite barque de pêche qui s'apprête à partir, pour aller voir "où était le bateau" !! Comme si cela pouvait servir à quelque chose...
Retour au port... "todo por la patria"... asseyez-vous messieurs... machine à écrire... nom du bateau, du père, de la mère, etc... Je n'ai absolument aucun papiers sur moi, ni argent. Mon bateau est ma maison !
Le copain me propose de coucher à bord. Mais je veux quand même faire un dernier tour...
Maintenant c'est l'aube. Et dans la lueur du jour naissant, je distingue de l'autre côté de la baie, une voile à moitié hissée...
Mon bateau ! Il a été doucement se coller le long du petit appontement d'un hôtel. Il n'est pas amarré...
Une bosse de ris est tournée autour d'un winch d'écoute... une latte engagée sous une barre de flèche. Le capot a été fracturé, tout est chamboulé à l'intérieur. Je constate que mes jumelles ont disparues, ainsi que mon appareil photo.
Retour chez les gardes-civils, qui viennent à bord faire les constatations. Indépendamment de l'effraction et du vol d'affaires, ce qui était visé en premier, c'était bel et bien le bateau.
"Por la drogua..." dixit un garde-civil.
Pour çà ou pour autre chose... L'essentiel, c'est que j'avais retrouvé "Kobaïa"...!

