multicoques : le Casamance...
Voici quelque temps, un débat d'idée a eu lieu sur le forum, opposant catas "anglais" : lourds, lents et confortables, et français : légers, rapides et sportifs...
Lors du dernier visu à La Rochelle, j'ai eu l'occasion de faire un tour (trop court !) sur le Casamance d'un de nos copains Héolien. J'en suis revenu enthousiasmé, tant il est apparu que celui-ci réussissait la parfaite synthèse entre les deux écoles : déplacement moyen, très confortable, et marchant très fort !
Dernier point important : il est beau...
Je suis arrivé la veille au soir pour le visu de La Rochelle, à bord de "Bahia". Problème de pompe à eau : je ne tourne que sur un moteur. Il faut que je règle ça au plus tôt.
Mais un coup de fil vient me tenter pour me faire oublier mes soucis : un copain d'HEO me propose une sortie en mer de l'après-midi, à bord de son Casamance, son cata qu'il possède depuis 20 ans.
La pompe à eau attendra ! Je ne vais pas laisser passer l'occasion, d'autant que ce catamaran, j'ai pu l'admirer de nombreuses fois dans le vieux port. Alors le sac à bord est conclu, et j'attends son arivée avec impatience.
A l'heure dite, je vois approcher du ponton aux Minimes l'imposant cata, barré par ... la fille du propriétaire, agée de 13 ans !
Claude se tient à ses côtés, lui indiquant la manoeuvre d'une voix calme : " la barre au neutre... avant lente à gauche... point mort... arrière droit lente... "
J'avoue que je suis bluffé, de voir une enfant aux commandes de ce qui est un multi d'une taille déjà imposante : 14 m x 7,50 m !
La coque arrière babord frôle mon bateau, sans le toucher, et j'embarque à la volée. J'en oublie mon appareil photo, ce que je regretterai ensuite...
un demi-tour sur place, et nous sortons du port.
Le vent est pratiquement de face, légèrement sur tribord. Nous endraillons à la main le gènois, car un récent problème d'enrouleur oblige la mise en place et l'affalage à chaque sortie, en attendant la pose d'un nouveau profil.
Puis bout' au vent à hisser la GV. Entièrement lattée, celle-ci pèse un poids plus que respectable. Et si le premier tiers s'envoie à la volée, les derniers mètres montent au winch.
Je vois alors Clotilde, la deuxième fille de Claude, guère plus agêe que sa soeur, prendre la manivelle et tourner la drisse !
"Tu vois, me dit celui-ci, c'est une affaire de famille ! Judith aime bien la barre, Clotilde est plus spécialisée dans les manoeuvres..."
Sur le Casamance, suite à un changement de mâture, le gréement a été rallongé de 2 mètres, ce qui doit donner un bon plus aux performances. La grand'voile bénéficie d'un rond de chute également plus important que l'original.
Et surtout le bateau est servi par un superbe jeu en Hydranet. Les voiles, c'est le moteur du bateau. Et l'on ne tarde pas à s'en rendre compte !
Nous laissons le phare du Bout du Monde sur babord, et nous nous retrouvons au près, cap sur l'Ile d'Aix.
Je me retrouve au winch d'écoute (énorme Harken provenant d'un ex-multi de course), et Claude me fait border plat, tandis qu'il s'occupe de la grand'voile.
La bordure du gènois frôle pratiquement le guignol, et je m'étonne en moi-même d'un réglage aussi pointu, digne d'un monocoque.
Mais Claude connaît parfaitement son bateau, et nous prenons accélérons très vite.
En parlant de monocoque, ça tombe bien, en voici un qui sort juste derrière nous. Et pratiquement de la même taille de surcroît ! Voila qui devient très interessant...
A mon étonnement, et surtout un grand plaisir, je m'aperçois que rapidement le mono commence à décrocher. Car le Casamance possède ET le cap, ET la vitesse, deux qualités que je pensais pratiquement inconciliables sur un multicoque. D'autant que le bateau ne dispose pas de dérives mais de simples ailerons.
Je barre quelque temps, m'appliquant à maintenir parallèles les penons du gènois, puis nous mettons le pilote pour discuter à notre aise.
Conditions idéales : le vent est à 15/18 nds, la mer plate.
Nous tombons d'accord pour estimer la vitesse à un bon 8 noeuds. Le speedo ne marche pas, et Claude navigue... sans GPS !
Pendant ce temps Marie-Claire a préparé le café, les filles ont commencé un scrabble sur la table du carré, très lumineux avec sa vue panoramique.
Un coup d'oeil au monocoque, bien gîté, qui perd de la distance inexorablement, tout en tombant sous le vent.
Nous sommes partis vers 15 h 30, et devons être de retour au port pour 18 H. Ce qui me semblait bien court pour aller à Aix ! Mais en fait nous aurons même le temps d'aller voir les bateaux au mouillage, et de se tirer une petite bourre au grand'largue avec un trimaran lors du retour.
Le chenal est bien encombré, et une fois le gènois affalé dans le trampoline, nous marchons encore très vite sous GV seule.
Demi-tour, bout'au vent, et celle-ci vient s'affaler dans le lazzy-bag.
la manoeuvre est assez physique : taille de la voile, poids des lattes, mais Claude a aussi l'habitude de la navigation en solitaire, et m'avoue faire beaucoup de manoeuvres à la voile seule.
Ce sera ensuite la rentrée dans le vieux port, passage entre les tours, où de nombreux estivants doivent s'étonner de voir une si jeune fille à la barre d'un bateau si imposant !
Arrivée au ponton, vent arrière déportant... Suivant les directives de son père, Judith collera le Casamance à sa place, sans cris, sans un mot de trop, impeccablement.
Encore merci pour cette sortie, qui m'aura permis la découverte d'un véritable catamaran de croisière confortable et très performant, et aussi, et surtout, celle d'une famille de vrais marins...
Guy - Septembre 2006

